Reconnue comme l’un des principaux leviers de développement économique et de réduction de la pauvreté et des inégalités, l’inclusion financière – qui est selon la BCEAO « l’accès permanent à une gamme diversifiée de produits et services financiers adaptés à coûts abordables et utilisés de manière effective, efficace et efficiente » – est devenue aujourd’hui une des préoccupations centrales du gouvernement en général et du Ministère des Finances du pays, en particulier.

Sur la base des recommandations de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui a élaboré, en 2016, une Stratégie Régionale d’Inclusion Financière (SRIF) dans l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), « le Gouvernement du Niger a décidé d’actualiser la stratégie existante et lui redonner une nouvelle démarche plus globale faisant intervenir un train des réformes successives, dans le but d’obtenir des améliorations plus conséquentes dans l’environnement financier et bancaire. L’objectif de cette stratégie vise à permettre aux populations exclues du système bancaire classique, et celles qui sont économiquement vulnérables notamment les femmes et les jeunes d’accéder à des services financiers diversifiés, innovants, de qualité et à moindre coût ». Une réforme sans doute nécessaire tant le pays reste à la traine vis-à-vis de ses voisins. Selon les statistiques de la BCEAO, près de 82% de la population active, soit plus de 8,145 millions de personnes, sont exclues des services financiers, contre 45% en moyenne dans l’UEMOA. Quant au taux global d’utilisation des services financiers (TGUSF) ou taux d’inclusion financière, qui estime le pourcentage de la population adulte détenant un compte dans les banques, les services postaux, les caisses nationales d’épargne, le Trésor et les institutions de microfinance, auquel s’ajoute celui des titulaires de comptes de monnaie électronique, il s’est établi à 17,5% en 2019, contre 60,1% en moyenne dans la zone.

En une décennie, il n’a que faiblement évolué (voir graphique TGUSF). Une faiblesse qui serait imputable selon le Ministère des Finances à plusieurs facteurs, notamment « l’éloignement des points de vente, la faiblesse des revenus, la perte de confiance envers les institutions financières (fermetures de plusieurs structures sans remboursements des dépôts de la clientèle ou le non-paiement des sinistres par les assureurs), la faible information sur les produits et services financiers, et à l’absence de pièces d’identification ».

Mise en œuvre de la stratégie nationale de finance inclusive révisée pour améliorer la donne

Conscient du fait que l’accès aux services financiers est considéré comme un facteur de progrès pour sept des 17 Objectifs de développement durable de l’ONU, le gouvernement a mis en place la stratégie nationale de finance inclusive (SNFI 2015-2019) puis la stratégie nationale de finance inclusive révisée (2019-2023), avec comme mission « de faciliter l’accès de manière durable aux produits et services financiers diversifiés, innovants, de qualité et à coût abordable aux couches vulnérables, notamment les femmes, les jeunes, les PME et les acteurs du secteur rural ». Cette stratégie repose sur six axes :

– Axe 1 : Appui à la structuration de la demande, éducation financière et protection des membres et clients des prestataires des services financiers ;

– Axe 2 : Offre diversifiée des produits adaptés aux clients et favorable à l’inclusion financière ;

– Axe 3 : Accès des Prestataires des Services Financiers aux ressources longues ;

– Axe 4 : Appui à la sécurisation des activités les plus risquées ;

Axe 5 : Assainissement du secteur de la micro finance et renforcement des capacités des acteurs ;

– Axe 6 : Amélioration de l’environnement institutionnel, juridique et fiscal et la supervision des prestataires des services financiers.

La mise en œuvre efficace et efficiente de cette stratégie devrait non seulement permettre d’améliorer les indicateurs de mesure de l’inclusion financière énumérés dans le tableau ci-dessous et pour lesquels le pays enregistre de piètres performances (le document sur la SNFI est disponible via ce lien pour en savoir davantage :http://www.finances.gouv.ne/index.php/actualites/publications-du-ministere/file/485-strategie-nationale-de-finance-inclusive-revisee-et-son-plan-d-actions-2019-2023), mais aussi de développer le secteur bancaire et financier, qui pourrait contribuer à rendre l’économie du pays plus performante.

Dimensions Indicateurs Définitions Situation de référence en 2016 Cible en 2023
 

 

Accès

Taux de pénétration démographique des services financiers Nbre de points de services pour 10 000 adultes  

25

 

32

Taux de pénétration géographique des services financiers Nbre de points de services pour 1000 km²  

18

 

20

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Utilisation

 

Taux de Bancarisation Strict (TBS)

% de la population adulte détenant un compte dans les banques, la Poste, Trésor, Caisse d’Epargne  

6,3%

 

8,4%

 

Taux d’Accès à la Microfinance (TAMF)

% de la population adulte détenant un compte dans les SFD y compris les membres des groupements  

10,34

 

16,1%

 

Taux de Bancarisation Elargi (TBE)

% de la population adulte détenant un compte dans les banques, la Poste, Caisse d’Epargne ou un compte  

 

16,64%

 

 

24,5%

 

Taux d’Accès à la Monnaie Electronique (TAME)

% d’adultes titulaires de comptes de monnaie électronique auprès des EME, des banques ou SFD émettrices de monnaie électronique  

 

6,37%

 

 

13,8%

 

 

Taux Global d’Utilisation des Services Financiers (TGUSF)

% de la population adulte détenant, soit un compte de dépôt et/ou de crédit dans les établissements de crédit ou les SFD, soit un compte de monnaie électronique  

 

 

23,01%

 

 

 

38,3%

 

 

Accessibilité- Prix

Taux d’intérêt nominal des dépôts Rémunération moyenne des dépôts des épargnants par les banques 5,77% 5,9%
Taux d’intérêt nominal des crédits Cout moyen des crédits accordés par les banques à la clientèle  

10,00%

 

9,00%

 

Mettre à profit l’inclusion financière pour endiguer certains maux auxquels le pays reste confronté

La corruption reste sans doute l’un des principaux freins au développement économique du Niger. Or, on considère de nos jours que dans les pays où l’inclusion reste financière reste élevée, et qui se caractérise par une forte traçabilité des transactions financières, le niveau de corruption reste relativement faible. Il en va de même pour lutter contre les crimes organisés ainsi le blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme.

 

Adamou Louché Ibrahim

Analyste économique

Niger Inter

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