Du 29 au 31 Aout dernier, l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA) a organisé une formation aux professionnels des médias d’Afrique francophone à Lomé au Togo. Cette rencontre a outillé les journalistes pour mieux dénoncer les méfaits du tabac mais aussi et surtout dénoncer la stratégie de survie de l’industrie du tabac.

Cette formation est nécessaire à l’endroit des journalistes africain au regard des méfaits des médias et également en ce sens que l’Afrique constitue ‘’un nouveau eldorado pour l’industrie du tabac’’ du fait de la jeunesse croissante de sa population mais également de la faiblesse des législations dans nos pays.

C’est ainsi que selon M. Deowan  Mohee, Secrétaire Exécutif de l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (ACTA),  les constats suivants s’imposent sur le Continent : « la prévalence grandissante, le manque de ressources, le manque de volonté politique, le manque de prise de conscience sur l’épidémie du tabac, l’ingérence de l’industrie du tabac, etc. »

Pourtant à regarder les statistiques de très près, l’épidémie du tabac s’empire dans le monde et principalement dans les pays africains, a martelé Saouna Inoussa dans une communication à cette occasion. C’est face aux taux de morbidité et de mortalité très élevés dans le monde et les limites objectives des mesures antitabac que l’OMS a doté le monde d’une législation transnationale qu’est la Convention Cadre de Lutte antitabac (CCLAT) comme l’unique alternative face à l’industrie du tabac. Avec cette Convention : « La santé publique est ici en jeu et le tabac a  déjà  provoqué la mort de millions de citoyens.  L’unique alternative est l’adoption des lois fortes conformes à la CCLAT et se donner les moyens d’une mise ne œuvre efficace », a soutenu M. Saouna face aux professionnels des médias.

A propos des nouveaux produits que l’industrie du tabac présente comme moins nocifs à l’image des cigarettes électroniques, M. D. Mohee a mis en évidence avec des arguments scientifiques à l’appui que ces produits également nuisent à la santé. Ce n’est qu’un ‘’rideau de fumée de l’industrie du tabac’’, un de ces mille et un stratagèmes de l’industrie du tabac pour sa survie et fructifier son business.

Ces stratagèmes ont mis à nu par M. Claudio Tanca de Tobacco Free Kids dans une présentation intitulée : « Mise à découvert des grands cigarrettiers ». En effet, selon le conférencier,  les patrons de l’industrie du tabac sont ‘’ des experts dans l’art de semer le doute’’. A preuve, ils savaient scientifiquement tous les méfaits de l’industrie du tabac qu’ils ont savamment caché au public des décennies durant.

Ce qu’atteste cette sentence de la juge de la Cour Surprême des USA,   Madame la juge Gladys Kessler  (Cour suprême des États-Unis pour le district de Columbia) à propos Philip Morris International et les autres : « Ils ont organisé une campagne publique coordonnée, solidement financée et bien préparée pour contester et déformer les preuves scientifiques établissant un lien de causalité  entre le tabagisme et la maladie, en affirmant que ce lien restait encore une « inconnue ».

Des confidentiels de l’industrie du tabac publiés par la presse internationale en disent long sur la duplicité de celle-ci. Des exemples ?

« Le doute est notre arme, dans la mesure où c’est le meilleur moyen pour rivaliser avec « l’ensemble des faits » existant dans l’esprit du grand public. »

« Très peu de consommateurs se rendent compte des effets de la nicotine, du fait qu’elle crée une dépendance et qu’elle est toxique. »

On le voit, la puissance de l’industrie du tabac et ses moyens font qu’elle veille pour empêcher aux pays d’avoir des législations fortes en manipulant les gouvernants et les leaders d’opinion. Mais l’exemple du rôle de la presse en aide qui a eu raison sur l’industrie du tabac est assez illustratif sur le rôle que peuvent jouer les médias pour préserver la santé publique. En marge de cette formation, les journalistes participants ont échangé sur les stratégies pour contribuer à freiner les méfaits du tabac.

Et qui plus est, l’ère des réseaux sociaux ou médias sociaux donne plus de liberté aux professionnels des médias et à la société civile pour mener le combat de la lutte antitabac. Auparavant, les participants ont bénéficié d’un renforcement des capacités sur l’usage des réseaux sociaux par Sessou Leonce,   le  chargé de communication d’ACTA. Ils ont également échangé entre eux sur les techniques d’investigation journalistique sous la direction de  Ngom Mame Gor du journal La Cloche (Sénégal) qui a présenté une communication sur ‘’ Lignes  directrices d’un bon  reportage en investigation’’.

Cet atelier des professionnels des médias de l’Afrique francophone sur le tabagisme fut un véritable cadre proactif qui a permis à une dizaine de journalistes de comprendre les enjeux autour du tabac qui constitue une menace réelle pour la santé publique et un obstacle pour les Objectifs du Développement Durable (ODD) comme l’a si bien décrypté Deowan Mohee. Ce combat en vaut la peine quand on sait que le tabac tue sous nos tropiques plus que toutes les maladies transmissibles réunies !

Elh. Mahamadou Souleymane

Niger Inter

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