Le 22 décembre 2020, à trois jours de la fin de la campagne électorale, Hama Amadou avait finalement jeté son dévolu sur le candidat Mahamane Ousmane du RDR Tchendji. Le Moden Lumana assume le gâchis et le parjure. Après avoir perdu son temps à maintenir le suspense, Hama Amadou, qui a promis son soutien à presque chaque leader de l’opposition et même à certains de la mouvance présidentielle, a fini par les rouler dans la farine. Retour sur ce scénario du pire pour l’opposition nigérienne, et notamment la coalition Cap20-21.

C’est un truisme de dire que les opposants ont manqué aux fondamentaux de la politique. Ils ont passé leur temps à des critiques stériles en abandonnant le terrain politique. Face à un adversaire aussi coriace et stratège comme le PNDS, l’opposition nigérienne a ignoré que la politique est une chose assez sérieuse pour laisser le terrain au bon vouloir de son adversaire. En cherchant vainement à saborder le processus électoral, l’opposition a boudé la CENI et l’élaboration du fichier électoral biométrique. Des audiences foraines à la confection du fichier proprement dit, la posture de l’opposition a été contreproductive.

Très tôt, sur votre journal en ligne, Niger Inter, nous avions régulièrement dénoncé l’attitude non dialogique de l’opposition face au processus électoral. Nous avions très tôt alerté l’opinion publique que l’opposition aurait un autre agenda. Sinon comment comprendre son absence non seulement à la CENI mais aussi sa tentative de saborder toutes les initiatives qui visent à asseoir un dialogue avec la majorité ?

Mais c’est au moment décisif de la tenue des élections que les Nigériens ont découvert le pot aux roses à savoir le véritable agenda de l’opposition, qui se résume à la disqualification du candidat du PNDS Tarayya, Mohamed Bazoum. C’est cela le serment de Hama Amadou réitéré par Lumana FA notamment lorsqu’il martela que celui qui va l’empêcher de candidater à la présidentielle sera lui-même empêché. Pour ce faire, Hama Amadou a ourdi un vaste complot en impliquant une partie de la classe politique y compris certains partis politiques de la majorité au pouvoir.

Cette conspiration, qui s’avère un fiasco, a consisté à convaincre les candidats à l’élection présidentielle de se constituer en coalition pour obtenir de la Cour constitutionnelle l’invalidation de la candidature de Mohamed Bazoum. Un débat honteux, sur fond d’antivaleurs, où nos hommes politiques ont prouvé aux Nigériens qu’ils sont assez ‘’civilisés’’ pour s’abaisser dans une posture aussi hasardeuse qu’irrationnelle. La fin justifie les moyens, dit-on en politique. C’est après moult tentatives et rejets de leurs requêtes par la Cour constitutionnelle que finalement les supers Nigériens ont décidé, sur le tard, de battre campagne face au candidat du PNDS, qui se retrouve en terrain conquis, depuis belle lurette.

En bon calculateur, Hama Amadou a jeté son dévolu sur Mahamane Ousmane, en dépit de ses engagements avec les autres leaders notamment Ladan Tchiana, Ibrahim Yacoubou et consorts. Ce petit jeu de Hama Amadou pourrait provoquer un effet boomerang au sein de la Cap 20-21. Au regard de tous les risques qu’il expose cette coalition qui frise, à notre avis, le scénario du pire et du gâchis, l’opposition s’achemine vers un cuisant échec.

Le scénario du pire et du gâchis pour la Cap 20-21

 

En dépit des résultats des élections locales et municipales, l’opposition politique a osé affronter les présidentielles et législatives plus que jamais en éparpillée avec l’érection du tandem Ousmane Hama. N’est-ce pas une myopie politique que de s’aventurer à ces échéances en ordre dispersé ? N’est-ce pas conforter un adversaire déjà très confortable sur le terrain ?

À l’épreuve des faits, nul doute que le tandem Hama et Ousmane ne saurait inverser la tendance pour au moins trois raisons à savoir la posture de l’opposition elle-même, les résultats des locales et la perception que les militants de Lumana ont de Mahamane Ousmane.

Primo, à propos de la posture de l’opposition, tout observateur averti comprend aisément que la stratégie de l’opposition est très suicidaire, pour la simple et bonne raison qu’en démocratie les élections constituent l’unique moyen de dévolution du pouvoir. Il ne pourrait y avoir d’alternance sans passer par la case élection. Et comme chacun le sait, l’opposition, au lieu de préparer les élections, a passé son temps, sur toute la ligne, à bouder le processus électoral. Dans ce sens, son livre blanc, truffé d’antivaleurs, en dit long sur sa posture inopérante face aux institutions chargées des élections (CENI, Cour constitutionnelle).

Secundo, les résultats des élections locales prouvent, à suffisance, la suprématie du PNDS Tarayya sur toutes les autres formations politiques. Au regard des résultats du PNDS et de ses alliés, la probabilité que Bazoum passe au premier tour de la présidentielle est très forte. Et, contre toute attente, au lieu de créer une dynamique dans le sens de mobiliser l’opposition pour une union sacrée, Hama Amadou, en choisissant de ne soutenir que Mahamane Ousmane, a délibérément atomisé l’opposition, en créant un précédent dangereux. En d’autres termes, en frustrant ses alliés, Hama Amadou tient un couteau à double tranchant en ce sens que son geste pourrait avoir un effet boomerang en cas de second tour. Il est loisible aux autres membres de la Cap20-21 d’aller ailleurs avec la bonne conscience que Hama Amadou l’aura voulu pour les avoir roulés dans la farine. Cette perspective se comprend aisément quand on sait que les uns et les autres, au sein de la même Cap 20-21, savent agir sans scrupule, selon leurs intérêts politiques.

Ousmane vu par les lumanistes…

 

La cohabitation tumultueuse entre Hama et Ousmane résiste au temps. Du moins dans les esprits, au regard de la réticence de certains lumanistes à accepter le deal entre les deux leaders. D’après les échos qui nous sont parvenus des groupes WhatsApp Lumana, le choix de Hama Amadou de soutenir Ousmane est loin de faire l’unanimité. D’ailleurs, à la Commune I de Zinder, c’est sur les ondes de la radio Anfani qu’une structure des jeunes Lumana a décidé de ne pas voter Mahamane Ousmane. Dans leur déclaration, ces jeunes ont plutôt appelé à voter pour Bazoum Mohamed. Et comme on le sait, le départ des leaders de Lumana comme Issoufou Issaka, Hadiza Seyni, Hameda de Diffa et bien d’autres a déjà sonné le glas d’une contestation du leadership de « l’autorité morale » et la désertion du navire Lumana.

S’agissant du cauchemar des lumanistes sur Mahamane Ousmane, l’on se souvient que, sous la cohabitation, Hama a même osé priver Mahamane Ousmane du minimum dans l’exercice de ses fonctions de chef d’État. Alors que Mahamane Ousmane était élu par le peuple nigérien. L’humiliation pour Mahamane Ousmane était totale. Et on a vu un président de la République affaibli et humilié qui observe des grèves pour ne pas présider le Conseil des ministres.

N’est-ce pas le narcissisme de Hama Amadou qui l’a amené à trahir l’ARN pour ne pas faire Président de la République de Seyni Omar qu’il estime avoir ‘’créé de toute pièce’’ (Sic) comme si un homme pourrait créer un autre homme.

 En fin stratège politique, le président Issoufou était conscient que Hama était avec lui par calculs machiavéliques. Et qu’on le veuille ou non c’est ce reflexe qui a amené Issoufou à éviter la cohabitation de justesse tant Hama Amadou était pressé  de lui asséner un coup tordu.

À la vérité, en manipulateur narcissique, Hama Amadou voulait manipuler Issoufou parce qu’à ses yeux le président lui devait son poste. Mais le sens du leadership de Zaki (lion) l’a guidé à déjouer les complots de cet homme qui se considère comme le nombril du Niger.

Le dénominateur commun des deux tourtereaux (Hama et Ousmane) est leur farouche opposition au président Issoufou, qui les a amenés à oublier le spectacle désolant qu’ils ont offert aux Nigériens sous la très tristement célèbre cohabitation entre les frères ennemis d’hier. Pour entrevoir le cauchemar que pourrait constituer l’alliance Hama/Ousmane, qui plus qu’un éditorialiste, qui brossait, en son temps, leur portrait-robot : « L’un aime l’argent et le pouvoir, et l’autre aime le pouvoir et l’argent », selon ce confrère, parlant de Mahamane Ousmane et Hama Amadou. En d’autres termes, autant l’un est pingre, autant l’autre adore les coquilles pleines. Un divorce programmé !

Tiemago Bizo

(Niger Inter Hebdo N°001)

Niger Inter

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