Pourquoi Hama Amadou et ses sbires de la Cap 20-21 auraient-ils besoin du fantôme de leur ennemi d’hier, qu’est Mahamane Ousmane, pour la mise en œuvre de leur agenda caché ? Un fantôme ? Avec 7 députés, une vingtaine de conseillers sur l’ensemble du territoire, il faut admettre que politiquement Narfako n’est que l’ombre de lui-même, ce fantôme à faire valoir. Il faudrait donner à la guérilla programmée un cachet national. Il fallait voir Zinder comme Niamey à feu et à sang. C’est fondamentalement la raison profonde qui a amené l’autorité morale de Lumana à jeter son dévolu sur Mahamane Ousmane.

Comment Ousmane s’est-il fait, facilement, enrôler dans ce deal faustien ? C’est la question qui taraude l’esprit de plus d’un observateur averti. Ce qui parait comme une énigme n’en est pas une, pour la simple et bonne raison que tout esprit averti comprend aisément que Mahamane Ousmane a été piégé et se trouve aujourd’hui l’otage, la marionnette entre les mains de ses anciens pourfendeurs. Comme à la mafia, Mahamane Ousmane a atteint le point du non-retour.  Il ne sait pas qu’il donne l’impression à l’opinion publique qu’il joue une comédie de mauvais goût. Malléable et corvéable à merci, Mahamane Ousmane alias « jikan malam, magagin malam » (petit fils de marabout et frère de marabout ?) joue bien le rôle à lui assigné, pour jouer le tout pour le tout, sous le label d’une présumée crise post-électorale. Et ce, conformément au serment de Hama Amadou de forcer le destin dans une posture de fauve blessé. Il faut hurler avec les loups : on a gagné les élections. Même si on n’a pas gagné, on a gagné. Tel est le mot d’ordre de l’opération ‘’hurler avec les loups’’.

« Tchandji dole » ou changement par tous les moyens…

A en croire le camp de Mahamane Ousmane, l’on s’achemine, inexorablement, vers un contentieux électoral voire une crise post-électorale.   Le slogan de campagne de Mahamane Ousmane c’est « tchandji dole », autrement dit le changement par tous les moyens en langue hausa. Ce qui est en porte-à-faux avec la voie démocratique de conquête du pouvoir d’Etat. C’est cela plutôt le stratagème de la Cap 2021, qui consiste à exercer une forte pression sur l’opinion publique, dans le but d’influencer le juge électoral. Mahamane Ousmane a déposé son recours, ses pièces à conviction, mais, comme l’a si bien dit Amadou Boubacar Cissé, son compère, il fallait, avant son examen par la Cour constitutionnelle, que le document d’Ousmane soit admis comme une vérité absolue qui s’impose à tous. En d’autres termes, la Cour n’a aucune alternative que de déclarer Mahamane Ousmane vainqueur. Si tel n’est pas le cas, alors Amadou Boubacar Cissé et ses alliés de circonstance promettent la chienlit pour le Niger. Ceux qui ont suivi les menaces à peine voilées de Cissé à l’endroit de la Cour constitutionnelle ont eu une idée précise sur la prétention de la Cap 20-21 à être à la fois juge et partie. Les leaders de la Cap 20-21 font un raisonnement par l’absurde : ils ont gagné l’élection, inutile pour la Cour constitutionnelle de se prononcer. Elle doit simplement proclamer Mahamane Ousmane gagnant. Sinon le peuple va sévir. C’est du moins ce qui ressort, clairement, de la dernière déclaration de la Cap 20-21, rendue publique par Ibrahim Yacoubou, et le point de presse d’Amadou Boubacar Cissé, le dimanche dernier. Mais une chose est sûre, après l’édition du Livre blanc de la Cap 20-21, la Cour constitutionnelle ne s’attend plus à ce que cette opposition lui jette des fleurs. Certains membres de la Cour ont été déclarés être du même village que le Président Issoufou !

Le troisième tour ou vendetta programmée

L’idée d’un troisième tour avait été un élément de langage de la Cap 20-21. En effet, après avoir vainement compter sur l’arbitrage de l’armée pour le second tour, l’opposition a fini par admettre que ce schéma n’a pas été programmé dans le code électoral. C’est pourquoi elle avait déclaré : « Pour ce qui est du second tour de la présidentielle prévu le 21 février 2021, l’opposition entend imposer l’alternance par une mobilisation sans précédent des Nigériens soucieux du devenir du Pays et de son salut ». La mobilisation a été effectivement sans précédent en ce sens que jamais une opposition n’a été aussi anti républicaine et obscène dans une campagne électorale que la Cap 20-21, tant ses arguments de campagne étaient orduriers et franchement révoltants. Après avoir perdu la bataille des alliances, Hama Amadou s’est illustré par ce qu’il sait faire le plus à savoir tenir des propos racistes, tribalistes et régionalistes. C’est un précédent très dangereux pour la postérité, une honte pour une nation qui se veut une et indivisible, selon sa loi fondamentale. Comment admettre que des personnes, qui ont eu l’honneur de diriger ce pays, se permettent de saper les fondements de l’unité nationale et de la République ? Il faut dire que plus jamais ça. L’État ne doit plus tolérer de telles forfaitures au nom d’une campagne électorale, car la politique c’est avant tout la quête du salut public. Si un homme politique, quel qu’il soit, pour se remettre en selle, pense qu’il faut opposer les Nigériens, déchirer les liens et les raisons du vivre ensemble des Nigériens, alors il faudrait une tolérance zéro à ce genre d’énergumènes. Il faut les condamner à se reprendre et à être républicains. Une campagne électorale ne saurait être une occasion pour qui que ce soit de se prévaloir de sa propre turpitude. C’est dire que le rêve d’un troisième tour, qui se résume à l’arbitrage du peuple (guérilla urbaine programmée) ne saurait être une posture politique sous un régime démocratique. Que les prophètes du malheur sachent que ce jeu dangereux, qui consiste à défier l’autorité de l’État, a précipité à sa propre perte plus d’une opposition en Afrique. Il faut savoir perdre dignement une élection. Le Tchandji dole passera par les urnes ou ne passera pas. Tel doit être le credo de tout démocrate ou républicain.

Le vrai agenda de la Cap 20-21

Pour tout observateur averti, la posture du mauvais perdant de la Cap 20-21 obéit à une logique. Un agenda à peine voilé qui a été déjà testé à Niamey après la proclamation des résultats par la CENI. C’est ce qu’on peut décrypter dans les discours des leaders de la Cap 20-21 et leurs déclarations. Amadou Boubacar Cissé a été on ne peut plus clair, le dimanche 14 mars dernier, en proférant des menaces à la Cour constitutionnelle et au régime en place. Plus d’un citoyen se demande de quels moyens dispose la Cap 20-21 pour s’ériger juge et partie dans un présumé contentieux électoral. A la vérité, c’est le rêve d’Amadou Boubacar Cissé et ses alliés, comme en 2016 où il a proféré les mêmes menaces insurrectionnelles. Il fallait provoquer le régime par des actions violentes, à travers le pays, pour montrer les morts au monde entier, pour ainsi discréditer le régime d’Issoufou, et, par ricochet, amener l’armée à interrompre, de nouveau, le processus démocratique. C’est, depuis dix ans, le rêve de quelques-uns. Au lieu de tirer les conséquences de son échec électoral, l’opposition estime que le moment est venu pour tenter une autre rupture démocratique. Issoufou Mahamadou est en fin de mandat. Le passage de témoin entre le président Issoufou et son successeur pourrait être une occasion pour tenter l’aventure du 3ème tour ou « arbitrage du peuple », comme l’entend la Cap 20-21.

Mais, est-ce vraiment, pour autant, une raison, pour ces gens qui ont eu à gérer l’État, de vouloir provoquer un changement anti-démocratique ? Nous pensons qu’en politique aussi il faut savoir attendre son tour. Certes n’est pas opposant qui le veut.

Les alliés de la Cap 20-21 ignorent qu’on ne pourrait être un grand leader sans sacrifice. Ils voudraient simplement démissionner de leur mission constitutionnelle en tant qu’opposants. Ils vivent leur situation comme un malheur, un drame, comme si quelqu’un est responsable de leur sort. Ce qu’ils appellent le concassage de leurs partis reste et demeure leur seule obsession. Ils se lamentent, sans chercher à trouver des solutions idoines à leur mauvais leadership. Toute la stratégie de la Cap 20-21 se résume à un mémorandum qui n’est rien d’autre qu’un pamphlet d’insultes et de diffamations à l’endroit du président de la République.

Pourtant, la Cap 20-21 doit se rendre à l’évidence : être dans l’opposition repose sur une certaine éthique. Une sorte de sacerdoce démocratique. Et comme il faut de tout pour faire un monde, il faut savoir bannir la facilité ou le raccourci dans une lutte démocratique.

Au bilan, quelle image l’opinion nationale et internationale pourra-t-elle avoir de l’opposition nigérienne aujourd’hui ? Peut-on faire de l’opposition sans une vision claire de l’intérêt général ? Le pouvoir pour le pouvoir n’est-il pas le but recherché à travers les actions de désespoir de la Cap 20-21 ? Peut-on se considérer républicain, lorsqu’on est insensible quand les valeurs républicaines sont aux prises avec les forces obscurantistes ? Notre opposition est en panne de réflexion. Nous assistons à une terrible désertion de la raison dans ses rangs. Elle vient d’ourdir un complot sordide, et n’a attendu que le verdict de la Cour constitutionnelle pour sa mise en œuvre. Ses menaces à peine voilées en disent long sur sa volonté de provoquer un raccourci contre le processus démocratique nigérien. Le choix du fantôme de Mahamane Ousmane n’est qu’un faire-valoir pour donner une ampleur nationale à la subversion. Il est grand temps pour Mahamane de se ressaisir, comme le lui auraient suggéré les notables de Zinder, apprend-on. Comment, avec 7 députés, prétendre entretenir la zizanie ? Comment un ancien chef d’Etat osera-t-il prendre sur lui la responsabilité d’engager son pays dans l’incertitude et le chaos, pour faire plaisir à quelques-uns.  Mais que Mahamane Ousmane se le dise, une fois pour toutes : il est libre d’opérer son propre choix, après la sentence la Cour constitutionnelle :  accepter son verdict ou défier l’autorité de l’État. That’s the question.

Tiemago Bizo

Niger Inter Hebdo N°012

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