Hommage de l’ambassadeur Inoussa Ousseini à la cinéaste Antillaise Sarah Maldoror emportée par le coronavirus  le lundi 13 avril 2020 à Paris dans sa 91e année.

 

Allah Akbar !

Ainsi donc Sarah, comme à ton habitude, tu t’en es allée en cette nuit du 13 avril  à l’anglaise sur la pointe des pieds sans crier gare comme pour sauvegarder ta réputation  de femme de tête et de coeur.

Cest à croire que la vie ne vaut rien même si rien ne vaut la vie, ma grande !

Ma première rencontre avec Sarah Maldoror, si j’ai bonne mémoire, remonte à l’année 1971. J’étais alors étudiant en 2e année à l’institut de sociologie de l’art de l’université François Rabelais de Tours où se déroulait chaque année le festival international du film de court métrage. Sarah faisait déjà parler d’elle pour son activisme au sein des mouvements féministes et de libération de la femme issus de mai 1968 aux côtés de maître Gisèle Halimi et du  Professeur anarcho situationniste Geoges Lapassade.

Cette année là, elle était venue à Tours en compagnie du poète et écrivain angolais Mario de Andrade à l’invitation du président de la section locale de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France, le centrafricain, M. Alfred Bady qui prendra plus tard le nom de maître Zinto Nacimiento pour animer une conférence sur les mouvements de luttes de libération des colonies portugaises d’Afrique.

Elle m’avait été présentée par un ancien camarade de classe au lycée Denis Poisson de Pithiviers, Antonio Lima étudiant parent proche du président Aristide Perreira.

Je retrouverai Tony vingt six ans plus tard à Niamey. Il était conseiller diplomatique et  ambassadeur itinérant à la présidence à PRAIA. Porteur d’un message du Président du Cap-Vert au Président Baré Mainanassara et moi ministre de la communication et de la culture.

Militante anti-impérialiste engagée auprès des mouvements de luttes et de libération de colonies portugaises de la Guinée -Bissau et des îles du Cap-Vert, Sarah  Maldoror avait été revelée au grand public grace â la notorieté internationale que lui avait  conférée son film, un drame politique sur les causes de la guerre d’indépendance des colonies portugaises d’Afrique, Sambizanga primé tanit d’or au Festival de Carthage en 1972.

Par la suite nos chemins s’étaient croisées dans la vie au gré de nos activités civiles. Notamment quand elle venait déjeuner les samedis au restaurant le Totem du musée de l’homme à l’invitation de Jean Rouch et de Henrico Fulchignoni.

Tous les deux voulaient l’encourager à écrire une thèse sur le paradoxe de Frantz Fanon et au cours de ma première participation au Festival de Carthage en 1976.

Mon séjour à Tunis Belvedere m’avait permis de découvrir le personnage et de nouer des relations de sympathie et d’amitiés vraies. Tous les invités du festival avaient été hébergés à l’hôtel du lac réquisitisonné pour la circonstance par le Gouvernement Tunisien.

Je me souviendrai toujours au présent de cette nuit étoilée passée dans les jardins du fondateur des Journées Cinématographiques de Carthage, le seigneur Tahar Cheeria dans la proche banlieue de Tunis.

En cette nuit là, inspirée et déchaînée comme pas possible, intarissable d’anecdotes et d’histoires croquantes plus vertes et plus imbuvables les uns, les autres, Sarah nous avait fait rire aux larmes jusqu’à l’aube.

Y étaient parmi tant d’autres invités: Jean René Debrix chef du bureau cinéma au ministère français de la coopération, Le mythique cinéaste égyptien Youssef Chahine, les algériens Mohamed Bouhamari auteur du magistral charbonnier et Ali Galem réalisateur de Mektoub, Farida Ayari, la rousse journaliste au Continent, Ferid Boughedir professeur et critique de cinéma à la revue Jeune Afrique Ignacio Romano redacteur en chef du monde Diplomatique.

Ousmane Sembene flanqué de son actrice Thérèse, N’Bissine Diop héroïne de son prémier long métrage «la Noire de».

Participaient également à notre sauterie mondaine, Med Hondo accompagné de son acteur fétiche, l’antillais Lionel Lionsol, admirable interprète de Soleil Ô, Souleymane Cissé le marabout double lauréat de l’étalon du Yennenga, Guy Hennebelle critique de cinéma à la revue Afrique Asie, Ababakar Samb Makaram réalisateur de l’inoubliable «Et si la neige n’était plus «qui fit l’effet d’une bombe au premier festival mondial des arts nègres à Dakar en 1966, la séduction personnifiée, grande dame de notre cinéma Catherine Ruelle dont le nom se confond avec celui de la radio des radios francophones RFI, Lionel NGakane représentant de l’ANC, Harouna Niandou historien et critique de cinéma, l’actrice de service du cinéma nigérien, l’élégante Zalika Souley, Moustapha Alassane réalisateur de films d’animation et auteur de l’insolite western tropical des sables, le retour d’un aventurier, l’insolent secrétaire général de la Fédération Panafricaine des Cinéastes et le plus  prolifique des cinéastes sénégalais, le non moins insolent et talentueux Oumarou Ganda lauréat du premier étalon du Yennenga en 1972 au Fespaco auréolé déjà de la gloire de «moi, un noir» de Jean Rouch prix Jean Vigo qui en ainé me tenait la main pour me familiariser avec le  premier cercle du ghota du cinéma africain naissant.

Nous étions tous jeunes, insouciants  et sans crainte, fiers d’être la voix de nos peuples sans voix.

C’était toute l’histoire d’une  époque, une page de notre turbulente jeunesse, une histoire d’un temps révolu, hélas.

Pour tout cela, on ne peut t’oublier Sarah mal odora comme aimait t’appeller Philippe Luzuy monteur de Jean Rouch au comité du film ethnographique avec ses accents inimitables de suisse vaudois.

 

Repose en paix et souviens toi des souffles de notre ancien Birago DIOP «Ceux qui sont morts ne sont jamais partis… Ceux qui sont partis ne sont pas sous la terre. Ils sont dans l’arbre qui gémit. Ils sont dans le ruisseau qui coule…

Tu demeureras toujours présente dans nos coeurs et dans nos esprits, ma soeur, mon amie.

 Inoussa Ousseini,

Ambassadeur Délégué permanent du Niger auprès de l’UNESCO

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