Zaynab Sidi Mohamed est étudiante nigérienne en médecine aux États-Unis. Après l’obtention de son baccalauréat en 2007, elle s’est fixée comme l’objectif clair, de devenir médecin, ce qui l’a amenée à quitter le Niger, la même année, pour poursuivre ses études à l’étranger. Docteur en microbiologie et immunologie, Assistante d’enseignement dans les Universités américaines, notamment à Gainesville en Floride, Zaynab s’est aussi spécialisée dans la recherche sur le glioblastome et fait régulièrement des publications dans les revues scientifiques américaines sur des thématiques liées à ses travaux de recherche.
Elle s’apprête, le 16 mai prochain à soutenir sa thèse de Doctorat en médecine à l’Université de Tulane en Louisiane. Suite à cela, elle poursuivra la formation de Neurochirurgie à l’Université du Colorado en tant que première étudiante nigérienne à accéder à la formation dans cette spécialité aux Etats-Unis. À travers cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, Dr Zaynab Sidi Mohamed revient sur son parcours académique, notamment aux États-Unis, ses travaux de recherche, ses activités extra-académiques ainsi que ses projets qui visent tous à contribuer à l’amélioration du système de santé au Niger.
Niger Inter : Question : Présentement, vous vous apprêtez à être doctorante en neurochirurgie à l’Université de Colorado aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous faire un bref rappel de votre parcours académique ?
Zaynab Sidi Mohamed : Mon parcours académique a été long et semé d’obstacles. Contrairement au système francophone, l’accès à la médecine aux États-Unis est particulièrement sélectif et complexe, surtout pour les étudiants internationaux.
Face à ces défis, j’ai d’abord poursuivi un doctorat en microbiologie et immunologie. Durant cette période, je me suis spécialisée dans la recherche, notamment sur le glioblastome, un cancer cérébral particulièrement agressif. J’ai ensuite travaillé brièvement dans le secteur privé avant de revenir à ma vocation initiale : la médecine.
Ce retour n’a pas été simple. Il a nécessité plusieurs années de persévérance, de remise en question et surtout la recherche active de mentors. En 2022, j’ai finalement intégré la faculté de médecine de Tulane à la Nouvelle Orleans.
C’est au cours de ce parcours que j’ai rencontré un neurochirurgien oncologue qui est devenu mon mentor. À travers lui, j’ai découvert une spécialité d’une complexité et d’une précision exceptionnelles. La neurochirurgie m’a immédiatement fascinée, tant par sa technicité que par son impact direct sur la vie des patients.
J’ai alors orienté toute mon énergie vers cet objectif, et j’ai eu l’honneur d’être admise à l’Université du Colorado à travers le système très compétitif du « Match ».
Niger Inter : Vous étudiez avec une bourse de l’Etat du Niger ou c’est vous-mêmes qui financez vos études ?
Zaynab Sidi Mohamed : Je n’ai bénéficié d’aucune bourse de l’État nigérien. Mes études ont été financées par des prêts étudiants contractés auprès de banques privées américaines et de l’Etat américain.
Cela représente aujourd’hui une dette très importante, qui continue de croître avec les intérêts. C’est une réalité difficile, mais qui reflète aussi le prix de l’accès à ce type de formation.
Niger Inter : Combien sont-ils les étudiants nigériens en neurochirurgie ou dans d’autres filières en médecine qui étudient dans les universités américaines ?
Zaynab Sidi Mohamed : Les Nigériens en médecine aux États-Unis sont extrêmement rares. À ce jour, je ne connais pas d’étudiant nigérien ayant intégré une faculté de médecine américaine en tant qu’étudiant international sans résidence permanente ou citoyenneté. À ma connaissance, je suis la première Nigérienne à infiltrer la formation de Neurochirurgie aux États-Unis.
Très souvent, lorsque je mentionne mon origine, la réaction est immédiate : « C’est la première fois que je rencontre une Nigérienne ». Cela montre à quel point notre présence est encore limitée dans ces espaces où l’accès reste difficile.
Le contexte politique actuel aux Etats-Unis peut davantage compliquer les choses. Cependant, mon parcours m’a appris que la persévérance, le mentorat et la création de réseaux sont essentiels. Rien n’est impossible, mais cela demande une résilience exceptionnelle.
Niger Inter : Vous publiez régulièrement dans des revues scientifiques aux Etats-Unis, ce qui vous a valu des Prix et des distinctions. Quels types de sujets vous abordez le plus ?
Zaynab Sidi Mohamed : Mes travaux de recherche portent principalement sur l’immunologie, notamment le diabète de type 1 et le rôle du microbiome intestinal. Aux États-Unis, la recherche est un élément central du parcours académique et constitue un atout majeur pour accéder aux spécialités compétitives comme la neurochirurgie.
Niger Inter : Vous avez travaillé comme Assistante d’enseignement à l’Université de Floride (août 2012 – juin 2015). Quels enseignements dispensez-vous aux étudiants ?
Zaynab Sidi Mohamed : Dans le cadre de mon doctorat, j’ai enseigné la microbiologie en laboratoire à l’Université de Floride. J’étais responsable de la préparation des cours, des évaluations, et de l’enseignement de techniques diagnostiques telles que la PCR, la coloration de Gram et les tests biochimiques.
Au début, le manque d’expérience rendait l’exercice difficile. Mais avec le temps, j’ai développé des compétences en communication, en adaptant mes méthodes pédagogiques, en encourageant la participation active et en accompagnant les étudiants individuellement. Cette expérience m’a appris que la communication est essentielle, non seulement en enseignement, mais aussi en médecine, notamment dans la relation avec les patients.
Niger Inter : Vous avez travaillé aussi comme bénévole en néonatologie à l’Hôpital Shands en Floride. En quoi consistait ce travail ? Le bénévolat est-il une obligation aux USA ?
Zaynab Sidi Mohamed : À l’hôpital Shands en Floride, j’ai travaillé comme bénévole en néonatologie. J’y ai découvert une réalité difficile : de nombreux nouveau-nés souffraient de syndromes de sevrage liés à l’addiction maternelle.
Quant aux activités extra-académiques comme le bénévolat, elles sont fortement valorisées aux États-Unis et jouent un rôle clé dans la formation des futurs médecins.
Niger Inter : Le 16 mai prochain, vous soutenez votre Doctorat en médecine et vous vous préparez pour une formation en neurochirurgie. Peut-on savoir les motivations qui ont guidé votre choix pour cette spécialité ?
Zaynab Sidi Mohamed : Mon intérêt pour la neurochirurgie est né de mes recherches en immunologie et en oncologie, notamment autour du glioblastome. Cette maladie, extrêmement agressive, avec un pronostic souvent limité, a suscité en moi une volonté profonde de comprendre et d’agir.
En explorant davantage la spécialité, j’ai été fascinée par sa complexité, qu’il s’agisse de la neurochirurgie vasculaire ou de la base du crane, mais aussi par l’impact direct sur la vie des patients. C’est une discipline exigeante, mais profondément humaine.
Niger Inter : Sur quel thème porte votre thèse de Doctorat ? Pourquoi le choix d’un tel sujet ?
Zaynab Sidi Mohamed : Ma thèse portait sur le diabète de type 1 et le rôle du microbiome intestinal dans son développement. Mon intérêt pour l’immunologie remonte à longtemps, car je considère que c’est au cœur de la compréhension des maladies.
Etant originaire du Niger, où les ressources médicales sont limitées, j’ai toujours ressenti le besoin de contribuer à améliorer les soins. Le décès de mon père a renforcé cette motivation.
Niger Inter : Envisagez-vous un retour au Niger où les médecins en neurochirurgie se comptent au bout du doigt ?
Zaynab Sidi Mohamed : À court terme, un retour immédiat au Niger est difficile en raison de mes obligations financières liées à mes études. Cependant, mon objectif reste de contribuer à l’amélioration du système de santé nigérien, d’une manière ou d’une autre.
Niger Inter : Est-il possible pour vous de nouer une sorte de partenariat avec la faculté de médecine de l’Université Abdoulmoumouni de Niamey dans le cadre de la formation des médecins ?
Zaynab Sidi Mohamed : Mon ambition a toujours été de redonner à mon pays ce qu’il m’a offert. Mon parcours est en partie motivé par le sentiment d’impuissance que j’ai ressenti face à la perte de mon père.
Je souhaite établir des collaborations entre mon institution actuelle et le Niger, notamment à travers des programmes de formation et d’échanges. L’Université du Colorado possède déjà des partenariats internationaux, et j’aimerais développer une initiative similaire avec le Niger.
D’ailleurs, j’ai commencé à établir des contacts avec des neurochirurgiens nigériens, notamment avec Dr. Aminath Kelani. J’espère que ce sera le début d’une collaboration durable.
Interview réalisée par Sahirou Youssouf


