« Ce dialogue voulu par le Président de la République, nous allons faire en sorte qu’il soit une réalité au niveau du gouvernement », déclare le Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou

Le 3 avril 2021, le Président de la République, SEM Mohamed Bazoum a signé le décret portant nomination du Premier ministre, chef du gouvernement en la personne de Mahamadou Ouhoumoudou. Membre du Présidium du PNDS Tarayya, ancien ministre, Directeur de cabinet du Président Issoufou Mahamadou et récemment élu député national, Ouhoumoudou Mahamadou est connu comme un manager, un technocrate adossé d’une expérience nationale et internationale. A l’occasion des 100 du Président Mohamed Bazoum aux commandes du Niger, il a bien voulu accorder à Niger Inter Magazine cette grande interview axée essentiellement sur sa Déclaration de politique générale.

Niger Inter Magazine : Monsieur le Premier, votre régime a 100 jours. On le sait, 100 jours c’est juste le temps de prendre la température, se renseigner sur l’ambiance générale. En tant que Premier ministre, chef du gouvernement quelle est votre impression sur les 100 jours d’installation de votre régime ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Merci bien. A propos des 100 jours, évidemment, j’ai une impression très positive des réalisations parce que dès le démarrage de notre action gouvernementale, nous avions préparé un programme de 100 jours pour chacun des ministères. Nous leur avons dit qu’à l’issue de ces jours, nous allons faire une évaluation sur ce qui aura été réalisé. L’évaluation faite a montré que dans l’ensemble toutes les actions qui ont été prévues ont été réalisées pour l’essentiel. C’est souvent des actions d’urgences. Un document appelé ‘’bilan des 100 jours’’ a été fait. Nous sommes vraiment très satisfaits.  L’autre raison d’être satisfait, c’est aussi l’opinion de la population sur les 100 jours du Président de la République et par conséquent de son gouvernement. Dans l’ensemble c’est une opinion très positive.

Niger Inter Magazine :  Votre Déclaration de politique générale a été présentée et adoptée à l’Assemblée nationale le 26 mai 2021. D’aucuns disent que cet exercice serait comme se mettre la corde au cou en ce sens que vous donnez aux députés l’arme avec laquelle ils pourront abattre votre gouvernement. Que répondez-vous à cette allégation ?

Ouhoumoudou Mahamadou : En réalité, pour nous, ce n’est pas se mettre la corde au cou. C’est plutôt la transparence qui commande cet exercice exigé par la loi fondamentale. Et en ce qui nous concerne, en faisant la déclaration de politique générale, nous sommes animés par le sentiment de responsabilité pour concrétiser les promesses électorales du Président de la République à travers son Programme de campagne soumis au peuple nigérien. C’est ainsi seulement que les populations pourraient nous juger à la fin du mandat à savoir si le Président de la République a honoré ou non son engagement.  Même si on ne peut pas appliquer 100% du Programme de gouvernement, les populations auront, une idée des réalisations dans le sens d’impacter leur quotidien. Dans cette optique, je dis que nous sommes tout à fait disposés à être évalués à travers les résultats que nous aurons produits sur 5 ans.

Niger Inter Magazine: Sur le plan sécuritaire, il faut dire que la situation s’est dégradée au Sahel même si au plan national nos forces de défense et sécurité parviennent à mettre l’ennemi en déroute. Est-ce un changement de paradigme qui explique le fait que nos FDS gagnent de plus en plus de batailles ?

Ouhoumoudou Mahamadou : En ce qui concerne nos forces de défense et de sécurité, je dois dire qu’en réalité l’action a été déjà engagée depuis le régime précédent. Il s’agit d’une continuité et c’est pourquoi d’ailleurs nous disons ‘’Consolider et avancer’’. Cette action qui donne des résultats observés va dans trois directions : la première direction c’est l’intensification des combats sur le terrain ; la deuxième action c’est la montée en puissance de nos forces armées avec plus de moyens et d’effectifs ; et la troisième action en direction des populations dans le sens de les rassurer et leur apporter le soutien nécessaire. Aujourd’hui nous pouvons dire que nos forces armées sont réellement montées en puissance car nous avons formé des bataillons spéciaux pour combattre sur le terrain. Ce n’est pas parce que vous avez un objectif que vous allez comme ça sur le terrain. C’est pourquoi nous avons formé des forces spéciales. Et cela est corroboré par le matériel adéquat. Par exemple, pour la région de Diffa, les hélicoptères commandés sous le régime précédent sont arrivés équipés. Et actuellement ces avions nous permettent des poursuites pour détruire l’ennemi en temps réel dès qu’il y a des attaques terroristes. Ce qui a eu un effet très formidable dans les combats dans la région de Diffa face à boko haram.  Et comme vous le savez, nous sommes dans le Programme de renaissance acte 3. C’est donc une continuité.

Niger Inter Magazine : L’on retient de votre passage à l’Assemblée nationale à l’occasion de la présentation de la DPG que le Niger a plus que jamais besoin de la coopération militaire. Votre gouvernement entend-il faire suite aux récriminations des citoyens nigériens dans le sens d’exigence de plus de résultats de la part de nos alliés présents sur notre territoire ?

Ouhoumoudou Mahamadou : En ce qui concerne nos alliés, je l’ai toujours dit, nous n’avons aucun complexe ni honte sur la présence de nos alliés sur notre territoire. Le plus important c’est de savoir un allié quel est son rôle et son apport dans la coopération. En ce qui nous concerne, le rôle dévolu aux alliés, d’un commun accord avec eux, c’est d’abord la formation de nos militaires. Je vous parlais tantôt des unités spéciales, un peu partout, chaque branche de la coopération militaire est en train de former des forces spéciales. Que ce soit la coopération française, la coopération européenne dans le cadre de la mission Eucap Sahel, la coopération avec les italiens, avec les belges, etc. tout le monde a un certain périmètre de responsabilité qu’on lui a donné pour la formation des unités spéciales qui sont préparées pour le combat. Le deuxième aspect de la coopération avec les forces alliées c’est le renseignement en ce sens qu’ils ont des moyens technologiques que nous n’avons pas et ils nous aident dans ce domaine. Et le troisième aspect c’est l’accompagnement. Par exemple dans le cadre de l’opération barkhane, tout dernièrement, nous avons engagé une opération dans le Nord Tillabéry, nous avons mis 800 hommes et Barkhane 300 hommes mais c’est ensemble, sur le terrain, qu’ils ont produit ce ratissage qui a donné beaucoup de résultats où des terroristes ont été neutralisés, d’autres arrêtés mais surtout leurs moyens d’action ont été détruits. C’est dire qu’on n’attend pas des forces alliés de combattre à notre place. Ce n’est pas leur rôle. Même leurs gouvernements n’accepteront pas que ce soit eux qui fassent le combat à notre place, à la place de nos forces armées. Ce qui est important, ils nous aident. Donc, c’est à nous d’occuper le terrain et à eux de nous accompagner, chacun selon son rôle.

Niger Inter Magazine : Votre DPG a donné lieu à des débats souvent passionnés mais fort enrichissants. Comment envisagez-vous donner tort à l’opposition politique qui a plutôt fait le procès de la gouvernance d’Issoufou Mahamadou en lieu et place de votre gouvernement ?

Ouhoumoudou Mahamadou : A mon avis, l’opposition a raté une belle occasion, la présentation de politique générale du gouvernement c’est l’occasion de débattre du programme que le gouvernement entend mettre en œuvre. Quand l’opposition a présenté son candidat, en principes, elle a présenté un programme au peuple nigérien. C’est donc l’occasion pour nos adversaires politiques de faire des observations et critiques pertinentes dans le sens de montrer nos limites mais si l’opposition se contente de juger le passé alors elle rate simplement le débat sur la Déclaration de politique générale du gouvernement. Ce débat devrait être contradictoire, un débat d’enrichissement et de présentation d’alternative que l’opposition comptait mettre en œuvre si son candidat avait été choisi par le peuple nigérien.

Niger Inter Magazine : Un autre axe de votre DPG c’est bien la ‘’bonne gouvernance et consolidation des Institutions républicaines’’. Dans un contexte où la corruption et la concussion ont tendance à s’incruster dans la société, comment votre gouvernement pourrait-il combattre le phénomène de la corruption qui gangrène le pays ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Au niveau du gouvernement, nous sommes convaincus que des résultats peuvent être atteints en matière de lutte contre la corruption. Et à mon avis, il n’y a pas mille manières de lutter contre la corruption. IL faut tout simplement donner le bon exemple, prévenir le phénomène de corruption et sanctionner en cas de corruption. Nous, nous avons engagé ce combat contre la corruption sur trois axes à savoir la pédagogie de l’exemple, la prévention avec toutes les actions par exemple menées par la Haute autorité de lutte contre la corruption et infractions assimilées (HALCIA) et la répression. A propos de la sanction, comme vous le savez, certains dossiers sont déjà au niveau de la justice.

Niger Inter Magazine : Une des causes qui fait prospérer la corruption c’est l’impunité. Le Président de la République, SEM Mohamed Bazoum a promis tolérance zéro dans le domaine de la gouvernance. Comment votre gouvernement estime-t-il accompagner cette volonté politique du chef de l’Etat d’assainir la gestion des finances publiques en mettant hors d’état de nuire les fonctionnaires et opératoires économiques ripoux ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Le Président de la République SEM Mohamed Bazoum a déjà montré l’exemple dans le cadre de la pédagogie de l’exemple. Au niveau du gouvernement nous allons faire en sorte que son exemple soit totalement suivi par l’ensemble des membres du gouvernement. Nous avons déjà des instruments dans l’architecture du gouvernement comme les inspections des services au sein des ministères et l‘inspection générale de l’Etat au niveau de l’administration générale, l’inspection des finances en ce qui concerne les services financiers et fiscaux et l’inspection générale des armées au niveau des ministères de la défense et de l’intérieur. Nous allons donc développer les audits et les inspections. L’autre aspect d’accompagnement dans la lutte contre la corruption c’est aussi préserver l’indépendance de la justice et la doter des moyens pour que les cas qui lui sont soumis soient traités avec la plus grande rigueur.

Niger Inter Magazine : Vous avez déclaré au parlement lors de votre présentation de la DPG : « l’atout majeur de notre réussite réside dans la détermination du Président de la République, Chef de l’Etat, SE Mohamed Bazoum, à consolider les acquis des Programmes de Renaissance 1 et 2 et à avancer dans l’émergence continue du Niger ». Pourrait-on dire que l’alternance démocratique réalisée par notre pays est un gain ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Bien entendu, l’alternance démocratique c’est un gain très important pour le pays. Vous l’avez constaté, après la mise en œuvre des Programmes de renaissance acte 1 et 2, nous sommes à la mise en œuvre du Programme de renaissance acte 3. C’est donc une continuité. Et la continuité signifie, tirer les leçons de ce qui a été fait en améliorant. C’est-à-dire à partir des leçons qui sont apprises, faire les rectifications nécessaires. C’est donc un gain pour notre pays d’avoir une alternance dans la continuité parce qu’il n’y a pas d’hésitation, la voie a été tracée, le Programme est là et il n’y a pas d’atermoiements.

Niger Inter Magazine : Le Président de la République met en avant une approche dialogique en rencontrant les acteurs sociaux et les partenaires. Le gouvernement entend-il implémenter cette démarche au niveau des ministères sectoriels ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Effectivement, le Président de la République a amorcé le dialogue avec toutes les couches sociales. Le gouvernement entend suivre son exemple. Dans ce sens d’ailleurs, hier, (NDLR : le lundi 13 juillet) nous avons tenu un conseil national de travail où nous avons rencontré les organisations syndicales et patronales. Nous avons discuté d’un ensemble de questions qui étaient à l’ordre du jour. Ce dialogue voulu par le Président de la République, nous allons faire en sorte qu’il soit une réalité au niveau du gouvernement. Dans ce domaine, nous ferons en sorte que la volonté du Présidant soit respectée.

Niger Inter Magazine : Un problème récurrent c’est la politisation de l’administration tant décriée par les acteurs. Comment justement mettre en œuvre cette option du Président de la République lorsqu’il dit dans son discours d’investiture de mettre en avant dans le choix des hommes ‘’leur moralité et leur technicité’’ ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Je dois dire qu’en matière d’administration, il y a un élément très important à considérer à savoir la loyauté. Il va sans dire que la moralité et la technicité sont nécessaires mais il est extrêmement important que le fonctionnaire soit loyal vis-à-vis de l’administration, de l’Etat qui est son employeur. La loyauté veut dire que quand l’Etat, votre employeur vous confie un travail, vous devez travailler dans l’intérêt de l’Etat et non dans l’intérêt de votre parti politique ou de vos amis. Et c’est pourquoi on a veillé à ce que tous les services régaliens en contact avec le public de manière permanente soient relativement indépendants et sanctuarisés. C’est le cas par exemple de la justice, des finances, des ministères chargés de la défense et de l’intérieur où les agents ne sont pas affectés sur le critère de leur appartenance politique. C’est dire qu’à mon sens le premier défi à relever pour la dépolitisation de l’administration c’est la question de la loyauté des agents vis-à-vis de l’Etat en ce sens que la loyauté suppose la confiance. On ne peut pas confier certaines responsabilités aux gens qui sont enclins à être plus loyaux à leurs partis qu’à l’Etat, qui constitue leur employeur.

Niger Inter Magazine : Notre dernière question est relative au scandale dit ‘’affaire Ibou Karadjé’’. Quelle est votre réaction sur ce scandale ?

Ouhoumoudou Mahamadou : Vous l’avez dit, cette affaire est pendante devant la justice. En tant que chef du gouvernement je préfère laisser la justice faire son travail en toute indépendance.

Interview réalisée par Elh. M. Souleymane et Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter Magazine N°29

 

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