En novembre 2011, la mise en service de la SORAZ a permis de concrétiser le « rêve pétrolier » que le peuple nigérien nourrissait depuis tant d’années.

Carburant au Niger : décréter le prix ne fait pas le litre

Le 9 octobre 2026, à l’issue du Conseil des ministres, le général Abdourahamane Tiani a tranché : aucune hausse du prix du carburant à la pompe. Le Conseil consultatif de la Refondation (CCR), réuni en session extraordinaire les 5 et 6 octobre, avait recommandé une augmentation « raisonnable » pour alléger le poids des subventions. Le Chef de l’État a écarté l’idée, félicité les conseillers pour leur travail et rappelé que les richesses du pays doivent d’abord servir le peuple. La formule est généreuse, mais elle ne remplit pas un seul réservoir.

Une consultation dont l’issue était connue

Rappelons l’enchaînement. C’est à la demande du général Tiani lui-même que le CCR s’est réuni. L’organe, qui tient lieu de parlement de la transition, a rendu son avis. Quatre jours plus tard, cet avis est écarté. Le CCR ne fixe pas les prix, et ses recommandations sont consultatives : nul ne conteste le cadre. Mais une institution sollicitée pour donner un avis impopulaire, puis remerciée de l’avoir donné, remplit une fonction que la science politique connaît bien : porter le coût d’une question que l’exécutif ne veut pas assumer, avant de recueillir seul le bénéfice du refus.

Le communiqué du gouvernement reconnaît d’ailleurs la difficulté. Il admet que le recours croissant aux importations pose une question de soutenabilité financière lorsque le coût réel d’approvisionnement dépasse le prix de cession. Autrement dit, l’État vend à perte, et il le sait.

Ce que disent les chiffres

Les chiffres cités par l’ancien directeur général de la Sonidep devant le CCR sont sans appel. Les besoins nationaux atteindraient trois millions de litres par jour, contre environ 1,6 million fournis par la raffinerie. Pour le seul Super, l’écart entre les livraisons de la Soraz et les sorties de la Sonidep est passé de 47,25 millions de litres en 2024 à 159,74 millions en 2025, soit plus de trois fois plus en un an. La raffinerie de Zinder produit autour de 20 000 barils par jour depuis 2011, sans extension de capacité.

Le pays qui se présente comme maître de ses ressources importe donc une part croissante de son essence, plus cher qu’il ne la revend. La souveraineté énergétique proclamée se mesure ici en litres, et les litres manquent.

La baisse des prix, cause ou symptôme ?

Le gouvernement met en avant la baisse du prix du Super, ramené de 540 à 499 FCFA, et celle du gasoil, de 668 à 618 FCFA. Or, dès la pénurie de mars 2025, les syndicats soulignaient que les baisses décidées par le régime avaient aussi stimulé la consommation. Deux facteurs se sont ajoutés : le recul de la contrebande venue du Nigeria qui alimentait selon la Sonidep jusqu’à la moitié du marché dans des régions comme Zinder, Maradi, Tahoua ou Dosso, et la suppression des subventions côté nigérian, qui a rendu ces circuits moins rentables.

Résultat : une demande gonflée par des prix administrés bas, une offre nationale plafonnée, et un marché parallèle qui ne comble plus l’écart. Dans les stations encore approvisionnées, les ventes sont rationnées. Un prix bas affiché sans carburant disponible n’est pas un acquis social ; c’est un prix de façade.

Le directeur limogé, le diagnostic évité

Le 5 octobre, le colonel Ali Seybou, alors directeur général de la Sonidep, expliquait devant le CCR que sa société devait importer de l’essence pour satisfaire les besoins du pays. Quelques jours plus tard, il était démis de ses fonctions, sans explication officielle. Le gouvernement attribue pour sa part les perturbations à des contraintes structurelles et de gouvernance affectant toute la chaîne, de la production à la distribution, et annonce des mesures contre les fraudes et un comité technique mis en place.

Le lecteur attentif relèvera la tension. Si les causes sont structurelles, elles ne tiennent pas à un homme. Si elles tiennent à la gouvernance, il faut dire laquelle, et à quel niveau. La Sonidep et la Soraz se renvoyaient déjà la responsabilité lors d’une précédente crise, la première accusant la seconde d’orienter le meilleur brut vers l’export. Rien n’indique, dans les communications officielles, que cette question ait été tranchée. Un limogeage désigne un visage ; il ne réforme pas un circuit.

Refuser une hausse impopulaire est une décision politique légitime, et beaucoup de Nigériens la salueront. Mais gouverner, c’est aussi assumer ce que le refus coûte. Les subventions pèsent sur les finances publiques, les importations s’accroissent, les stations rationnent. Tant que les chiffres de la Sonidep resteront plus éloquents que les communiqués du Conseil des ministres, la question ne sera pas celle du prix à la pompe, mais celle de la vérité sur l’approvisionnement.

Oumou Gado