Indice de développement humain : En finir avec la spirale défaitiste au Niger

Scrutée avec attention, la sortie du rapport annuel du PNUD sur le développement humain fait l’objet de tous les fantasmes au Niger. Souvent redoutée par la Majorité au pouvoir et accueillie avec un certain « enthousiasme » par l’Opposition, la place peu enviable qu’occupe le pays continue de susciter de débat. Quelle doit être la posture citoyenne pour inverser la tendance ?

Si l’existence du débat contradictoire témoigne de la vitalité démocratique dans le pays, il n’en demeure pas moins que son contenu reste malheureusement et de loin à la hauteur des enjeux. Autrement dit, au-delà de virer parfois à la dérision, certains commentateurs et ou intervenants brillent par leur incapacité à faire des propositions concrètes et pertinentes pour permettre au Niger de quitter la queue de peloton de ce classement. Il y’a pourtant urgence puisque sur le plan symbolique, le fait de voir son pays enregistrer de telles contreperformances n’est guère réjouissant et doit inciter tous les Nigériennes et Nigériens à se transcender pour inverser la tendance.

Le nécessaire rappel sur l’IDH et de la situation du Niger

Il convient de rappeler que l’Indice sur le Développement Humain (IDH) repose sur les travaux d’Amartya Sen (prix Nobel 1998) pour qui le développement ne se résume pas à sa dimension matérielle. Le premier rapport sur le développement humain du PNUD où figurait le classement des pays selon l’IDH a été publié en 1990.  L’édition 2020 marque donc le 30e anniversaire du premier Rapport sur le développement humain et de la mise au point de l’indice de développement humain (IDH). Comme mentionné ci-dessus, ce dernier a été rendu public afin d’orienter le débat sur les progrès du développement en s’écartant du PIB pour se rapprocher d’un indicateur qui « compte » véritablement pour la vie humaine.

Établi par le Bureau du Rapport sur le développement humain (BRDH) il y a trente ans pour servir d’indicateur simple du progrès humain – basé sur la liberté des individus à vivre la vie qu’ils souhaitent –, l’IDH a gagné en popularité grâce à sa formule de calcul simple mais complète qui évalue l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le revenu moyen d’une population. Au fil des ans, toutefois, la proposition d’un ensemble plus complet de mesures permettant de rendre compte d’autres dimensions essentielles du développement humain suscite un intérêt croissant.

L’IDH est un indicateur synthétique servant à mesurer les progrès réalisés à long terme dans trois dimensions fondamentales du développement humain : une vie longue et en bonne santé, l’accès aux connaissances et un niveau de vie décent. Une vie longue et en bonne santé se mesure par l’espérance de vie. Le niveau des connaissances s’apprécie par le nombre moyen d’années d’instruction de la population adulte, c’est-à-dire le nombre moyen d’années d’enseignement reçu pendant toute une vie par les personnes de 25 ans et plus ; l’accès à l’enseignement et aux connaissances est mesuré par la durée attendue de scolarisation des enfants d’âge scolaire, c’est-à-dire le nombre total d’années de scolarisation dont un enfant en âge scolaire peut bénéficier si les tendances dominantes des taux de scolarisation par tranche d’âge restent inchangées pendant toute sa vie. Le niveau de vie est évalué à partir du revenu national brut (RNB) par habitant, exprimé en dollars internationaux constants de 2017 convertis sur la base des taux de conversion de la parité de pouvoir d’achat (PPA).

Selon le PNUD, entre 1990 et 2019, l’IDH du Niger a progressé, passant de 0.220 à 0.394 (soit une hausse de 79.1 %), l’espérance de vie à la naissance a augmenté de 18,9 années, la durée moyenne de scolarisation a augmenté de 1,4 années et la durée attendue de scolarisation a augmenté de 4,4 années. Le RNB par habitant du Niger a progressé de près de 10.7 % entre 1990 et 2019. Pour la même période et à titre de comparaison, la valeur de l’IDH du Sénégal est passée de 0,376 à 0,512, soit une augmentation de 36,2% ; l’espérance de vie à la naissance a augmenté de 10,7 ans ; le nombre moyen d’années de scolarité a augmenté d’un an ; les années de scolarité attendues ont augmenté de 4,1 années ; le Revenu National Brut par habitant a augmenté d’environ 47,8%.

L’éducation, le talon d’Achille du Niger

Il ressort de la précédente comparaison que face au retard qu’accuse le Niger, qui est bien antérieur aux années 1990, la réponse gouvernementale, particulièrement dans le secteur éducatif, n’a pas été suffisamment à la hauteur. Et l’impact de cette quasi-inaction se fait encore sentir de nos jours puisque le pays continue de pâtir de la mauvaise performance du secteur non seulement sur la durée de scolarisation et le nombre des élèves mais aussi sur la qualité de l’enseignement. Selon la Banque Mondiale (2020), plus d’un enfant nigérien sur deux dans le groupe d’âge des 7-12 ans n’est pas scolarisé et le niveau d’apprentissage est faible, les écoliers maîtrisant rarement les rudiments en fin de cycle élémentaire. La crise du coronavirus risque de compliquer davantage une situation déjà délicate sur le front des apprentissages. Sans oublier d’autres problèmes d’ordre structurel essentiellement au nombre de trois. A noter d’abord l’érosion de la confiance depuis plusieurs années entre l’Etat et les partenaires sociaux. Ensuite, le problème de sous-financements qui se traduit par une dégradation des infrastructures et accentué la création des classes en paillote, par exemple, pour absorber le flux des élèves, les exposant à des risques d’incendie. Enfin, la faible implication des parents ou représentants légaux des élèves qui favoriserait le décrochage scolaire. Résultat, le dernier rapport du PNUD a classé encore le Niger à la 189è place sur 189 pays retenus pour l’édition 2020, avec un score de 0,394.

Loin de susciter l’indignation, cette dernière place signifie que le Niger doit multiplier les efforts en matière de développement humain pour espérer combler son retard. Chose que le Président Mohamed Bazoum a visiblement cernée. En effet, conscient de la fragilité qui caractérise le système éducatif du pays, le Président ne ménage aucun effort, depuis sa prise de fonction, pour améliorer la situation de l’école nigérienne qui constitue du reste la priorité de son Programme politique. Les différentes rencontres qu’il a initiées avec les acteurs du domaine commencent à produire quelques effets. A commencer par le rétablissement de la confiance entre les différents acteurs. Qu’ils soient issus du monde étudiant ou du corps enseignant d’université, les partenaires sociaux semblent conquis par l’approche prônée par le nouveau Président et restent optimistes quant à la suite à donner au traitement des problèmes qui assaillent le Niger. Un optimisme de raison car la disette budgétaire dont souffre le secteur et qui est l’une des causes des débrayages récurrents semble de plus en plus révolue. On assiste depuis peu à un afflux important de ressources et de soutien technique au profit du secteur éducatif du pays. Comme en atteste le soutien technique et financier récent apporté par la Banque Mondiale à travers le projet « LIRE ». Un projet qui bénéficie d’un financement de 140 millions de dollars de l’IDA, composé d’un don de 120 millions et d’un crédit de 20 millions et ayant pour objectif d’« aider le gouvernement à améliorer la qualité des services d’éducation et, ce faisant, à renforcer le capital humain du pays [qui reste] un enjeu majeur pour l’avenir du Niger », selon  Joelle Dehasse, responsable des opérations de la Banque Mondiale pour le Niger.

Parallèlement, le gouvernement continue de travailler d’arrache-pied pour favoriser une reprise de l’activité économique, et par ricochet, la réalisation d’une croissance économique forte, durable et surtout inclusive – qui est définie comme celle qui met l’accent sur l’emploi productif, crée de nouvelles opportunités économiques, garantit l’égalité d’accès à ces opportunités à tous les segments de la société, assure la protection sociale et le renforcement de la cohésion sociale – et qui reste une condition nécessaire à l’émergence de toute économie.

En définitive, si l’amélioration du bien-être des populations doit être au cœur de la stratégie d’émergence du Niger, les Nigériennes et Nigériens doivent collectivement participer activement à la construction du pays et veiller à ce que les différentes mesures adoptées allant dans ce sens et mises en œuvre puissent produire des résultats satisfaisants et contribuent à améliorer davantage les indicateurs en matière de développement humain et permettre au Niger d’obtenir de meilleures places dans le classement IDH.

Adamou Louché Ibrahim

Economiste

@ibrahimlouche