En réfléchissant un tant soit peu sur la situation des musulmans, on verra qu’ils sont exposés aujourd’hui à quatre grands dangers vis-à-vis des biens : l’usage illicite, le détournement, le gaspillage et l’excès qui sont tous des péchés capitaux susceptibles d’attirer à leur auteur entre autres la colère, le dédain ou la punition d’Allah.

1- L’usage illicite

* Il s’agit de toute utilisation des biens personnels dans des voies contraires aux recommandations de l’Islam tels l’achat de l’alcool, la pratique de l’intérêt, les jeux de hasard (PMU, loterie, tombola, les jeux assimilés à la loterie comme ceux des sociétés de téléphonie…), la corruption…

* L’usage illicite concerne aussi les employés qui utilisent les biens d’autrui (Etat et autres employeurs) c’est-à-dire ceux qui utilisent les biens d’un service (public ou privé) dans un cadre outre celui pour lequel ils ont été acquis. A titre d’exemples :

– Utiliser les appareils et le papier du service pour faire des photocopies des documents non relatifs au service.

– Utiliser le téléphone pour des communications non relatives au service.

– Utiliser le véhicule et/ou le carburant du service pour des courses non relatives au service (transport des enfants, transport des bagages, voyage qui ne s’inscrit pas dans le cadre du travail)…

Bref, l’employé est responsable et sera interrogé devant Dieu (et peut-être devant l’employeur avant l’audience divine) sur toute utilisation contraire qu’il aura faite des biens et matériels de son employeur;  comme le montre la parole du Prophète çallallahou alaihi wa sallam dans le Hadîs précédent: «…L’employé est responsable des biens de son employeur et il sera interrogé sur l’objet de sa responsabilité…».

* Cette utilisation illicite concerne aussi les femmes qui gèrent les biens de leurs maris comme cela ressort du même Hadîs: «La femme est responsable de la garde de la maison de son mari et elle sera interrogée sur l’objet de sa responsabilité».

Ce point (l’usage illicite) me rappelle l’anecdote d’un pèlerin parti en Arabie Saoudite et qui voulait avoir l’adresse d’un ami vivant dans ce pays. Il s’adressa à un fonctionnaire :

– Le pèlerin : connais-tu un tel et peux-tu me donner son adresse ?

– Le fonctionnaire : oui, je le connais et je peux te donner son adresse incha-Allah.

Puis le pèlerin le vit en train de tournoyer à droite et à gauche pour chercher un stylo après avoir fait sortir de sa poche un papier, alors que devant lui, il y avait une quantité des stylos de toutes couleurs sur le bureau.

– Le pèlerin : mais que cherches-tu?

– Le fonctionnaire : je cherche un stylo pour écrire

– Le pèlerin : et ces stylos qui sont devant toi ?

– Le fonctionnaire : ces stylos sont ceux du service, ils ne sont pas payés pour écrire les adresses des gens.

Ce récit me rappelle encore celui de Cheikhoul-Islam Almoubârak qui fut employé par un riche comme jardinier où il travailla durant des années (huit ans selon certaines sources). Un jour, son patron eut des visiteurs de marque et il les amena au jardin afin de leur servir ses fruits et il demanda à Almoubârak de lui apporter une grenade délicieuse mais celui-ci apporta deux grenades toutes amères. Le patron se fâcha et lui dit: «Depuis quand travailles-tu ici et tu ne distingues pas une grenade délicieuse d’une grenade amère?». Almoubârak lui répondit: «Tu m’as employé pour garder ton jardin et non pour manger les fruits». Puis son patron interrogea les voisins d’Almoubârak qui lui ont confirmé qu’il n’a jamais mangé un fruit du jardin. Le patron lui dit alors «Je n’ai qu’une seule fille, à qui dois-je la donner en mariage?». Almoubârak lui dit: « Les juifs donnent en mariage à cause de la richesse, les chrétiens à cause de la beauté, les arabes à cause de la lignée (la race) et les musulmans à cause de la piété (la foi). Regarde la catégorie à laquelle tu appartiens et donne-la à quelqu’un de cette catégorie ». Le patron lui répondit : « Est-ce qu’il y a quelqu’un de plus pieux que toi ?». Puis il lui donna la fille en mariage et il eut avec elle Abdoullah ibnoul Moubârak qui a eu aussi un récit similaire dans le domaine de la piété.

2- Le détournement

A l’origine, le détournement est le fait de voler une partie du butin de guerre avant son partage entre ses ayants-droits mais le détournement est général en Islam et englobe toute prise des biens des autres sans leur autorisation.  

Le détournement est formellement interdit en Islam car Allah le Très Haut dit: «Un prophète n’est pas quelqu’un à s’approprier du butin. Et quiconque trompe ses compagnons en commettant le détournement viendra avec ce qu’il se sera approprié [illégalement] le Jour de la résurrection. Alors, à chaque individu on rétribuera pleinement ce qu’il aura acquis. Et ils ne seront point lésés». Sourate 3,  verset 161.

Aboû Houraïra -qu’Allah l’agrée- rapporte: «Le Prophète nous a prononcé un discours dans lequel il a rappelé le Ghouloûl (le détournement) en soulignant son énormité et sa gravité en tant que péché. Il dit: «Que je ne rencontre personne parmi vous le Jour de la résurrection, portant sur son cou un mouton qui bêlera ou un cheval qui hennira. Quand un tel [détourneur] me dira ensuite: “O Messager d’Allah! Secoure-moi (intercède en ma faveur)”, je lui dirai: «Je ne peux rien pour toi car j’ai transmis le message d’Allah. [Que je ne rencontre non plus personne parmi vous le Jour de la résurrection], portant sur son cou un chameau qui blatérera. Quand un tel [détourneur] me dira ensuite: “O Messager d’Allah! Secoure-moi (intercède en ma faveur)”, je lui dirai: «Je ne peux rien pour toi car j’ai transmis le message d’Allah. [Que je ne rencontre non plus personne parmi vous le Jour de la résurrection], portant sur son cou de l’or et de l’argent. Quand un tel [détourneur] me dira ensuite: “O Messager d’Allah! Secoure-moi (intercède en ma faveur)”, je lui dirai: «Je ne peux rien pour toi car j’ai transmis le message d’Allah. [Que je ne rencontre non plus personne parmi vous le Jour de la résurrection], portant sur son cou des vêtements qui battront. Quand un tel [détourneur] me dira ensuite: “O Messager d’Allah! Secoure-moi (intercède en ma faveur)”, je lui dirai: «Je ne peux rien pour toi car j’ai transmis le message d’Allah.». (Çahîhoul-Boukhâry, Hadîs no 3073).

Le détournement revêt plusieurs formes et quiconque détourne quelque chose l’apportera au Jour de la Résurrection sur sa tête devant toutes les créatures. A titre d’exemples:

– Les cadeaux ou pourboires donnés aux fonctionnaires dans le cadre de leur travail et cela peut être même considéré comme une corruption comme le Prophète prière et salut d’Allah l’a dit: «Les cadeaux offerts aux fonctionnaires constituent un détournement (une corruption)». Rapporté par Ahmad.

Il y a le cas du Compagnon que le Prophète a envoyé collecter la Zakat et qui a ramené deux tas de biens en précisant que le second tas est constitué des cadeaux qu’on lui a donnés. Le Prophète a rassemblé les gens puis a dit: «Que dites-vous de quelqu’un que j’envoie collecter de la Zakat et qui revient me dire: ceci est pour vous et ceci est pour moi? Pourquoi n’est-il pas resté dans la maison de son père pour voir si on lui fera des cadeaux?».

– Les biens du service que l’employé amène dans sa famille ou vend sans l’autorisation du service même s’ils ne sont pas utilisés au niveau du service.

– La craie, les stylos, les cahiers, les livres… scolaires que l’enseignant amène à ses enfants ou à d’autres personnes qui ne font pas partie des bénéficiaires de son établissement.

Le Prophète prière et salut d’Allah sur lui a dit: «Quiconque nous employons parmi vous à un travail, s’il nous cache une aiguille ou quelque chose de supérieur, c’est un détournement qu’il apportera (sur sa tête) le Jour de la Résurrection ». Rapporté par Mouslim.

(A suivre incha-Allah)

Cheikh Boureima Abdou Daouda

Niger Inter

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