FORUM DE LA DIASPORA NIGERIENNE : « Mon projet n’a pas la prétention de se substituer aux politiques publiques ; il se veut une contribution citoyenne au débat national », dixit Dr ADAMOU Mahamadou Sani

Enseignant-Chercheur, docteur en Sciences de l’Éducation et spécialiste des programmes scolaires, Dr ADAMOU Mahamadou Sani travaille depuis plus de vingt-deux ans dans la formation des enseignants, la conception et l’évaluation de curricula ainsi que dans l’enseignement supérieur aux États-Unis. Il a exercé aussi comme responsable pédagogique, formateur de formateurs et enseignant-chercheur au Texas, dans l’Etat de Maryland et brièvement aussi, à l’Ecole Normale Supérieure de Niamey. Ses travaux portent sur la didactique, l’analyse de programmes et les méthodologies de recherche en éducation. Dr ADAMOU Mahamadou Sani est engagé aussi dans la mobilité internationale et dans diverses associations professionnelles liées à l’éducation et aux langues.

Niger Inter  l’a rencontré pour vous, en marge du Forum de la Diaspora nigérienne, tenu du 28 au 29 juillet dernier, au Centre International de Conférences Mahatma Gandhi de Niamey. Dans cette interview qu’il a bien voulu nous accordée, l’Enseignant-Chercheur se prononce d’abord sur l’importance du Forum de la Diaspora, l’engagement et la détermination de cette Diaspora à contribuer au développement du pays à travers des actions concrètes et durables, avant de nous entretenir sur le Projet dont il est porteur. Intitulé « Projet de Refondation Éducative du Niger », il vise à contribuer à une réflexion nationale sur la construction d’une école nigérienne plus souveraine, plus inclusive, plus performante et profondément enracinée dans nos valeurs.

(Lisez l’intégralité de l’Interview qu’il nous a accordée).

 

Niger Inter : Du 28 au 29 juillet dernier, la Diaspora nigérienne s’est réunie à Niamey pour un Forum qui a porté sur le thème : « Contribution de la diaspora nigérienne au développement économique et social du pays dans le contexte de la Refondation ». Quel est l’intérêt de ce Forum pour le pays et quel sens donné au thème retenu ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Ce Forum de la diaspora représente une initiative particulièrement importante pour le Niger, car il crée un espace structuré où la diaspora peut réfléchir, proposer et s’engager concrètement dans la dynamique de refondation nationale. Le thème retenu souligne que les Nigériens de l’extérieur constituent une ressource stratégique : par leurs compétences, leurs réseaux, leurs expériences internationales et leur capacité d’innovation, ils peuvent contribuer de manière décisive au développement économique et social du pays. En réunissant ces forces vives autour d’une vision commune, le Forum permet de transformer l’attachement à la nation en actions, en projets et en partenariats capables d’accélérer la modernisation du Niger et de renforcer ses institutions.

Niger Inter : Après deux jours des travaux, quelle résolution la Diaspora a-t-elle prise en termes de contribution à apporter pour le développement économique et social du Niger ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Au terme de ces deux jours de travaux, la diaspora nigérienne a réaffirmé avec force sa détermination à contribuer au développement du pays à travers des actions concrètes et durables. Les participants ont exprimé leur volonté de s’engager dans divers projets touchant l’éducation, la santé, l’entrepreneuriat, la formation professionnelle, l’innovation et l’investissement productif. Cette résolution traduit un esprit de responsabilité et un attachement profond au Niger : la diaspora souhaite mettre à profit ses compétences, ses réseaux et son expérience internationale pour accompagner la refondation en cours et soutenir un développement économique et social inclusif.

Niger Inter : Vous comptez parmi les participants à ce Forum qui sont porteurs d’un Projet. Pouvez-vous nous présenter succinctement le vôtre ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Je porte un Projet de Refondation Éducative du Niger à travers un Livre blanc sur lequel je travaille et intitulé « Vision Éducation Niger 2035 ». Mon ambition est simple : contribuer, avec humilité, à une réflexion nationale sur la construction d’une école nigérienne plus souveraine, plus inclusive, plus performante et profondément enracinée dans nos valeurs, afin que chaque enfant puisse développer pleinement son potentiel au service de notre pays.

Niger Inter : Ici, l’on voit que les objectifs du Projet sont clairement définis. Alors, quelles sont les actions qui seront mises en œuvre pour les atteindre ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Notre démarche repose sur quatre actions principales : élaborer et diffuser un Livre blanc, favoriser un dialogue national avec tous les acteurs de l’éducation, mobiliser l’expertise de la diaspora et des partenaires, puis accompagner la réflexion sur des réformes concrètes et adaptées aux réalités du Niger. L’objectif est de faire de cette Refondation éducative un projet collectif, porté par l’ensemble de la Nation.

Niger Inter : Pour refonder notre système éducatif, le rendre souverain, efficace et en phase avec les réalités socio-culturelles du pays, il faut une volonté politique forte. Pensez-vous disposer du plein soutien de l’Etat dans ce combat ? Quelles sont les opportunités qui s’offrent à votre Projet pour une mise en œuvre efficiente ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Oui, la réussite d’une refondation éducative repose avant tout sur une volonté politique forte et sur l’engagement de l’ensemble des acteurs de l’éducation. Mon projet n’a pas la prétention de se substituer aux politiques publiques ; il se veut une contribution citoyenne au débat national. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons de ma participation à ce Forum : présenter cette vision, recueillir les avis des différents acteurs et solliciter le soutien du Gouvernement, des institutions éducatives, des enseignants, des universités, de la société civile et de la diaspora. Je suis convaincu que les opportunités sont réelles, car le Niger a placé l’éducation au rang de ses priorités stratégiques. Si cette réflexion est portée collectivement et enrichie par le dialogue, elle pourra contribuer à bâtir une école plus souveraine, plus efficace et davantage adaptée aux réalités de notre pays.

Niger Inter : Tout Projet est soutenu par un budget prévisionnel. A combien estimez-vous les fonds nécessaires pour la mise en œuvre dudit Projet ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Mon projet est avant tout un cadre stratégique de réflexion. Il ne comporte donc pas encore un budget global, car celui-ci relèvera des choix qui seront faits par les autorités et les partenaires. L’objectif est d’abord de construire une vision partagée ; l’évaluation financière viendra ensuite, dans le cadre d’études de faisabilité. Je privilégie une mise en œuvre progressive, réaliste et adaptée aux capacités du pays.

Niger Inter : Quelles sont les sources de financement envisagées et quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour la mobilisation des fonds ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani :  À ce stade, le projet est avant tout une contribution intellectuelle et stratégique à la réflexion sur la Refondation Éducative du Niger. Si les propositions qu’il contient suscitent l’intérêt des autorités, les principales sources de financement pourront être mobilisées dans le cadre des politiques publiques de l’État, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, du secteur privé, des fondations engagées en faveur de l’éducation ainsi que de la diaspora nigérienne. La stratégie privilégiée repose sur une approche partenariale : construire d’abord un consensus autour de la vision, puis développer progressivement des projets concrets, accompagnés d’études techniques et financières, afin de mobiliser les ressources nécessaires de manière transparente et durable.

Niger Inter : Avez-vous un appel à lancer aux autorités nationales, aux partenaires de l’éducation et tous ceux qui peuvent contribuer à la concrétisation de ce Projet ?

Dr ADAMOU Mahamadou Sani : Mon appel est avant tout un appel à l’unité et à la responsabilité collective. L’éducation est l’affaire de toute la Nation. J’invite les plus hautes autorités de notre pays à poursuivre les efforts engagés en faisant de l’éducation une priorité nationale durable. J’appelle également les enseignants, les chercheurs, les universités, les parents d’élèves, la société civile, le secteur privé, les partenaires techniques et financiers ainsi que la diaspora nigérienne à unir leurs compétences et leurs expériences au service de notre école. Mon projet n’est pas celui d’un homme ; il se veut une contribution au débat national. Je souhaite qu’il soit enrichi, discuté et, si les autorités le jugent utile, qu’il puisse inspirer certaines réformes. Je reste convaincu que le plus bel héritage que nous puissions laisser aux générations futures est une école qui donne à chaque enfant du Niger les moyens de réaliser son potentiel et de contribuer au développement de notre Nation. L’éducation n’appartient ni à un gouvernement, ni à une institution, ni à une génération. Elle est un héritage que nous recevons et que nous avons le devoir de transmettre plus fort aux générations qui nous succéderont. Si mon projet peut contribuer, même modestement, à cette ambition nationale, alors j’aurai atteint mon objectif.

Interview réalisée par Sahirou Youssouf