Session du CCR : Les conseillers défendent le pétrole et lâchent la population

Ça n’a pas fonctionné encore, les conseillers membres du Conseil consultatif de la Refondation (CCR) n’étaient pas du bon côté. En tout cas, ils n’étaient pas avec la population dans la gestion de la crise de l’énergie qui affecte toutes les couches de la population depuis plusieurs jours au Niger. Convoqués en session extraordinaire lundi et mardi 5 et 6 octobre derniers pour faire des propositions suite à la situation de la pénurie de l’essence, les conseillers n’ont eu aucune peine pour préconiser une hausse du prix du litre d’essence à la pompe. Une position à l’allure de scandale venant d’une institution censée être la représentation nationale.

Sur l’ensemble du territoire national, les populations connaissent de graves pénuries de carburant avec des longues files d’attente devant les stations d’essences qui pratiquent un rationnement drastique. À peine deux litres d’essence pour les plus chanceux. D’autres doivent faire la queue pendant une demi-journée avant de s’entendre dire que c’est fini pour aujourd’hui, ils n’auront pas d’essence parce que la station a atteint le seuil limite qu’elle est autorisée à vendre.

C’est devant cette situation très préoccupante que le ministre du pétrole va faire une communication publique pour expliquer ce que certains milieux ont appelé la vérité des chiffres. « Le prix tel que pratiqué au Niger n’est pas tenable. Les mesures de subvention appliquées sur l’essence pour le rendre accessible aux populations et surtout pour maintenir un pouvoir d’achat supportable sur les produits de consommation ne permettent pas d’assurer un fonctionnement de la chaîne de production de l’essence », devait indiquer en substance le message du ministre du pétrole. Du coup, que faut-il faire ?

Une session du CCR qui abandonne la population

Saisis du dossier, les conseillers réunis en session extraordinaire devaient notamment examiner la situation de la campagne agricole qui connait des résultats très critiques. Alors même que le bilan alimentaire de l’année devait inspirer la représentation nationale pour donner une lecture plus sociale et plus proche de la population qui fera face cette année à des graves déficits alimentaires, les conseillers vont plutôt se montrer plus sensibles pour l’essence.

Contre toute attente, ils vont préconiser un relèvement du prix à la pompe. Le renchérissement du pétrole risque pourtant de donner le coup de grâce à la population. Le rehaussement du prix à la pompe qui va être directement répercuté sur le coût du transport et les tarifs des produits alimentaires va littéralement écraser la population qui déjà, souffre à se procurer les quelques litres de sa consommation courante. Avant augmentation, le prix du litre est déjà passé à 1000 f cfa voir plus du fait de la pénurie. Une éventuelle augmentation telle qu’envisagée par les conseillers du CCR allait se solder par une totale catastrophe sociale.

Le gouvernement qui sauve les meubles

Si le gouvernement n’a pas été très bien conseillé par le CCR, il a au moins été inspiré par la sagesse. Le président de la République, le Général Tiani Abdourahmane a refusé d’aller dans le sens des recommandations du CCR. Il a finalement opté pour le maintien des tarifs en cours du prix de l’essence. Ce n’est pas fortuit. Ce n’est pas un fait du hasard. Le gouvernement a sans doute jaugé la température du front social. Certaines structures associatives ont déjà annoncé les programmes de manifestation. La grogne sociale qui couvait sous cape a sans doute été pour quelque chose dans le repli stratégique du gouvernement qui a préféré faire le break pour se désolidariser des options du CCR.

Un divorce consommé

Rien aujourd’hui ne donne au CCR les allures d’une représentation nationale. En se montrant plus solidaire du pétrole que de la population, les conseillers ont choisi leur camp. Ils ne sont pas avec la population. Et cette posture fait aujourd’hui polémique. De plus en plus, des voix s’élèvent pour demander la suppression du CCR. Les ristournes et autres avantages versés aux conseillers ont déjà fait polémique face aux conditions de vie de la population qui ne cessent de se dégrader et alors que leurs homologues des autres pays membres de l’AES, le Mali et le Burkina ne perçoivent que des primes de session.

L’onde de choc de ce discrédit ébranle déjà la cohésion à l’intérieur du conseil. Certains conseillers n’hésitent plus à jeter les pavés sur le fonctionnement de l’institution. La proposition d’augmentation du prix du litre n’a jamais été la position de la majorité des conseillers, il s’agit plutôt de la position du bureau du CCR qui a été imposée aux autres conseillers, a notamment dénoncé un conseiller de la région de Zinder.

Un autre conseiller de la région d’Agadez s’est indigné du choix de la commission géopolitique et relations internationales, désignée pour traiter les données fournies par le ministère du pétrole et faire des propositions, alors que c’est la commission économique qui devait être saisie pour l’examen de la question au fond. Un membre de cette commission géopolitique s’est par la suite répandu sur les réseaux sociaux pour défendre le principe de l’augmentation du prix.

Le même responsable s’est récemment illustré pour la défense de la très fameuse société Zimar qui devait réaliser la construction de la raffinerie de Dosso ainsi que d’un complexe pétrochimique. Entre l’affairisme et l’attachement à leurs intérêts particuliers, les conseillers du CCR se sont montrés totalement étrangers aux préoccupations de la population qui appelle de plus en plus à leur limogeage.

 Ibrahim Elhadji dit Hima