Le candidat Mohamed Bazoum propose, s’il est élu président de la République, d’ouvrir des internats pour les jeunes filles, afin de les retenir plus longtemps à l’école. Leur succès leur éviterait, entre autres, les mariages précoces et forcés.

En plus, une éducation poussée, en matière de santé de la reproduction, leur permettrait, également, d’avoir une plus grande maitrise de leur corps, ce qui favoriserait la réduction de la natalité. Si le Niger arrive à mettre cette politique en œuvre, ce serait un excellent retour à une pratique qui a fait ses preuves jusque dans les années 80, et qui fut, pourtant, abandonnée, dans beaucoup de pays africains francophones.

 « En retenant les jeunes filles plus longtemps à l’école, en évitant des mariages précoces, nous trouverons un début de solution. Nous allons repenser notre système éducatif, construire des internats pour les filles, et leur permettre d’y connaître le succès ». Extraits de propos du candidat Mohamed Bazoum dans un entretien accordé à un magazine. Nous pourrions, sur la base des expériences en la matière, généraliser ce bénéfice aux garçons. Les internats, qu’ils soient d’État ou d’institutions religieuses, dans le temps, présentaient plusieurs avantages scolaires et même sociaux.

Internats : meilleurs résultats scolaires

D’abord, les internats permettaient à des enfants issus de milieux pauvres d’effectuer des études secondaires, parfois de la classe de 6ème jusqu’à la Terminale. Les conditions de vie et d’études étaient assez confortables, puisque y compris les gosses de riches ne s’en plaignaient pas trop : lits dans les dortoirs, douches à l’eau courante, matériel de toilette, tenues uniformes, nourriture européenne, ou traditionnelle améliorée, etc. Ensuite, le rythme scolaire, sous la haute surveillance de professeurs vivant dans l’enceinte de l’établissement ou à proximité, une discipline assez militarisée, une morale enseignée et rappelée à chaque occasion et la disponibilité d’une bibliothèque fournie constituaient une formule de réussite. Enfin, ajouté à cela, des enseignants ayant la vocation, bien formés et faisant montre de l’amour du travail bien fait, puis marqués d’une certaine intégrité, se dévouaient aux élèves.

Ces regroupements de jeunes filles et de jeunes garçons, séparément, favorisaient aussi le brassage des différentes communautés car, entre autres, les élèves n’étaient pas forcément affectés, à l’issue de concours d’entrée en 6ème, dans leur région d’origine. Les élèves apprenaient les bonnes manières : savoir manger à la fourchette, manier le couteau pour couper la viande, manger la bouche fermée, se servir du morceau de viande qui était juste en face d’eux. Ils apprenaient aussi à ne pas bailler sans se couvrir la bouche… Ce ne sont pas des détails. Plus tard, ils seraient jugés, à l’aune de ces mini-comportements. On respectait le bien commun, en classe : les bâtiments, les tables-bancs, la craie, les tableaux et même les chiffons. Pareille exemplarité dans les dortoirs : on prenait soin des lits, des draps et des placards… Dans ces espaces de partage d’expériences tous azimuts, les résultats scolaires étaient, de manière générale, plus probants que ceux que nous connaissons, de nos jours. L’obligation de parler français, partout et à tout moment, stimulait une certaine maitrise de cette langue, une des barrières à l’apprentissage scolaire en Afrique.

Dans les internats, les jeunes filles parvenaient, en majorité, à se préserver jusqu’au mariage ou jusqu’à leur entrée dans le monde du travail. Munies de leurs diplômes ou occupant, déjà, un emploi, elles avaient une relative autonomie voire une forme d’indépendance, dans le choix ou dans l’acceptation de leur futur conjoint. Les grossesses précoces ou non désirées se comptaient, alors, sur le bout des doigts, toujours en comparaison de la situation actuelle. Il faut dire que les hommes aussi, à l’époque, avaient de l’éducation, familiale et religieuse, en plus scolaire pour une catégorie. Une fois mariées, ces jeunes femmes pouvaient planifier, espacer leurs grossesses, limiter le nombre de leurs enfants.

Naturellement, le système scolaire affrontait aussi ses brebis galeuses : des filles faisaient le mur pour aller retrouver des hommes, le week-end, quand la surveillance se relâchait. Prises, elles étaient sanctionnées, de manière sévère. Quand de rares enseignants s’aventuraient à faire la cour à leurs élèves, ils étaient radiés, à vie, du corps enseignant. C’est dire que, pour que cette politique de nouveaux internats réussisse, des précautions s’imposent, dans le recrutement des enseignants destinés à l’encadrement des jeunes filles.

Mariages précoces et forcés

Selon le président de la Banque africaine de développement (BAD), en 2019, en Afrique, 125 millions de filles et de jeunes femmes se sont mariées avant leur 18e anniversaire, plus d’une jeune femme sur trois s’est mariée pendant son enfanceet une sur dix avant son 15anniversaire. La réinstauration des internats pour filles serait aussi une mesure salutaire, pour relever le niveau de scolarisation des jeunes filles au Niger. En effet, selon le Partenariat mondial pour l’éducation, en 2015, seules 62,2 % des filles ont pu terminer l’école primaire, contre 75,5 % des garçons. Le taux d’achèvement du premier cycle du secondaire s’élevait, quant à lui, à 13 % pour les filles, contre 18 % pour les garçons. Le 5 décembre 2017, le Conseil des ministres a donc adopté un décret portant sur « la protection, le soutien et l’accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité ». Au terme dudit texte, l’Etat nigérien s’engage à :

  • mettre en place des programmes d’alphabétisation et d’autonomisation des filles et femmes non scolarisées ou déscolarisées ;
  • fournir une assistance aux parents ou aux autres personnes ayant la charge de la jeune fille scolarisée ;
  • ouvrir des internats et des cantines ;
  • attribuer des rations alimentaires et des bourses ;
  • créer des structures de veille, d’écoute et de soutien, ainsi que des dispositifs en faveur des jeunes filles en décrochage scolaire ;
  • remettre des prix d’encouragement en faveur des plus méritantes.

La proposition du candidat Mohamed Bazoum serait donc la matérialisation d’un engagement de l’État nigérien.

Par tradition et de peur que les filles tombent en grossesse en étant en famille, des parents les marient, dès leurs premières règles. Officiellement, pour « éviter le déshonneur ». Ces mariages, forcés et précoces, attentent au développement morphologique et psychologique de la jeune fille, en plus de lui ôter toute ambition intellectuelle et professionnelle. Ils constituent une violation fondamentale des droits des filles. Ils  privent les filles d’éducation, de protection et d’une bonne santé sexuelle. Tout aussi grave, en cas de divorce, répudiation serait un terme plus pertinent, le déshonneur tombe sur la famille, la jeune femme se voyant, parfois, contrainte de revenir chez ses parents avec enfants, où la nouvelle cohabitation peut être orageuse. Il s’agit, alors, d’un déshonneur différé, provoqué par les familles elles-mêmes.

En fait, l’éducation des jeunes doit aller de pair avec celle … des hommes, en particulier. Lors de la vingt-cinquième session ordinaire de la conférence  des chefs d’État et de gouvernements de l’Union africaine, tenue à Niamey, du 6 au 8 juillet 2019, le Président Issoufou Mahamadou a assimilé le fait d’épouser les très jeunes filles à la pédophilie, un délit, par conséquent. Aux hommes donc de déployer des efforts pour relever l’âge des filles qu’ils épousent. Vaste programme de sensibilisation mais aussi d’application rigoureuse de la loi, en perspective.

André Marie POUYA   

(Niger Inter Hebdo N°001)

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