Interview :  Mohamed ZEIDANE dresse le bilan de l’An 2 du président Bazoum dans le secteur de l’éducation

MOHAMED ZEIDANE est Professeur d’Enseignement Secondaire. Titulaire d’un 3ème cycle en sciences de l’Education, il a suivi une Formation en gestion et pilotage du système éducatif à l’IIPE de Paris. Professeur de français dans plusieurs lycées, il exerça les fonctions de censeur puis d’encadreur pédagogique dans plusieurs régions du Niger. Ensuite nommé successivement Directeur des Relations avec les institutions de la République et Directeur des relations avec le Parlement de 2005 à 2009 ; de 2009 à 2015 il exerça les fonctions de Directeur Général d’une société de droit privé et revint à la fonction publique avant d’être nommé Conseiller Technique de la Ministre des Affaires étrangères de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur de 2015 à 2017.  De mars 2017 à juin 2021, il est nommé Secrétaire Général du Ministère des enseignements secondaires puis Secrétaire Général du Ministère de l’éducation nationale à partir du 10 juin 2021. Placé sous l’autorité du Ministre, il est à ce titre le responsable de l’organe placé au sommet de la hiérarchie administrative du Ministère. Il assure l’animation, la coordination, le contrôle et le suivi de l’action des structures du Ministère. Dans l’entretien qui suit, il fait le point des actions et réalisations dans le dans le secteur de l’éducation des deux ans du Président Bazoum aux commandes du Niger.

 

Niger Inter : En ce mois d’Avril, le Président Mohamed Bazoum aura passé deux ans aux commandes du Niger. Sur le volet éducation peut-on dire que les lignes ont vraiment bougé ?

Mohamed ZEIDANE : Il y deux ans lors de son investiture le Président de la République SEM Mohamed Bazoum déclarait « je veillerai personnellement à ce que le secteur de l’éducation soit au centre de toutes les actions du gouvernement, qu’il soit le pivot de ce que je considère être la consolidation et le progrès de notre politique pendant ce quinquennat, et ce avec l’appui technique et l’accompagnement de tous les partenaires de l’école, qu’ils soient nationaux ou extranationaux ».

Ce pari est aujourd’hui gagné parce que l’éducation est devenue le centre d’intérêt de l’action gouvernementale par la mobilisation de toute l’opinion nationale et internationale autour de la vision du Président de la République

– Sur le plan national notre système éducatif a été totalement repensé à travers la mise en place des stratégies, des mécanismes et d’outils appropriés pour répondre à l’analyse diagnostique du sous-secteur. Ce travail a été conduit par le ministère de l’éducation nationale en impliquant syndicats du secteur, ONG et associations actives en éducation et partenaires techniques et financiers. Il a débouché sur « une feuille de route Education ». Le Président de la République a lui-même, en présence du Premier Ministre dirigé plusieurs séances de réflexions sur les grands axes de sa politique éducative pour en faire le suivi et donner les orientations nécessaires. La sérénité observée durant l’année scolaire passée est le corollaire de cette volonté commune de tous les acteurs dans l’amélioration de certains indicateurs de qualité notamment le taux de réussite aux examens du brevet qui est passé de 20,51% en 2021 à  27,18% en 2022 et au Bac de 22,75% en 2021 à 28,95% en 2022. Cependant cette courbe ascendante loin d’être satisfaisante doit se poursuivre en cette année 2023.

-Au niveau international, on peut noter la tenue du sommet de Londres sur l’éducation de juillet 2021 à l’issue duquel le Niger a obtenu plus de 117 millions de dollars du PME le classant comme l’un des 2 plus grands bénéficiaires sur une cinquantaine de pays éligibles à la subvention et celui de New York de septembre 2022 sur la transformation de l’éducation au cours duquel le Président du Niger invité comme champion de l’éducation a animé une journée dédiée à la scolarisation des filles qui connut des annonces de financements importants pour accompagner sa politique en matière de maintien des filles à l’école notamment une annonce de la BADEA dans la construction des 100 internats des jeunes filles qui se concrétise avec le financement acquis de la 1ere phase de construction de 50 internats.

Par ailleurs, les visites au Niger successivement aux mois de mars et avril 2023, des hautes personnalités dont Mme Amina Mohammed la vice-secrétaire général des Nations Unies et M. David Malpass président de la banque mondiale montrent un engagement fort des institutions internationales à soutenir les efforts du Gouvernement du Niger en matière d’éducation.

Il faut surtout noter les efforts du Gouvernement du Niger qui reste encore le principal bailleur de son éducation qu’il finance à hauteur de 85% et qui vient d’augmenter le budget de l’éducation en 2023 de plus de 100 milliards de f CFA par rapport à 2022 avec un croît de 33 % sur le volet investissement.

Niger Inter : Il y a eu l’initiative zéro classe paillote au Niger. Comment entendez-vous mettre en œuvre cet ambitieux programme ?

Mohamed ZEIDANE : La mise en œuvre de cet ambitieux programme « Initiative zéro classe paillote au Niger » a commencé par la définition d’un plan de résorption du stock des salles de classe (SDC) en paillote évalué à 36 000 SDC. Ce plan consiste à construire 6000 SDC par an pendant 6 ans, tous financements confondus (Budget National et PTF).

D’ores et déjà l’Etat a lancé en fin 2022, la construction de 2331 SDC,  la BID à travers le projet de soutien à l’enseignement bilingue franco arabe (PROSEB/FA) 450 SDC, le Fonds commun sectoriel de l’éducation (FCSE) à travers l’ANFICT et les collectivités territoriales, 545 SDC, l’UNICEF 20 Collèges de proximité et 26 SDC à l’Ecole Gamkallé,  le Projet NIGER-LIRE financé par la banque mondiale pour la réhabilitation des 8 écoles normales et de l’école normale supérieure (ENS) ainsi que la construction de leurs écoles annexes d’application. En plus ce projet bénéficiera très prochainement d’un financement additionnel de 230 millions de dollars destinés aux constructions des SDC et des internats des jeunes filles.

Beaucoup d’autres Projets de Développement contribuent activement en région à la construction des infrastructures scolaires parmi lesquels la coopération Japonaise  (JICA) à Niamey, le  PP2E, la KFW  de la coopération allemande à Tahoua, Tillabéri et Agadez, ENABEL financé par la coopération belge à Dosso.

Rien qu’en 2023, l’état envisage sur fonds propres la construction de 3995 autres SDC qui sont en cours de passation des marchés auxquels s’ajoute un nouveau projet de construction d’infrastructures scolaires par la BID pour 2387 SDC. Aussi depuis l’initiative « zéro paillotte » de la ville de Niamey, toutes les autres régions du pays sont en train de s’organiser pour apporter leur contribution à la réalisation de ce programme.

Comme vous le voyez, le programme de résorption des classes en paillote n’est pas une vue de l’esprit mais un véritable plan « Marshall infrastructures » qui se met en route.

Niger Inter : Peut-on avoir une idée des réalisations à Niamey ?

Mohamed ZEIDANE : Concernant le volet infrastructures à Niamey, suite à l’incendie de l’Ecole Pays bas, l’UNICEF a construit 26 SDC en matériaux définitifs et l’Etat a engagé la construction de plus de 690 SDC. D’autres projets sont en cours de réalisation dont celui financé par la BADEA en cours de négociation pour la construction de plus 900 SDC et  celui de la coopération japonaise avec 214 salles de classes prévues pour Niamey par la JICA.  A cela s’ajoute le programme zéro paillote initiée par la ville de Niamey qui sera lancé bientôt.

Niger Inter : La scolarisation de la jeune fille constitue un pan important du programme du Président Bazoum. Pouvez-vous faire un état des lieux de ce programme ?

Mohamed ZEIDANE : A travers la mise en œuvre de la Stratégie Nationale d’Accélération de l’Education et de la Formation des Filles et des Femmes (SNAEFFF), les actions suivantes ont été réalisées dont entre autres :

– L’octroi des Bourses scolaires aux filles : 16 831 bénéficiaires dont 12 690 appuyées par le PAM, 2141 appuyées par les filets sociaux et 2000 filles du secondaire appuyées par le PROSEB/FA ;

– L’organisation des Cours d’appui : 800 filles ont bénéficié de cours de soutien ;

– La Construction en cours d’un lycée scientifique pour jeunes filles ;

– La réinsertion à l’école, des filles non scolarisées ou déscolarisées : 12 949 filles dont  9949 filles et 3000 filles out school sont ramenées à l’école à travers les classes passerelles.

La reforme phare reste sans conteste la construction des internats des jeunes filles dont celui de Kelle, région de Zinder déjà opérationnel, un internat dont les travaux sont achevés à Moujia, région de Tahoua et 5 autres en cours de réalisation dans les différentes régions. Sur les 100 internats prévus, 50 ont leur financement acquis grâce à la BADEA, 13 autres s’y ajoutent grâce à des financements privés déjà acquis aussi. D’autres partenaires dont l’Ambassade de France et la banque mondiale à travers le projet LIRE se sont déjà annoncés pour 3 internats chacun. Un atelier de validation du modèle type d’internats basé sur les bonnes pratiques sera organisé avant la rentrée prochaine. Une étude est déjà lancée grâce à l’appui de l’UNESCO.

 

Niger Inter : Quelles sont les contraintes à la scolarisation de la jeune fille au Niger ?

Mohamed ZEIDANE : Elles se résument principalement aux facteurs suivants :

Difficulté d’accessibilité à l’école en milieu rural ;

– Couverture géographique des besoins, très étendue ;

– Persistance de pesanteurs sociales et culturelles ;

– Vulnérabilité des ménages en milieu rural ;

– Non-respect de la carte scolaire ;

– Contexte sécuritaire défavorable dans certaines régions.

Niger Inter : Sur le plan social, il y a quelques incompréhensions avec  les partenaires sociaux notamment les enseignants contractuels de base. A en croire certains syndicalistes, le gouvernement ne respecte pas ses engagements. Que répondez-vous ?

Mohamed ZEIDANE : Je voudrais souligner que les partenaires sociaux notamment les regroupements des syndicats les plus représentatifs se sont toujours félicités des avancées faites dans le sens de la prise en compte des intérêts des travailleurs en général et des enseignants en particulier. Il en est par exemple de la question cruciale du paiement régulier et à terme échu des pécules des enseignants contractuels qui représentent près de 70% du corps. Sur les différentes plateformes revendicatives, la majorité des points ont fait l’objet des accords entre les syndicats et le Gouvernement.

 Cependant des points d’achoppement existent avec certains syndicats du secteur notamment sur la question de l’évaluation des enseignants contractuels dans la mise en œuvre du plan de résorption des EC. Ces syndicats à notre avis, font une lecture spécieuse des dispositions des textes régissant le recrutement des EC à la fonction publique. Du reste, la plupart des syndicats du secteur et pas des moindres, accompagnent le Gouvernement et siègent dans les comités de préparation des fiches d’évaluation pédagogique et administrative, servant à l’évaluation.

Niger Inter : Les ressources humaines constituent la première richesse, dit-on. Pouvez-vous nous dire ce qu’a fait le gouvernement dans ce domaine ?

Mohamed ZEIDANE : Dans tous ses documents de programmation stratégiques, le Gouvernement met l’accent sur le développement du capital humain qui passe inévitablement pour la fonction enseignante par sa valorisation. Cette valorisation n’est pas une simple profession de foi, elle est traduite concrètement depuis 2021 par le recrutement sans concours à la fonction publique, de certaines catégories d’enseignants et surtout par la volonté affirmée de mettre fin à la contractualisation du corps enseignant grâce à la mise en œuvre du plan de résorption qui vient d’être rendu public. Ce plan de formation garantit in fine une perspective de carrière aux enseignants qui de facto quittent leur situation actuelle de précarité.

Niger Inter : Dans cette optique votre ministère a initié l’abandon de la contractualisation. Peut-on avoir une idée de l’échéance ou disons de l’horizon à partir duquel on pourrait se passer des contractuels de l’éducation ?

Mohamed ZEIDANE : Cette question est liée à la précédente. Je vous fais remarquer que le Gouvernement a déjà arrêté de recruter des nouveaux contractuels depuis 2021. L’échéance de la fin de la contractualisation sera liée à la mise en œuvre effective du plan de résorption des EC.

Niger Inter : Le ministère de l’éducation est en train de gagner le pari sur la fraude aux examens scolaires. Comment expliquez-vous cette performance ?

Mohamed ZEIDANE : Depuis deux ans il faut se féliciter que les épreuves du Brevet d’Eudes du Premier Cycle du secondaire se déroulent en toute transparence en raison des mesures suivantes prises par le ministère de l’éducation nationale :

– la réactualisation des textes relatifs à l’organisation du BEPC ;

– la limitation et le contrôle des centres d’examen qui doivent accueillir les candidats libres ;

– la sensibilisation des acteurs (enseignants, élèves, parents) sur le contenu de l’ordonnance n° 96-27 du 06 juin 1996 réprimant les fraudes aux examens et concours;-

– la mise en place d’une commission restreinte chargée de la reprographie des épreuves;

– la sécurisation, par la police nationale, des lieux de la reprographie des épreuves ;

– le transport des épreuves par voie aérienne pour leur acheminement en régions ;

– la sécurisation des épreuves et des copies au niveau de la Gendarmerie et dans les Commissariats de Police;

– l’escorte des épreuves par les FDS des chefs-lieux des régions vers les centres d’examen ;

-l’implication de la HALCIA dans tout le processus du déroulement de l’examen.

Ces mesures ont permis en somme d’éradiquer la fuite des sujets, de procéder à une meilleure surveillance des salles d’examen, de sécuriser le processus à tous les niveaux grâce à l’implication de la HALCIA et des FDS.

En l’espèce, je trouve que ce n’est pas une performance mais un retour à la normale, à l’orthodoxie à laquelle on n’aurait jamais pu déroger.

Niger Inter : Quel est votre dernier mot ?

Mohamed ZEIDANE : La réussite de notre système éducatif est tributaire de notre engagement à tous : ministère de l’éducation nationale, partenaires sociaux, partenaires techniques et financiers et surtout de la communauté nationale. Nos efforts conjugués produiront les résultats escomptés mais il faut toute raison gardée savoir attendre quelques années avant de voir les effets probants des réformes engagées.

Interview réalisée par Abdoul Aziz Moussa