Entre le premier et le second tour des élections présidentielles, les deux candidats finalistes consacrent beaucoup d’énergie et de moyens à des sollicitations de ralliement de leurs collègues éliminés. On qualifie ce processus de « tractations », afin de mieux signifier qu’il s’agit de marchandages et de discussions difficiles et officieux. Les deux favoris ainsi que leurs interlocuteurs savent que la clé de réussite s’appelle réalisme ou la conscience du rapport de force. Des arguments financiers, politiques et psychologiques, entre autres, peuvent entrer en jeu.

Les issues de ces négociations sont limitées, en ce sens que les résultats sont binaires : oui ou non. À l’image du scrutin du second tour, d’ailleurs : c’est l’un ou l’autre qui est élu. Pour prix de leur ralliement, les candidats éliminés au premier tour peuvent poser sur la table deux factures : celles de leur campagne infructueuse et celle de l’accompagnement de leur nouveau champion. La première inclue, éventuellement, le remboursement de la caution.

En effet, selon les pays, l’État ne remet la caution au candidat malheureux que quand il franchit un certain seuil des suffrages exprimés : 5 % pour les uns, 10 % pour d’autres. En fonction de sa surface financière et aussi du poids qu’il attribue lui-même au nouvel allié, le favori peut lui régler les deux factures, de façon intégrale ou partielle. Les courtisés mettent aussi dans la balance des demandes de postes stratégiques : Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, portefeuilles ministériels, des directions générales, des directions tout court, etc. Tout peut leur être promis.

Tout peut leur être accordé, sachant que la Constitution ne fixe point de durée d’occupation de ces différentes positions. À tout moment, le président élu peut user de ses prérogatives, et sous n’importe quel prétexte, pour réattribuer, souverainement, les postes. Aux précédentes prétentions, une partie des courtisés ajoutent la prise en compte de certains points de leur programme, ne serait-ce que dans les nouveaux discours du favori. Cette argumentaire politique permet de donner à leur ralliement des allures de poursuite de leur idéal.

 

 Réalisme

 Il arrive que les négociations achoppent sur leur appétit, jugé démesuré. Le favori a le loisir de faire des contre-propositions « réalistes » ou à la portée de ses capacités financières. Si le courtisé résiste, on peut le laisser aller frapper à la porte de l’autre camp pour tâter le terrain.

Mais il peut aussi en être autrement. Des partis, au pouvoir ou qui ont eu à gouverner, détiennent des « dossiers », forcément compromettants, sur des candidats, et dont le rappel enclenche un enthousiasme de ralliement et d’adhésion. En général, « avec l’argent, on obtient beaucoup de chose », a confessé un ancien dirigeant.

 Les chiffres varient d’un contexte à l’autre. Dans les années 2000, dans la sous-région, un candidat, arrivé troisième, avait présenté une facture de campagne de pas moins de … cinq milliards de FCFA. L’histoire ne dit pas s’il avait reçu un chèque équivalent. Toujours est-il que, par la suite, cette personnalité avait été nommée à la Primature.

En mars 2000, sentant son « ami » du Sénégal, Abdou Diouf, alors président sortant en difficulté face à Abdoulaye Wade au second tour, le président Bongo du Gabon avait convoqué feu Djibo Ka, arrivé quatrième au premier tour, afin de le « motiver » à soutenir celui-ci. Aucun chiffre n’avait été révélé. Il avait apporté son soutien, avec ses 7,1 % des voix, au président Diouf, qui fut battu. Quatre ans plus tard, le vainqueur le nommait ministre de l’Économie maritime, un des départements qui brassait le plus des milliards de FCFA.

 Le ralliement rapporte toujours : un parti au pouvoir dispose de moyens de récompenser ses alliés. Tout au long du mandat, des nominations diverses sont possibles, sans compter de menus services qu’on peut rendre aux ralliés. Mais, le ralliement comporte d’autres contraintes. On met sa crédibilité en jeu. Périlleux de retourner vers les électeurs, pour démentir les propos qu’on avait tenus contre un adversaire, au premier tour. Puis, si la « base » soupçonne une transaction financière, elle peut, éventuellement, réclamer sa part.

 

Bazoum maitre du jeu

Pour le cas du Niger, Bazoum Mohamed est maitre du jeu, fort de la triple victoire du PNDS aux trois scrutins : régionales, législatives et premier tour des présidentielles. Dans une interview, accordée à la télévision Africa 24, en France, vendredi 22 janvier courant, il s’est montré relativement sûr des alliances à venir.

La majorité présidentielle sortante devrait être reconduite. Le MPR Jamhuriya et le MNSD Nassara, entre autres, devraient soutenir le candidat du PNDS au second tour. Il a écarté, d’emblée, l’argument financier, pour parler, plutôt, de convergence de modalités de gouvernance entre membres de la majorité, ayant gouverné, des années durant, ensemble. Mathématiquement, selon lui, la quête d’alliés n’était pas forcément nécessaire. L’intégration d’alliés a surtout pour objectif d’élargir la base sociale et politique du pouvoir, présent et à venir, afin d’affronter les défis du pays, avec un maximum de stabilité.

Les tractations seraient donc faites sur la base de partage de responsabilités, entre alliés, qui ont tissé des liens de fraternité, à l’épreuve de la gestion du pouvoir d’État. Pour les alliés de la majorité présidentielle sortante, il s’agit, ni plus ni moins, d’éviter de lâcher la proie pour l’ombre…

André Marie POUYA

 

Niger Inter

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