Pourquoi la démocratie est-elle si souvent mal comprise et par moment même combattue ? Parce que dans son processus universaliste, elle a toujours renfermé en son sein des démocrates véritables mais aussi des opportunistes véreux. Quand les premiers sont restés constants dans la lutte démocratique par moment jusqu’au sacrifice ultime, les seconds ne voient dans le concept de la démocratie qu’une opportunité, qu’un marchepied pour accéder à des affaires. Aussi, à travers le temps, la démocratie a-t-elle fait les affaires des opportunistes et autres populistes qui, selon les circonstances, ont fini par se retourner contre elle.
L’expérience démocratique du Niger regorge dans sa galerie d’histoire, des hommes qui se sont illustrés dans leur combat total pour la démocratie, à l’image du défunt président de l’Alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP), Moumouni Djermakoye Adamou à qui, le Niger a rendu hommage le 14 juin dernier, jour commémoratif de son décès. Le père fondateur de Zaman Lahiya est décédé le 14 juin 2009, alors qu’il s’apprêtait à livrer son dernier discours politique dans le cadre d’une longue lutte pour la restauration de la démocratie.
Tout à l’inverse de l’illustre homme politique, le Niger a connu aussi des faux restaurateurs de la démocratie. « Dans les heures et les jours qui suivent, il aura la réponse appropriée par rapport à son comportement antidémocratique. Et nous userons de tous les moyens pour la restauration de la démocratie dans notre pays », disait il y a quelques années, un activiste politique, aujourd’hui confortablement installé dans l’appareil politique du régime de la Refondation. Ce propos qu’il tenait et qui remonte à son activisme sous les régimes politiques d’avant le coup d’État du 26 juillet 2023 pouvait laisser entrevoir son fort engagement en faveur de la démocratie.
Le temps est révélateur
En cette circonstance de la refondation, les Nigériens découvrent la grosse farce. Cet activiste et bien d’autres autour de lui ne parlent plus de la démocratie, ils ne parlent plus de la restauration de la démocratie. Certains se sont même retrouvés les plus énergiques adversaires de la démocratie, jetant un soupçon de doute sur le processus de la souveraineté portée par le régime de la Refondation. Comment convaincre les populations quand on a déjà été pris en flagrant délit d’inconstance et de défaut de sincérité ? Les mêmes activistes pris à défaut de sincérité sont les mêmes qui se retrouvent au cœur de l’appareil du CNSP pour l’accompagnement de la Refondation. Qui peut les croire, qui peut fonder la moindre conviction dans leurs discours ? Quand ils parlent de souveraineté, qui peut encore les croire ?
Souveraineté et démocratie
Peut-on en effet être hostile à la démocratie et en même temps parler de la souveraineté ? Qu’est-ce que c’est que la souveraineté, sinon la volonté du souverain. Et en République, le seul souverain c’est le peuple. La souveraineté comme choix politique ou engagement, la souveraineté comme décision ou acte politique majeur, ne sont en réalité que l’expression de la volonté du peuple. Cette volonté est toujours exprimée suivant un processus démocratique. C’est-à-dire que c’est toujours le peuple dans sa composante majoritaire qui a exprimé une volonté.
La démocratie n’est pas que les élections qui sont une des expressions de la volonté du peuple. La souveraineté engobe le choix des dirigeants, mais au-delà, implique tout choix de politique, toute décision. Il y a une nette superposition entre la souveraineté et la démocratie. Et aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur « comment, ceux qui ont tourné le dos à la démocratie peuvent-ils parler avec sincérité de la souveraineté ? ». À coup sûr, c’est encore une autre farce qu’ils expriment.
Ibrahim Elhadji dit Hima


