Depuis novembre 211, le Niger est devenu producteur de pétrole, intégrant ainsi le cercle très fermé des producteurs de producteur de l’or noir sur le continent africain. Certes, le pays est un producteur modeste de pétrole (20 000 barils/jour soit 100 fois moins que le Nigeria). Néanmoins, la production locale permet de couvrir largement besoins locaux, estimés à 10 000 barils par jour de produits pétroliers, auparavant importés du Nigeria.

 Et les perspectives s’annoncent prometteuses puisque, dans un future proche, le pays changera de dimension avec l’exploitation très prochaine du pipeline Niger-Bénin. Un projet d’importance stratégique, puisque l’infrastructure devrait permettre au Niger de sextupler sa capacité actuelle d’exportation du pétrole brut et de toucher quelque 610 millions d’euros de recettes fiscales à l’horizon 2025.

Cependant, à la veille du dixième anniversaire de l’inauguration de la Soraz, une question continue de tarauder l’esprit de nombreux Nigériennes et Nigériens : le Niger, échappera -t-il à la malédiction des ressources ? Ce concept, théorisé en 1995 par Sachs et Wamer, stipule qu’un nombre croissant de « pays pauvres risquent de souffrir des nombreux travers associés à la richesse du sous-sol : État rentier, corruption et lutte violente pour la captation de la rente, dégâts environnementaux, manque de diversification économique, vulnérabilité face à la volatilité des cours, faiblesse des institutions étatiques, inégalités croissantes, etc. ».  Pour le moment, il est difficile de répondre à cette question, même si la corruption reste endémique au Niger et la diversification de l’économie commencent timidement. La production et les exportations des produits pétroliers (essence, gasoil et gaz butane) à destination principalement du Nigeria, du Burkina Faso et du Mali par l’entremise de la SONIDEP et de la SORAZ (depuis août 2016) ont permis à l’économie du Niger d’enregistrer une croissance solide au cours de la dernière décennie. Malgré la croissance économique constamment élevée, de nombreuses insuffisances demeurent à l’image du niveau de vie faible, une réduction moins rapide de la pauvreté et la persistance de la précarité énergétique.

Des produits pétroliers relativement chers pour de nombreux Nigériennes et Nigériens

Pour de nombreux Nigériennes et Nigériens, le démarrage de la production de la Soraz devait se traduire par un accès bon marché aux produits pétroliers. Autrement dit, le prix à la pompe de l’essence, par exemple, devait rester compétitif, par rapport à celui importé du Nigeria voisin. Mais, cet espoir a été vite douché par le gouvernement, puisque les conditions de production des hydrocarbures dans les deux pays ne sont pas comparables et l’alignement des prix des hydrocarbures est quasi impossible. La faiblesse des prix des hydrocarbures au Nigéria étant en partie imputables aux subventions gouvernementales ; ce qui les rend artificiellement plus compétitifs que ceux pratiqués au Niger. Tout de même, l’Etat nigérien a réussi à stabiliser, depuis 2013, les prix des hydrocarbures au niveau des stations-services dans le pays (voir notre graphique). Une avancée sans doute importante puisque « les prix des hydrocarbures au Niger étaient fixés jusqu’en juillet 2001, selon les voix d’approvisionnement (Benin, Togo) et par localité à l’intérieur du pays, ce qui donne des prix variant d’une localité à une autre. Ces prix ont été uniformisés sur toute l’étendue du territoire nigérien à partir d’Août 2001. Le 1er janvier 2012, le Niger entre de plein pied parmi les pays producteurs de pétrole, ainsi l’Essence et le Gasoil nigérien sont en vente dans toutes les stations-service du pays à un prix fixé par arrêté ministériel. Le 1er janvier 2013, les prix des hydrocarbures ont enregistré une baisse, et le litre d’essence est désormais vendu à 540 FCFA à la pompe, contre 579 FCFA, et celui du gasoil, à 538 FCFA, au lieu de 577 FCFA. Ces prix sont restés stables depuis 2013 et continuent à demeurer stables jusqu’aujourd’hui » (Sonidep).

L’énergie bon marché revitalise l’activité économique d’un pays

Même à 540 FCFA le litre, l’essence, pour ne citer que ce produit, raffiné par la Soraz, reste exorbitant pour près de 41,4% de la population nigérienne vivant dans l’extrême pauvreté, mesurée à 1,90 dollar EU par jour, soit 1000 FCFA environ aux cours actuels. D’où l’importance de réviser les prix des carburants à la baisse pour à la fois en faciliter à l’accès à cette frange de la population afin qu’elle puisse disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires. Il convient de souligner que l’énergie est, au même titre que l’eau ou les technologies de l’information, un bien vital de la société d’aujourd’hui que l’Etat doit en promouvoir l’accès. De manière concrète, via la baisse des prix des hydrocarbures, le gouvernement peut, par exemple, soutenir le pouvoir d’achat des particuliers, contribuer à réduire la précarité énergétique dans le pays et alléger les factures énergétiques des entreprises dont les activités ont été très affectées par la crise que nous traversons. Cela pourrait donc permettre aux particuliers de retrouver de la confiance et de consommer davantage. Quant aux entreprises, de transport en particulier, la baisse pourrait leur permettre d’améliorer leurs marges, réaliser davantage des investissements, et, par ricochet, créer de nombreux emplois. Ce qui serait bénéfique pour l’activité économique dans le pays.

Une incertitude pour les finances publiques

La réticence de notre gouvernement à réviser à la baisse les prix à la pompe reposerait sur la crainte de voir s’amenuiser ses recettes fiscales, déjà mises à mal par les fraudes. Chose qu’il faudrait donc à tout prix éviter dans un contexte de mobilisation accrue des ressources internes. Comme en témoignent les propos de l’ancien ministre du pétrole Foumakoye Gado, tenus dans l’hémicycle en 2017, selon lesquels « si on baisse le prix à la pompe, il faut baisser drastiquement le prix du brut, donc les recettes de l’Etat vont s’effondrer ».  Mais, l’assertion de l’ancien ministre serait moins valable à moyen et long terme. Les économistes s’accordent, en effet, à dire que l’énergie bon marché dope la croissance. Le budget de l’Etat pourra ainsi en profiter largement grâce à de meilleures rentrées fiscales (TVA, impôts sur les sociétés…). Tout l’enjeu, pour le nouveau gouvernement, consiste à faire en sorte que la richesse en hydrocarbures se transforme bien en une bénédiction. Certes le gouvernement précédent avait commencé à prendre des mesures importantes, en modifiant son code pétrolier, pour y inclure le contenu local, qui devrait aider à concevoir de meilleures politiques visant à inclure les entreprises et la population locales. Nonobstant cette mesure, il faudra, sans doute, aller plus loin, pour rendre plus accessibles les hydrocarbures à la population, comme c’est le cas en Algérie. Une nécessité, quand on sait que le développement d’un pays se « nourrit » essentiellement de l’abondance d’énergies : électricité et autres produits pétroliers bon marché et de qualité.

Adamou Louché Ibrahim, analyste économique

Niger Inter Hebdo N°18

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