Loin des caméras et des micros des grands médias de la capitale, Agadez est devenue la capitale de la résilience. Une résilience qui frôle aujourd’hui le seuil de la rupture. Rien ne fonctionne à Agadez. La ville se meurt littéralement. Les services sociaux sont au plus bas niveau. L’essence, le courant électrique, le gaz de cuisine, l’eau potable, Agadez manque de tout.
Le courant électrique est devenu l’expression la plus alarmante de la crise. Ce n’est plus un délestage que connaissent les quartiers de la commune, c’est un arrêt de fourniture. Une cessation de fonctionnement. Les coupures de courant peuvent s’étaler sur plusieurs jours d’affilée sans aucune fourniture. Trois jours, quatre jours, voire cinq jours sans courant électrique dans beaucoup de quartiers de la commune.
La fourniture ne concerne que les services sensibles et stratégiques. Toute l’activité économique a pris un coup. La conservation des produits alimentaires, le fonctionnement des ateliers de soudure, les guichets de transfert d’argent, les places de marchés, tout Agadez donne l’allure d’une mort lente. La nuit, la ville plonge dans le noir. Les communiqués laconiques de la Nigelec ne sont plus rassurants. Ils mentionnent des problèmes au niveau de la Sonichar, la société qui produit le courant électrique pour les villes d’Agadez, d’Arlit et de Tchirozerine. La vétusté du matériel de la Sonichar, l’absence d’investissement dans le renouvellement des équipements et surtout la perte des clients majeurs, l’ancienne Somaïr et surtout la Cominak, tout cela donne des signes d’une mort clinique de la Sonichar.
Un redressement de la Sonichar ne constitue plus un réel espoir. Pour Agadez, toute perspective de sortie de crise est aujourd’hui suspendue à l’annonce de l’arrivée de 4 groupes électrogènes de 3 MW chacun pour améliorer le niveau de la desserte. L’installation et la mise en service des groupes électrogènes ne pourront être opérationnelles avant début janvier 2027. En attendant la population doit se préparer à des nuits toujours plus sombres.
Une situation de l’essence ajoute au calvaire
Comme si cela ne suffisait pas, il faut encore que l’essence disparaisse des stations d’essence. L’astuce à la mode à Agadez c’est le retour aux habitudes des temps de disette. La moto est troquée pour le vélo. La souffrance dans les lignes d’attente devient insupportable. 12 h par moment dans des queues qui s’étirent sur des centaines de mètres. Il faut être matinal, certains arrivent à la station à l’aube. Une situation qui freine toute l’activité économique de la commune.
Les difficultés dans la production d’électricité qui impactent sur le fonctionnement des stations de pompage. La fourniture de l’eau de robinet devient tout aussi problématique. Toute la journée pas une seule goûte ne tombe des robinets, il faut attendre entre 3 à 5 h du matin pour faire la corvée de l’eau. Passé ce temps, il n’y a plus d’eau au robinet. Mais la population n’a pas fini de lire sa feuille de résilience.
Entre la course effrénée pour se procurer un peu d’essence et l’attente d’une hypothétique lumière électrique, il faut aussi courir les différents quartiers de la ville à la recherche du gaz de cuisine. Un gaz absent des dépôts de vente depuis des mois. Rien ne va à Agadez. L’atmosphère sociale est extrêmement tendue. La résilience approche du point de rupture. Il y a quelques jours, déprimés et frustrés, les coups de gueule de certains groupes de jeunes ont failli virer en une véritable explosion sociale.
Ibrahim Elhadji dit Hima


