« Accélérer la transformation économique de l’Afrique grâce à la ZLECAf ». C’est sous thème que s’est ouverte, le lundi 18 mai dernier à Lomé, la 3ème Edition du Forum Biashara Afrika 2026, placée sous le signe de la « dynamisation du commerce intra-africain et de la construction des partenariats économiques de demain ».
Organisée par le Secrétariat de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf) et le gouvernement de la République du Togo, cette 3ème Edition a réuni à Lomé, plusieurs Chefs d’Etat et de Gouvernement, des représentants du secteur privé, des investisseurs et bien d’autres personnalités.
L’objectif assigné au Forum Biashara Afrika qui signifie « commerce » en langue swahili est de « promouvoir les investissements, créer des opportunités commerciales, renforcer les chaînes de valeur régionales et contribuer à l’élimination des obstacles persistants au commerce intra-africain », indique-t-on.
L’on notait également à l’ouverture officielle de cette rencontre d’affaires continentale, la présence remarquée de l’ancien président du Niger, Issoufou Mahamadou, champion de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf) dont l’engagement constant en faveur de l’intégration économique africaine est internationalement reconnu.
Dans un mémorable discours qu’il a prononcé à l’ouverture officielle du Forum, l’ancien président du Niger, Issoufou Mahamadou a d’abord salué le choix du Togo, comme pays hôte de cette troisième édition, ce qui constitue, selon lui, « une reconnaissance du leadership clairvoyant du Président Faure Gnassingbé dont le pays a une tradition d’hospitalité reconnue de tous ».
Le champion de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf) a ensuite fait un rapprochement entre la 12ème Edition du Forum pour l’Investissement et le Commerce, tenue le 09 mai 2026 à Alger sous le thème : « Ensemble, ouvrons les marchés » et la 3ème Edition du Forum Biashara Afrika de Lomé.
Ces deux évènements, a dit le président Issoufou, sont « la confirmation de l’unicité géo-économique, géo-politique et géo-stratégique de l’espace compris entre les rives sud de la Méditerranée et le Golfe de Guinée ».
Pour le champion de la ZLECAf, « il n’y a pas deux Afriques : l’une au Nord du Sahara et l’autre au Sud. Il n’y a qu’une seule Afrique, celle de l’agenda 2063, celle pour laquelle une vision sur 50 ans a été définie en 2013 par les Chefs d’Etat, celle d’une Afrique intégrée, prospère et en paix, gérée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internationale ». Il s’agit là d’une vision qui se traduit par « la prise en compte des aspirations des peuples Africains, à l’unité, à la souveraineté, à la paix, à la sécurité et à la prospérité, aspirations identiques partout, d’Alger à Lomé, de Dakar à Djibouti, du Caire au Cap », a souligné l’ancien président du Niger.
Cette aspiration à la prospérité, a rappelé le champion de la ZLECAf est « prise en compte, dans 14 Projets phares parmi lesquels la ZLECAf dont l’Accord Général et les huit protocoles négociés et adoptés visent, tous, à la transformation économique du continent : protocoles sur le commerce des marchandises, sur le commerce des services, sur le règlement des différends, sur la propriété intellectuelle, sur la concurrence, sur les investissements, sur le commerce électronique, sur les femmes et les jeunes dans le commerce ».
Des protocoles pour lesquels Issoufou Mahamadou appelle les Etats à les transposer rapidement dans leur législation nationale. « C’est là une des conditions pour que la ZLECAf produise son plein effet sur la transformation économique du continent, transformation pour la réalisation de laquelle nous disposons de deux atouts : notre actif démographique et nos ressources naturelles », a-t-il souligné.
- La jeunesse africaine : principal levier pour accélérer la croissance économique du continent
Constituant la majorité de la population active, la jeunesse africaine demeure « notre levier pour accélérer la croissance économique du continent » a dit le champion de la ZLECAf. « Un levier d’autant plus puissant qu’ils seront éduqués, instruits et formés. Ils sont notre capital le plus précieux, surtout dans le contexte actuel du capitalisme informationnel, où la valeur est principalement créée par la technologie, le savoir et la gestion des flux d’information. Ils sont nos capitaines d’industrie de demain. Ils sont ces consommateurs de la classe moyenne, cette classe moyenne qui favorise stabilité politique et croissance économique, cette classe moyenne qui, selon le principe du partage, selon l’extrême et moyenne raison, doit représenter 62% de la population contre 34% seulement aujourd’hui » a-t-il expliqué.
A l’endroit de cette jeunesse et les femmes aussi, dont un protocole spécial leur a été dédié, de se s’approprier l’Agenda 2063, car « il est le leur et ils doivent en faire leur bréviaire, le mât d’Ulysse auquel ils doivent s’attacher pour ne pas, par ailleurs, céder aux chants des sirènes des organisations terroristes et criminelles qui les considèrent comme leur réservoir de recrutement ».
Par ailleurs, devait souligner l’ancien président Issoufou Mahamadou, « un levier, pour être efficace, a besoin d’un point d’appui. Et nous en avons, heureusement, un : nos ressources naturelles (agricoles, minières, énergétiques et autres) ».
Pour l’Agenda 2063, notamment la ZLECAf, l’objectif visé est de faire de ce potentiel, « non pas une source de conflits, de malédiction comme c’est, hélas, souvent le cas aujourd’hui, mais un instrument pour générer la prospérité et pour transformer le continent », tout en attirant l’attention que « nos ressources naturelles ne doivent plus être exportées sous forme brute avec, dans la plupart des cas, moins de 5% de la valeur du produit fini ».
- L’Agenda 2063 et ses promesses
L’une des promesses de l’Agenda 2063, a rappelé le champion de la ZLECAf est la mise en place d’un « cadre stratégique visant à transformer le continent en puissance mondiale ». Cette transformation, a-t-il expliqué, se fera « grâce à des infrastructures de classe mondiales, essentielles pour dynamiser les chaînes de valeur, l’industrialisation et le commerce intra-africain ». Ce dernier englobe : les réseaux transnationaux de transport et logistique pour réduire les temps de transport et les coûts avec notamment des corridors comprenant des lignes de trains à grande vitesse reliant toutes les capitales et les centres commerciaux du continent, des infrastructures routières, des infrastructures aéroportuaires et portuaires, des infrastructures énergétiques comme le barrage d’Inga, des infrastructures numériques, des infrastructures commerciales pour les marchandises et les services, le passeport africain ; les infrastructures de base, d’eau et d’assainissement ».
S’y ajoutent : l’éducation, l’instruction et la formation des jeunes. Pour l’ancien président du Niger, « la mise en place de toutes ces infrastructures ainsi que la création, par exemple, des Zones Economiques Spéciale (ZES) à l’image de la Plate-forme Industrielle d’Adétikopé- PIA, créée au Togo, permettront d’améliorer l’environnement global des affaires et d’attirer les investissements ».
Au vu de tout ce qui précède, l’Agenda 2063, notamment son projet phare la ZLECAf, ambitionne ainsi, à travers le plan de développement industriel de l’Afrique et la stratégie africaine des produits de base, à « orienter, stimuler et transformer le tissu productif du continent afin de capter une plus grande part des richesses et éviter la simple exportation des matières premières », a martelé le champion de la ZLECAf.
- Accélérer l’intégration africaine
Pour renforcer la résilience économique en Afrique, l’élimination d’un certain nombre des contraintes qui freinent encore l’essor des échanges africains s’impose impérativement.
Dans ce cadre, l’ancien président du Niger, Issoufou Mahamadou dont l’engagement constant en faveur de l’intégration économique africaine ne souffre d’aucune ambiguïté, préconise « l’élimination urgente des barrières non tarifaires ». Ces barrières, a-t-il dit, « doivent être démantelées d’urgence afin de faciliter la libre circulation des personnes et des marchandises ». Toutefois, devait-il reconnaitre que la mise en œuvre de cette mesure s’avère difficile dans certaines régions du fait notamment de la menace terroriste, comme c’est le cas en Afrique de l’Ouest. A ce niveau, il interpelle les Etats à renforcer leur coopération sécuritaire, et œuvrer à ne pas demeurer dans le statu quo actuel qui n’est pas acceptable.
Pour l’ancien président Issoufou Mahamadou, « les pays de la région doivent restaurer la confiance perdue. Ils doivent porter leur coopération sécuritaire à un niveau qui puisse leur permettre d’assurer la sécurité et la paix à leurs peuples », ajoutant que « cette nécessité s’impose également aux autres régions d’Afrique en proie à des conflits violents ».
- Les défis de la réalisation de « l’Afrique que nous voulons »
« La mobilisation des ressources financières reste le premier défi à relever pour la réalisation de l’Afrique que nous voulons », a prévenu le champion de la ZLECAf. Sur ce chapitre, Issoufou Mamadou explique que « les besoins du financement du deuxième plan décennal 2024-2033, par exemple, sont évalués à neuf mille milliards de dollars, ce qui nécessite un secteur privé dynamique ».
Cela nécessite également, a-t-il poursuivi, « le renforcement de la capacité des Etats à mobiliser les recettes fiscales et l’application rapide des décisions déjà prises par les Etats, relatives aux institutions financières panafricaines, notamment : la création d’un fonds de développement pour le financement de l’Agenda 2063, le renforcement des marchés africains de capitaux, la création des liens entre marchés de capitaux nationaux ; l’accélération de la ratification des traités instituant la Banque Centrale Africaine, la Banque Africaine des Investissements, le Fonds Monétaire Africain, et la bourse panafricaine des valeurs, la lutte contre les flux financiers illicites et pour la réforme de l’Architecture Financière Internationale (AFI) ».
Pour l’heure, estime l’ancien président du Niger, « es institutions financières panafricaines déjà existantes comme AFREXIMBANK, la BAD, le FSA, doivent être soutenues par les Etats qui doivent par exemple faire obligation aux fonds souverains, de pension et d’assurance, de placer leurs ressources dans ces banques ».
Tirant les résultats enregistrés au cours de deux décennies de la mise en œuvre de l’Agenda 2063, le champion de la ZLECAf les a qualifiés de « résultats mitigés ». En effet, au cours de la première décennie 2014-2023 de mise en œuvre de l’Agenda 2063, « le taux de croissance économique moyen annuel réalisé sur la période a été d’environ 4%, largement en deçà des 7% prévus ». Pour la deuxième décennie, 2024-2033, l’objectif central assigné pour chaque Etat membre est d’atteindre au moins le statut de pays à revenu intermédiaire au plus tard en 2033.
Mais pour que cela soit possible, a préconisé l’ancien président du Niger, « certains de ces Etats doivent réaliser des taux de croissance à deux chiffres avec des ratios précis que permettent les deux formules du Panel sur l’émergence et le développement ». Et cela nécessite, a-t-il dit, « une mise en œuvre accélérée et cohérente de la ZLECAf et des autres projets phares de l’Agenda 20633. S’y ajoute la mise en œuvre d’un comité des champions qui permettra, a souligné le champion de la ZLECAf, « d’en assurer la cohérence et l’institution d’une feuille de route pour chaque région afin d’assurer le suivi ».
Oumar Issoufa



