Depuis son arrivée au pouvoir, l’un des tous premiers dossiers chauds du nouveau président béninois Romuald Wadagni est bien entendu celui de l’ouverture de la frontière avec le Niger, fermée au lendemain de la crise entre les deux pays, survenue après le coup d’État du 26 juillet 2023.
La page Talon tournée, Romuald Wadagni a lancé une tentative de réchauffement diplomatique avec la visite qu’il a effectuée à Niamey en début du mois de juin. Visite placée sous le signe de l’ouverture de la frontière entre les deux pays.
Au terme de son entrevue avec les autorités nigériennes, un premier signal d’espoir a été donné avec la mise en place d’un comité d’évaluation pour faire l’état des lieux en faveur de l’ouverture de la frontière. Le Bénin de son côté, ayant mis en route un processus analogue à la démarche du Niger, les deux comités ont rendu leurs travaux au terme d’un délai de deux semaines imparties.
Une délégation de haut niveau du côté Niger, dirigée par le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, le Général Toumba Mohamed, s’est rendue au Bénin dans le cadre des discussions bipartites entre les deux pays frères et amis. « Nous avons ouvert une porte, il reste à la franchir », dira le ministre nigérien en charge de l’Intérieur au sortir de cette rencontre.
Toutefois, il faut craindre que cette porte se referme sur l’espoir des populations des deux pays. L’ouverture de la frontière risque d’attendre encore. Le préalable posé par le Niger constituait déjà, pour le Bénin, un très sérieux défi. Il s’agit d’abord de la signature d’un accord de défense et un accord de sécurité entre le Niger et le Bénin et un deuxième préalable, la création d’une cellule bilatérale de fusion du renseignement contre le terrorisme.
« Sur ces points, notre mandat est ferme et notre exigence est totale. Ils ne doivent pas être négociables », a clairement indiqué le chef de la délégation nigérienne, le Général Toumba Mohamed. Alors qu’à travers ces préalables, le Niger cherche à lever toute zone d’ombre sur la présence de la France sur les frontières béninoises, les choses se sont vite précipitées il y a quelques jours seulement avec la signature par le Bénin, d’un important accord avec la France à travers la fourniture de matériels et équipements militaires.
Cette intervention française en date du 23 juin dernier concerne notamment de matériels de déminage, des véhicules spécialisés et autres équipements de lutte contre les engins explosifs improvisés (EEI). Cet appui pour le déminage pourrait cependant miner le processus de discussion entre les deux voisins pour l’ouverture de la frontière. Des deux côtés de la frontière, les populations du Niger et du Bénin voient s’éloigner l’espoir d’une décrispation.
Pour rappel, la France ennemie du Niger depuis le coup d’État du Général Tiani a envisagé de lancer une intervention militaire pour déloger les militaires ayant pris le pouvoir au Niger. Aujourd’hui encore, le Niger continue à soutenir que la France arme et équipe les terroristes, tout en dénonçant une présence coupable de ce pays le long de sa frontière avec le Bénin. Et le Bénin qui continue à bénéficier de l’appui de la France dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et aussi contre toute tentative de déstabilisation de l’État. Au mois de décembre de l’année 2025, c’est avec le concours décisif des forces armées françaises que le Bénin du président sortant, Patrice Talon, a repoussé une tentative de renversement du pouvoir, menée par le colonel béninois Pascal Tigri. Autant dire que l’ouverture de la frontière entre le Niger et le Bénin a encore beaucoup de plomb à l’aile.
Ibrahim Elhadji dit Hima


