Le 15 septembre dernier, le Président de la République procédait à un léger réaménagement de l’équipe gouvernementale. Ce n’est pas un bouleversement profond de la composition du gouvernement mais c’est un changement significatif qui pouvait affecter la ligne politique de la transition en cours.
Le Colonel Bilaly Elhadji Gambobo qui remplace Mahaman Elhadji Ousmane au département de l’agriculture et de l’élevage, le Lieutenant-colonel Seyni Alzouma qui remplace Pr Amadou Haoua à l’Energie ou encore Hamani kargné qui prend la place de Adji Ali Salatou à la communication et aux nouvelles technologies de l’information. Mais c’est surtout le changement intervenu au niveau du département de la Refondation et de la promotion des valeurs sociales qui a retenu l’attention. Ainsi Ali Ben Salah cède le portefeuille de la Refondation et de la promotion des valeurs sociales à Abdourahmane Oumarou dit Abder qui fait désormais son entrée au sein du gouvernement de la Refondation.
Faut-il lire par là un virage politique ? Longtemps annoncé, le remaniement ministériel devait sanctionner la série des interventions-bilans au cours de laquelle les différents responsables des départements ministériels ont dressé chacun, le contenu des actions et réalisations de son ministère. Chaque membre du gouvernement a tenté de séduire en tentant de mettre en lumière les actions phares de son département.
Des tableaux ternes pour certains, d’autres plutôt mitigés ou encore plutôt vierges, ce grand oral à mi-parcours de la conduite de l’action gouvernementale devait permettre aussi au Président de la République, le Général Tiani Abdourahmane d’apporter des corrections et de procéder à des ajustements en profondeur. Le réaménagement technique intervenu le 15 septembre n’a point été dans la suite de l’évaluation bilan du gouvernement. Pour l’essentiel, les départements ministériels n’ont pas connu de grands changements. Il n’y a pas eu de grandes refontes des portefeuilles qui, pour l’essentiel, sont restés entre les mains des mêmes responsables.
On pourrait presque dire que ce n’est pas encore l’appréciation du bilan qui a gouverné le réaménagement du 15 septembre dernier, plutôt les évènements du 29 août qui peuvent avoir orienté un changement de cap.
Abder où le choix de la Refondation internationaliste
À coup sûr, la philosophie de la Refondation portée par l’actuelle transition connaîtra un grand changement, une sorte de basculement vers l’internationale. Si le ministre Ben Salah avait incarné une Refondation dans le sillage des régimes politiques connus au Niger depuis Baré Mainassara en passant par Tandja Mamadou, Abdourahmane Oumarou dit Abder est plutôt le chef de file d’une Refondation qui tire ses soubassements des grands débats menés autour du mouvement panafricanisme moderne. Les deux responsables incarnent des lignes politiques totalement différentes. Ben Salah est plutôt proche de Nouhou Arzika, un activiste de la société civile qui a beaucoup inspiré les discours politiques d’abord du régime militaire de Baré Mainassara, puis de Tandja Mamadou. Après son coup d’État militaire, Baré Mainassara a tenté de mettre en route une transition militaire avant de s’intéresser à la chose politique quand il a voulu rester au pouvoir en se portant candidat aux élections présidentielles. Il s’est doté d’une doctrine politique autour de ce qui a été appelé le mouvement de la renaissance. Beaucoup de responsables politiques qui sont aujourd’hui encore dans l’appareil du CNSP, organe politique au pouvoir avec Tiani Abdourahmane, ont appartenu à cette campagne de la Renaissance avec Baré Mainassara, notamment Idi Ango Omar, actuellement vice-président du Conseil consultatif de la transition (CCR), Nouhou Arzika, président d’une commission du CCR, Djibril Baré Mainassara, membre aussi du CCR.
Tous avaient participé à l’équipe de Baré avant d’être balayés par le coup d’État de Daouada Malan Wanké. Le discours souverainiste de Refondation allait connaître de nouveaux jours autour de Tandja Mamadou avec dans une large mesure, les mêmes acteurs. Au terme de ses deux mandats constitutionnels, le Président Tandja opère un coup d’État constitutionnel et s’octroie une rallonge de son régime, connue sous le nom de Tazartché et qui va constituer une crise politique majeure avec un vent de contestation générale engagée par l’ensemble des partis politiques.
Les partis politiques sont devenus les parias du régime Tandja de la Refondation qui choisit de se replier sur les structures de la société civile autour du mouvement citoyen conduit par des cadres associatifs. Cela va durer jusqu’au coup d’État militaire de Salou Djibo. Le régime de la Refondation actuelle est comme une sorte de prolongement de l’action politique du temps de Baré et celui de Tazartché de Tandja Mamadou. Les mêmes acteurs s’y retrouvent. Avec cette philosophie de repli sur des structures de la société civile, la chasse aux partis politiques traditionnels et une fermeture sur l’extérieur. Avec l’arrivée de Abder dans les affaires, la refondation a changé de main. Elle a aussi changé d’option.
Une ouverture sur l’extérieur
Abder est le Président de Urgence panafricaniste du Niger. C’est le correspondant de l’Urgence panafricaniste internationale dirigée par le franco-béninois Kemi Seba qui connait des ennuis judiciaires avec son arrestation en Afrique du Sud. Le mouvement panafricaniste est un vaste réseau avec des leaders dans différentes contrées d’Afrique et qui va de Kemi Seba aux camerounais Franklin Niyamsi ou à la Suisso-camerounaise Nathalie Yamb. Abder a déjà accueilli plusieurs d’entre eux et qui ont été reçus au Palais de la présidence de Niamey où ils sont devenus conseillers et ambassadeurs de la Refondation du Niger à l’international. C’est cette ouverture à l’extérieur que pourrait constituer le choix de la carte Abder à la place du repli intérieur qui a jusqu’ici prévalu avec Ben Salah.
Ouverture politique
L’option Abder est une carte pour l’appel au partenariat international. Trois ans depuis l’arrivée du CNSP au pouvoir, Abdourahmane Oumarou a été de tous les combats, de toutes les manifestations, il a trusté un réseau de relations extérieures qui ont soutenu Tiani. Mais Abder n’a pas occupé de fonction de première importance. Aujourd’hui, on peut dire que le remaniement du 15 septembre est un clin d’œil à ce réseau de l’extérieur, alors que la Refondation a le plus grand besoin de soutien extérieur avec surtout les évènements du 29 août dernier qui ont été décryptés comme un acharnement de la France à reprendre la main sur le Niger.
Mais au-delà de cet appel au soutien extérieur par le réseau panafricaniste international et leur partenaire la Russie, le réaménagement ministériel peut être une prémice à des changements profonds à venir. À la différence des acteurs de la Refondation qui ont fait la chasse aux partis politiques, Aber lui est un politique. Il a été député national, élu sous la bannière du parti MPN kishin kasa avant qu’il ne le quitte pour conflit de vision. Abdourahmane Oumarou va ensuite créer son propre parti politique, Union des patriotes panafricains (UNPP) avec lequel il a été candidat aux dernières élections présidentielles de 2020.
Ce qui est sûr, c’est que l’arrivée de Abder dans les affaires marquera une rupture avec cette Refondation timorée, tournée essentiellement sur l’intérieur et qui s’est singularisée dans la chasse aux partis politiques.
Ibrahim Elhadji dit Hima


