Ce n’était pas encore la mouture du projet de réforme, ce n’était même pas l’annonce d’un calendrier précis dans ce sens. Il ne s’agit que d’une petite phrase du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions, Mr. Alio Daouda, à la 52ème Session de l’Examen Périodique Universel des droits de l’homme à Genève en Suisse pour mettre en état d’alerte, le front anti-partis politiques.
La seule annonce d’un réaménagement du régime des partis politiques a provoqué une vague d’émoi dans les rangs d’une frange importante des acteurs de la Refondation, tapis principalement dans l’entourage du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR).
En effet, le 4 mai dernier à Genève, le ministre nigérien de la justice faisait allusion devant l’assistance, du rétablissement des partis politiques, sans donner de date, ni de période. » Nous allons y revenir », a-t-il affirmé.
Mais à cette condition bien précise : » il faut qu’on ait des garanties que les partis politiques ne contribueront pas à opposer les nigériens aux nigériens », laissant ainsi présager des dispositions réglementaires nouvelles que le gouvernement entend introduire dans le jeu politique. Pour les responsables des partis politiques qui ont déjà réagi aux propos du ministre, les partis politiques au Niger n’ont jamais été les facteurs de conflits, au contraire, ils ont contribué au brassage des communautés et à la consolidation de la cohésion nationale.
Les tirs de barrage du front anti-partis
Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des Relations avec les Institutions a presque été désavoué par les acteurs hostiles au rétablissement des partis politiques. « Comment le ministre de la Justice peut-il faire une annonce d’une telle importance devant une assistante à l’extérieur du pays ? », se sont insurgés les acteurs du front de refus. « C’est à la limite du scandale », estiment certains d’eux. D’autres vont jusqu’à décrédibiliser les propos du ministre, insinuant qu’Alio Daouda a juste voulu dire aux occidentaux ce qu’ils veulent entendre pour les contenter. Les acteurs du front anti-partis politiques agitent ainsi le spectre de la menace, en présentant ces occidentaux comme la plus grande menace des Etats de l’AES.
Menace distribuée aux médias qui accordent de l’intérêt aux propos du ministre et aussi sur la tête des responsables politiques sur qui, ils font agiter l’épouvantail des enquêtes de la Coldeff, la commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale, institution mise en place par le gouvernement de la refondation en vue de faire la lumière sur certains dossiers de malversations.
Dans leurs agissements, les anti-partis politiques se comportent comme s’ils tiennent la transition entre leurs mains et qu’ils n’entendent pas lâcher prise. Il y a quelque temps, certains médias alertaient sur les risques de récupération de la transition. Avec la dernière réaction en écho aux propos du ministre de la Justice, il est à craindre qu’ils tentent de prendre la Refondation en otage.
Un casting dangereux
Comment peut-il en être autrement, à en juger par le profil de certains acteurs clés de la Refondation, principalement proche du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR) ? Dans une large mesure, les mêmes qui ont travaillé au sein des Assises nationales pour proposer la dissolution des partis politiques, ce sont les mêmes qui se sont retrouvés reconduits au sein du CCR. Au sein de cette institution, la résistance au retour des partis politiques est organisée à travers un triple rideau et ils se retrouvent tous au sein du bureau du CCR.
Le premier rideau est constitué des leaders des partis politiques rejetés par les électeurs. Candidats aux élections présidentielles en 2011, en 2016 ou au dernier scrutin de février 2021, ils ont recueilli pour certains 0,40% du suffrage national ou 0,37% pour certains, 0,42% ou 0,36% et même 0,16% pour d’autres. Avec de tels scores aux premiers tours des trois dernières élections présidentielles, ces hommes politiques sont définitivement irréconciliables avec la démocratie. Ils ont été désavoués par les électeurs et ils ne voudront plus jamais retourner devant eux pour d’autres élections.
Ils sont aujourd’hui en très bonne place dans cette transition qu’ils veulent à durée la plus longue possible. Le deuxième rideau est constitué par une petite frange de l’ancien parti de l’opposition, le Moden Fa Lumana. Ici, il s’agit d’une aile qui a fait dissidence ou défection du parti et qui, depuis la mort de l’autorité Morale du parti, l’ancien Premier ministre Hama Amadou, appelait systématiquement au rejet de toute élection, puisque qu’ils n’ont plus de candidat. Il s’agit ici d’un courant défaitiste qui refuse de se mettre sous la bannière des dirigeants du parti et qui estiment qu’avec le décès de Hama Amadou, plus aucun candidat de cette formation ne peut remporter des élections.
Le dernier rideau est constitué des activistes de la société civile. En compétition feutrée avec les formations politiques pour l’accès au pouvoir, beaucoup d’entre eux se sont déjà illustrés sous le régime de Tandja Mamadou. Ce sont eux qui ont poussé Tandja à lancer son projet de révision constitutionnelle pour une rallonge de son mandat, communément appelée Tazartché qui a conduit le Niger dans une profonde crise politique qui s’est soldée par le coup d’État du 18 février 2010. Aujourd’hui encore, les mêmes acteurs reprennent du service et se relancent dans une farouche hostilité à la démocratie.
Ce sont principalement ces trois composantes qui envoient des signes d’opposition à toute initiative du ministre de la Justice dans le sens d’une réhabilitation des partis politiques.
Ibrahim Elhadji dit Hima


