Réhabilitation des partis politiques : Le gouvernement prépare l’arène

Après le très controversé projet de redécoupage administratif, s’achemine-t-on vers une autre réforme tout aussi remuante, celle de la Charte des partis politiques ? En tout cas, le ton a été donné le 4 mai dernier par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions, Mr Alio Daouda, dans le cadre de la présentation du Rapport du Niger sur les droits humains à Genève. « La dissolution des partis politiques, ce n’était pas une volonté de ne pas laisser se manifester la diversité d’opinions. Nous allons venir, on va rétablir les partis politiques », a-t-il indiqué devant un auditoire composé des représentants des Etats et des institutions internationales.

Toutefois, a précisé le ministre nigérien de la Justice, « il faut qu’on ait toutes les garanties que les partis politiques ne vont pas contribuer à opposer les nigériens aux nigériens ». Quelles garanties et sous quelle forme ? Le ministre n’a pas donné plus de détails à ce propos, laissant place à des questionnements. Alors, comment les partis politiques vont-ils désormais fonctionner au Niger ? Comment la liberté d’opinion va-t-elle s’exprimer ? Comment la diversité des courants politiques va-t-elle fonctionner ? Autant de questions que soulève cette condition posée par le ministre de la Justice pour le rétablissement des partis politiques au Niger.

La prochaine réforme de la Charte des partis politiques va-t-elle prévoir des mécanismes de fermeture à toute opposition d’idée ? Ou bien va-t-on interdire l’existence même d’une opposition politique ? Mieux, le projet de la Charte va-t-il soumettre à la signature des acteurs politiques des engagements fermes faisant foi de garantie ? Toutes ces questions restent encore pendantes à la rédaction du futur projet de la Charte des partis politiques. Mais déjà, les premières réactions n’ont pas tardé à la suite des propos du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des relations avec les Institutions.

Pour l’ancien ministre et dirigeant de formation politique, Ousseini Salatou, « les partis politiques n’ont justement d’autres objectifs que la création de la cohésion nationale. Depuis leur création, ils n’ont fait que ça », soulignant que « les partis politiques au Niger n’ont jamais amené les nigériens à prendre les armes entre eux ».

En effet, il est admis de tous que les différents coups d’État militaires qu’a connu le Niger sont intervenus à la suite des dérapages politiques et autres guéguerres des tenants du pouvoir, mais pas à cause des conflits partisans entre populations, induits par les partis politiques.

C’est le cas du coup d’État perpétré par le Colonel Baré Ibrahim Mainassara en 1996. Ce renversement de régime était lié à une bagarre des textes entre le Président de la République Mahamane Ousmane et le Premier ministre de la cohabitation, Hama Amadou.

En 1999, Daouda Malam Wanké a renversé Baré Ibrahim Mainassara pour mettre fin à un pouvoir à la dérive, du fait de l’intrusion de la famille du président dans les pouvoirs d’État. quant au coup d’Etat du Commandant Djibo Salou en 2011, il mettait fin au pouvoir de Tandja Mamadou qui était sorti du cadre constitutionnel et qui a refusé de se plier au Juge constitutionnel.

Le dernier coup d’État en date, celui du Général Abdrahamane Tiani à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) est intervenu parce que les militaires voulaient réorganiser une véritable lutte contre l’insécurité, ce qu’ils ne pouvaient pas faire avec le régime en place, considéré comme trop inféodé à la France, soupçonnée de parrainer les terroristes.

Telles sont entre autres raisons qui expliquent les différentes interruptions du processus démocratiques par les militaires. Les partis politiques n’étaient nullement à la base de toutes les irruptions de l’armée sur la scène politiques.

Pour cette réhabilitation des partis politiques annoncée par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des relations avec les Institutions, l’on continue à s’interroger « sous quelle forme et avec quelle marge de liberté, les partis politiques vont-ils être réhabilités » ? Pour l’heure, tous les acteurs attendent de voir le contenu des garanties évoquées par le ministre Alio Daouada.

 Ibrahim Elhadji dit Hima