Les Chefs d’État de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont tenu ce dimanche 30 mai 2021 à Accra au Ghana, un sommet extraordinaire. Cette session qui est exclusivement consacrée  au Mali, résonne comme une réplique de l’organisation sous-régionale face aux récentes évolutions politiques du pays.

Ils étaient une dizaine de dirigeants qui ont répondu présents aux côtés de SEM Nana Addo Dankwa Akufo Addo, Président en exercice de la CEDEAO, ainsi que du  Président de la Commission Kassi Brou, le Médiateur de la CEDEAO au Mali SEM Goodluck Jonathan et le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali, chef de la MINUSMA.

Le Colonel Assimi Goïta officiellement actuel  Président de la transition au Mali est arrivé depuis samedi à Accra, sur invitation de la CEDEAO pour des ‹‹ consultations ›› avec les dirigeants ouest-africains.

L’objectif de cette session extraordinaire, est d’abord de faire le point sur la crise sociopolitique qui prévaut au Mali, suite à l’arrestation, la détention et les démissions subséquentes du Président et du Premier Ministre de la transition le 26 mai dernier. Il s’agit ensuite de déterminer la prochaine ligne d’action en faveur de la transition.

Le Médiateur de la crise malienne SEM Goodluck Jonathan a présenté aux dirigeants ouest-africains le rapport de sa mission au Mali. Un exposé qui traduit tout simplement le développement récent de  la situation sociopolitique au Mali. Une situation sur laquelle les Chefs d’État ont exprimé ‹‹ de vives et profondes inquiétudes face à la crise actuelle au Mali, … dans le contexte des défis de sécurité liés aux attaques terroristes incessantes et à la pandémie de Covid-19  avec ses conséquences socio-économiques désastreuses ››.

En effet, la situation politique à Bamako a connu un récent développement dû à un énième coup de force, orchestré par le colonel  Assimi Goïta.

C’est ainsi que le Président de la transition Bah N’Daw et son Premier Ministre Moctar Ouane ont été évincés du pouvoir par la junte militaire aux ordres du Colonel Goïta.

Des réactions qui ont fusé un peu partout, n’ont   nullement ébranlé l’ardeur des militaires à  conserver le pouvoir. Comme celle du Président français Emmanuel Macron, qui a dénoncé ‹‹ un coup d’État inacceptable ››,   brandissant en même temps la menace de  retrait de la force Barkhane au Mali et des sanctions ciblées.

Ironie du sort, malgré le tollé que cela a suscité, les contestations de la communauté internationale n’ont pas du tout eu raison de cet énième coup de force perpétré par des hommes en tenue. Puisqu’elle sera ensuite entérinée et avalisée par la plus haute juridiction du pays,  pour ainsi dire la Cour Constitutionnelle du Mali.

En substance, dans son arrêt N° 2021-2/CC du 28 mai dernier, la Cour a décidé en l’article 2 que ‹‹ …le Vice-président de la transition exerce les fonctions, attributs et prérogatives de Président de la transition pour conduire le processus de transition à son terme ››. Un arrêt qui officialise du coup les fonctions de Chef de l’État, toute la durée de la transition.

Sur le fait, le Président Macron a exprimé sa position aux dirigeants de la CEDEAO. Il a laissé entendre dans les colonnes du journal de dimanche qu’il ‹‹ ne resterait pas aux côtés d’un pays où il n’y a pas de légitimité démocratique ni de transition ››.

Toutefois, il faut reconnaître que la réaction de la communauté internationale face à ce dernier coup de force au Mali, soulève bien d’interrogations.

Comparé à la situation au Tchad, cette réaction unanime de la communauté internationale, suscite un contraste inédit au sein de l’opinion africaine. S’agit-il d’un traitement de ‹‹ deux poids deux mesures ›› ?

Se défendant du soutien de Paris au Conseil Militaire de Transition (CMT) du Tchad, dirigé par Général Mahamat Idriss Déby, le fils du défunt maréchal, Emmanuel Macron affirme que son soutien s’inscrivait dans une volonté que le Tchad ‹‹ ne soit pas déstabilisé ou envahi par des groupements rebelles et armés. Mais nous demandons la transition et l’inclusivité politique ››. C’est pourquoi la session extraordinaire des Chefs d’État de la CEDEAO s’est révélée telle une équation difficile face à une situation de fait au Mali.

Au moins une chose est certaine, tout le monde s’accorde à dire que la stabilité du Sahel est également suspendue au retour à la normale dans ce vaste territoire sahélien qu’est le Mali.

Ainsi, sans déroger à la règle générale et en conformité avec les textes de l’organisation,  les Chefs d’État ont condamné fermement ‹‹ ce récent coup d’État qui est une violation des décisions prises lors du sommet extraordinaire tenu au Peduase Lodge, Aburi, Ghana le 15 septembre 2020 et une violation de la Charte de transition ››.

Sur RFI, le Président Mohamed Bazoum justifie les sanctions prises par la CEDEAO à l’encontre du Mali : ‹‹ ce sont des autorités illégales qui viennent de s’emparer du pouvoir que nous avons condamnées, mais nous avons décidé d’exclure le Mali des instances de la CEDEAO, parce qu’il a à sa tête des autorités illégales …. Il n’est pas possible qu’on ne sanctionne pas des évènements comme celui que nous avons en face de nous. Un coup d’État puis un autre coup d’État par les mêmes acteurs est tout à fait mal intentionné. Il n’était pas possible que nous ne prenions pas des sanctions, et les sanctions que nous avons prises sont des sanctions prévues par le protocole de la CEDEAO ››.

Des sanctions diplomatiques….

À l’issue des discussions, un communiqué final a sanctionné les travaux, et  plusieurs décisions ont été prises par les Chefs d’État à l’endroit du Mali.

Ils ont premièrement réaffirmé le respect du processus démocratique d’accession au pouvoir, conformément au Protocole de 2001 de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance tout en condamnant toutes les actions qui ont conduit à l’instabilité persistante au Mali et ses conséquences dans la région. Ils ont décidé de suspendre le Mali des institutions de la CEDEAO conformément aux dispositions de l’organisation.

Ensuite, les Chefs d’État ont demandé la nomination immédiate d’un nouveau Premier Ministre civil ainsi que la formation d’un nouveau gouvernement inclusif pour poursuivre le programme de transition.

Ils ont aussi réaffirmé ‹‹ la nécessité de respecter la période de transition de 18 mois décidée à Accra. Dans cette optique, la date du 27 fevrier 2022 déjà annoncée pour l’élection présidentielle doit être absolument maintenue ››, tout en réitérant les décisions antérieures selon lesquelles le chef de la transition, le vice-président et le premier ministre de la transition ne devraient en aucun cas être candidats à la prochaine élection présidentielle.

Les dirigeants de la CEDEAO ont réaffirmé le soutien de l’organisation pour accompagner le processus de transition au Mali et exhortent en même temps tous les partenaires internationaux à l’instar de l’Union Africaine, les Nations Unies et l’Union Européenne à continuer à soutenir le Mali dans la mise en œuvre réussie de la transition.

Quant au Médiateur, ils l’encouragent à persévérer dans ses efforts de médiation et à rester saisi de la situation au Mali à travers le Comité local de suivi.

Enfin les Chefs d’État ont  appelé à la mise en œuvre immédiate de toutes ces décisions conformément au calendrier de transition défini, avant d’exhorter le Médiateur à retourner au Mali dans un délai d’une semaine pour impliquer les parties prenantes sur ces décisions.

La rencontre d’Accra s’est terminée sur une note de satisfaction de ses pairs à l’endroit de SEM Nana Akufo-Addo, Président de la République du Ghana et actuel Président de l’Autorité des Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO pour avoir convoqué ce sommet extraordinaire sur la situation politique au Mali, et pour les moyens mis à disposition pour assurer le bon déroulement dudit sommet.

Koami Agbetiafa

Niger Inter

GRATUIT
VOIR