Le Mali d’aujourd’hui est comme un grand malade sur béquilles. Un pays qui ne contrôle pas les ¾ de son territoire se trouve en proie à l’instabilité politique. Le 18 août dernier, des putschistes ont renversé le régime d’Ibrahim Boubacar Keita. Avant l’intrusion des militaires, le mouvement de l’Opposition et la société civile avait entaché la crédibilité du régime à travers marches et meetings. C’est pourquoi d’ailleurs d’aucuns considèrent que ce n’est pas un coup d’Etat.

La Communauté internationale notamment la CEDEALibre O a pris acte de la démission d’IBK puisqu’il a dit clairement à ses émissaires qu’il n’entend plus revenir aux affaires. Il reste à créer les conditions de possibilité d’un retour du Mali à l’ordre constitutionnel normal. Et pour ce faire, il faut aider le Mali à surmonter deux dangers à savoir le populisme et la tentation du pouvoir de la part des putschistes et leurs ‘’collaborateurs et partenaires’’.

La gestion d’un Etat ne rime pas avec le populisme. C’est une triste vérité à laquelle ont été confrontés tous les pays qui ont cédé aux maîtres chanteurs et tous ceux-là qui mettent en avant leurs fantasmes au détriment de la réalité.

Ces démagogues tapis généralement dans la classe politique et la société civile font croire à l’opinion que tout est facile, tout est simple à obtenir. Si la vie coûte chère, si le peuple n’est pas dans le bonheur, si la situation sécuritaire se dégrade au Mali c’est exclusivement la faute de l’ex président IBK.

Au Mali, une partie de l’élite intellectuelle en fait partie. Ils officient souvent sur les réseaux sociaux et sont repris par des médias. Ces populistes de tout acabit dont certains brillent par leur nihilisme ont tendance à discréditer la démocratie représentative et les dirigeants du pays.

C‘est un truisme de dire que la montée du populisme va crescendo au Mali avec la montée en puissance du M5-RP. A entendre certains donneurs de leçons issus de ce mouvement, le maliens risquent d’être menés en bateau si on n’y prend garde.

L’on comprend bien que l’impuissance de l’armée malienne face aux terroristes génère le ressentiment. Mais est-ce que le coup d’Etat serait la panacée ? A la vérité, le Mali est un pays très fragile.  La situation sécuritaire est très dégradée : Kidal, le centre, le delta sont entre les mains des terroristes. L’Etat malien est en passe de perdre encore le contrôle de la majorité de son territoire, si les putschistes et le M5 se complaisent à se chamailler pour une lutte de positionnement pour le contrôle du pouvoir. Quand on sait que certains terroristes au Mali ne visent que l’édification de l’Etat d’Azawad, tout laxisme ne pourrait que favoriser les ennemis de l’unité et la souveraineté du Mali de la même façon que le putsch de 2012 a permis aux terroristes de gagner du terrain.

Après l’euphorie de la chute d’IBK, les nouveaux maîtres du Mali doivent se convaincre que le dur est à venir. Dans ce contexte d’insécurité criard ils doivent revenir sur terre pour ne pas davantage affaiblir l’Etat. La voie la plus sûre pour basculer le Mali dans l’incertitude et l’anarchie.

On le sait, la posture populiste se moque souvent de la réalité et de la vérité. Les maliens ne doivent pas se mentir. Le discours souverainiste a ses limites. La CEDEAO et la communauté internationale sont là pour accompagner le Mali à sortir de l’ornière. La tendance à vouloir engager un bras de fer avec la CEDEAO serait un préjudice pour le Mali.

L’armée malienne comme celles des autres pays du G5 Sahel a plutôt besoin d’équipements, du renseignement et du temps pour se former. Dans ce sens, la coopération militaire est plus que nécessaire. Il faut simplement aider le Mali à sauver ce qui peut l’être.

Elh. M. Souleymane

Niger Inter

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