Hama Amadou, ancien Premier Ministre du régime du défunt Président Tandja Mamadou, a pris de court nombre de ses compères politiques de l’opposition après qu’il ait appelé les militants et sympathisants du Moden Fa Lumana Africa, parti dont il est ‘’l’autorité morale’’, à voter, le 27 décembre 2020, jour du 1er tour des élections présidentielles, le candidat du RDR Tchandji, Mahamane Ousmane. Retour sur le jeu trouble de Hama Amadou qui a fini par rouler dans la farine opportunistes et compagnons politiques.

 C’est là, un coup de main inattendu de la part d’un ancien adversaire qui a porté tellement de coups de butoir à cet ex-Président de la République aux premières heures de la démocratie au Niger. Nafarko peut, vraisemblablement, tout attendre des hommes politiques nigériens sauf un soutien de la part de Hama Amadou dans le cadre d’une élection présidentielle. Mahamane Ousmane, premier Président démocratiquement élu au Niger qu’il est, tremblerait encore suite à de nombreuses estocades à lui portées par Hama Amadou lorsqu’ils étaient les deux principaux éléphants qui se battaient aux temps forts de la cohabitation qui a eu cours du 12 février 1995 au 27 janvier 1996.

Les deux hommes sentent, certainement, encore l’odeur du souffre des coups de canons du défunt Général Baré Maïnassara qui les a balayés à cause du blocage des institutions de la République dans lequel leurs inimitiés aigües ont plongé le Niger à l’époque. C’est peut-être encore groggy que Nafarko a vu Hama Amadou venir à lui, ce 22 décembre 2020, pour lui faire la proposition d’une mutualisation des forces en vue de remporter les élections présidentielles qui se tiendront 5 jours plus tard. Avec cet allié tout à fait encombrant, il est allé, semble-t-il, à contrecœur battre campagne dans certaines de nos régions. Malheureusement pour les deux compagnons d’infortune, presque partout où ils sont allés, il n’y a pas eu de bousculade pour les accueillir. Hama Amadou aurait-il apporté la poisse d’une baisse de notoriété et d’électorat à Mahamane Ousmane ? Difficile à dire.

Le PNDS Tarayya, parti au pouvoir contre lequel ils se sont unis, a, pour sa part, déjà conquis et fidélisé les cœurs des nigériens qui ne jurent, désormais, que par lui.  D’ailleurs, il est difficile pour Mahamane Ousmane, même élu, de pouvoir gouverner avec un allié comme Hama Amadou. L’histoire retient qu’à l’époque de la cohabitation, ce dernier lui empêchait même de voyager puisqu’il bloquait le Mont Baguezan (l’avion présidentiel) au sol et envoyait des gendarmes pour chasser les directeurs Généraux qu’il a nommés. C’est aussi Hama Amadou, en tant que Premier Ministre, qui a mis au second rang de la conduite des affaires de l’Etat, le Président démocratiquement élu de la 5ème République, le défunt Tandja Mamadou. Pendant les 7 ans qu’il était son Chef du Gouvernement, il a fait en sorte que ce dernier ne jouasse que des rôles honorifiques.

Après qu’un putsch militaire ait chassé Tandja Mamadou du pouvoir pour avoir initié le ‘’Tazartché’’, ayant perdu les rênes du MNSD Nassara, parti politique dont il fut le président pendant près de 8 ans, il créa le Moden Fa Lumana Africa pour être dans la course aux élections présidentielles du 31 janvier 2011. Le MNSD Nassara étant sous l’escarcelle de Seyni Oumarou, homme politique dont il fut le mentor, c’est avec lui et bien d’autres leaders des formations politiques les plus en vue de l’époque comme la CDS Rahama de Mahamane Ousmane, qu’il s’allie pour fonder l’Alliance pour la Réconciliation Nationale (ARN) pour la conquête du pouvoir. Le 1er tour des élections donna Seyni Oumarou 2ème face à Issoufou Mahamadou arrivé en tête. Contre toute attente et au grand dam du leader du MNSD Nassara et des autres chefs des partis politiques membres de l’ARN, Hama Amadou fait volte-face pour apporter son soutien à Issoufou Mahamadou via une alliance nommément appelée Mouvance pour la Renaissance du Niger (MRN). Celui-ci remporta les élections, haut la main, et devint le 1er Président de la 7ème République le 7 avril 2011 et Seyni Oumarou Chef de File de l’Opposition.

Hama Amadou, pressé d’accéder au trône du chef, voulut, dès les premières années de leur alliance, chercha à mettre Issoufou Mahamadou en cohabitation. L’ayant vite vu venir, le Président de la République mit en place un Gouvernement d’union nationale dans lequel furent intégrés des militants des partis de l’opposition dirigée par Seyni Oumarou. Suite à ce remaniement qui vit l’arrivée dans le Gouvernement des militants de l’opposition, Hama Amadou somma ceux de son parti de quitter leurs postes tout en annonçant le départ du Moden Fa Lumana Africa de la MRN le 22 août 2013. Par contre, en tant que Président de l’Assemblée Nationale, il se maintint à son poste. Cette attitude déplut à plus d’un au sein de Lumana. Certains répondirent favorablement à son mot d’ordre tandis que d’autres, comme Ladan Tchiana et Salah Habi, refusèrent de quitter le Gouvernement. Il a fallu, alors, sa mise en accusation suite à l’affaire des bébés importés du Nigéria qui l’éclaboussa avec plein d’autres personnalités publiques nigériennes, pour que Hama Amadou soit contraint de quitter son perchoir en même temps le pays.

Alors que son procès suivait son cours pendant son exil, il revint au Niger pour participer aux élections de 2016. Il fut jeté en prison mais parvint, quand même, à arriver 2ème derrière le Président Issoufou.

Bien qu’il soit en prison, il maintint sa candidature au 2ème tour des présidentielles au lieu de laisser sa place au membre de la Coalition Pour l’Alternance (Copa 2016) qui vient juste après lui en nombre de voix, le chef du MNSD Nassara, Seyni Oumarou. Les élections, terminées, battu à plate couture par le Président Issoufou, il se porta malade et fut évacué par avion médicalisé vers Paris. Ceci étant, l’attitude de Hama Amadou suite à la formation du Gouvernement d’union nationale de 2013 et aux élections de 2016 pourrait être le point de départ de la cassure au sein du Moden Fa Lumana Africa et l’instauration d’un climat de méfiance entre lui et les leaders des partis de l’opposition.

Depuis son exil, il a maintenu la pression sur le régime du Président Issoufou via une certaine manipulation des partis de l’opposition et des structures de la société civile. Maints efforts ont été entrepris pour pousser le peuple à l’insurrection contre le pouvoir en place. Mais, ledit peuple est resté placide et léthargique puisqu’il n’a pas jugé les idéaux défendus par l’opposition politique et la société civile valoir la peine d’un soulèvement. Son procès, ayant connu son épilogue avec un arrêt de la Cour Constitutionnelle et un autre de la CEDEAO qui l’ont tous débouté, Hama Amadou revint au Niger suite au décès de sa mère et se constitua prisonnier pour purger sa peine d’un an de prison ferme à laquelle il est condamné.

Ce qu’il faut retenir ici, son retour a été tout un spectacle puisqu’il a été convoyé dans ce cadre par Ladan Tchiana comme quand on ramène un enfant qui a fait la fugue au domicile familial. Le Ladan Tchiana qui l’a ramené d’exil était, à l’époque, en rupture de ban avec la MRN parce qu’il a été limogé du Gouvernement par le Président Issoufou. Populiste notoire avec d’autres compagnons d’infortune de la trempe de Ibrahim Yacoubou, il a, peut-être mené son action de charme vis-à vis de Hama Amadou pour que celui-ci lui accordasse les bonnes grâces d’un soutien aux élections du 27 décembre 2020.

Ayant perdu ses droits civiques et politiques suite à l’affaire des bébés importés du Nigéria et étant à la tête d’une grosse formation politique qui n’a pas de véritable candidat aux élections présidentielles, l’ex-Président de l’Assemblée Nationale est bon pour être courtisé. Et, ses courtisans sont si nombreux qu’il peut avoir l’embarras du choix. Dès qu’il leur fit la proposition de la Coalition pour une Alternance Démocratique (Cap20 21), ils ont tous accouru comme une meute de loups affamés ayant flairé l’odeur de l’agneau. Le temps que les élections arrivent, pour jauger s’ils sont dignes de confiance, il entraina certains d’entre eux dans une aventure sans lendemain, celle qui consiste à déposer des requêtes auprès de la Cour Constitutionnelle afin que celle-ci prenne un arrêt invalidant la candidature de Mohamed Bazoum aux élections présidentielles du 27 décembre 2020 puisqu’il le considère comme un non nigérien.

Dans ce cadre, avec un excès de zèle effarant, beaucoup ont associé leurs noms aux nombreuses requêtes déposées à la Cour Constitutionnelle. Tous sont candidats aux élections Présidentielles : Ibrahim Yacoubou, Mahamane Ousmane, Mamadou Moustapha Mamadou, Ladan Tchiana, Salou Djibo, Abdoulkadri Oumarou Alpha, Hamissou Mahaman Moumouni, Djibril Baré Maïnassara, Ousmane Idi Ango, Amadou Boubacar Cissé, etc.

Leurs requêtes ont toutes été rejetées par la Cour et Hama Amadou a pris soin d’attendre et constater leur échec près de ladite Cour pour annoncer contre toute attente, son soutien à un candidat pour le moins inattendu : Mahamane Ousmane. Faire ce choix en dernière instance après avoir mordicus refusé d’appuyer la candidature d’un des militants les plus en vue de son parti alors qu’il sait pertinemment que la sienne sera rejetée, Hama Amadou a démontré aux yeux de l’opinion, qu’en politique, il n’a pas d’amis puisqu’il est capable de rouler quiconque dans la farine sans états d’âme. Oumarou Dogari, Soumana Sanda, pour ne citer que ceux-là dans sa formation politique, le Moden Fa Lumana Africa, en ont fait les frais à plus forte raison les leaders des partis adverses. Hama Amadou reste égal à lui-même à savoir un égoïste narcissique. Un vrai adepte du …..après moi le déluge.

Bassirou Baki Edir 

(Niger Inter Hebdo N°001) 

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