Par arrêt n°06/CC/ME du 30 janvier 2021, la Cour constitutionnelle a validé les résultats de l’élection présidentielle du 27 décembre 2020 à elle transmis par la Commission électorale nationale indépendante. Il ressort de cet arrêt que sur les 7. 446.556 citoyens inscrits sur les différentes listes électorales, 5.187.668 ont effectivement voté, soit un taux de participation de 69,67%. Le suffrage valablement exprimé est de 4.778.573. Le nombre de bulletins blancs ou nuls est de 409.095.

Ont ainsi obtenu Mohamed Bazoum 1.879.543 (39,33%), Mahamane Ousmane 811.838 (16,99%), Seyni Oumarou 427.623 (8,95%), Albadé Abouba 337.866 (7,07%), Yacoubou Ibrahim 257.151 (5,38%), Djibo Salou 142.656 (2,99%), Malam Alma Oumarou 118.038 (2,47%), Moussa Barazé Hassane 114.865 (2,40%), Omar Hamidou Tchiana 76.295 (1,60%), Dr. Amadou Ousmane 63.299 (1,32%), Garba Souleymane 61.054 (1,28%), Ousmane Idi Ango 55.992 (1,17%), Nassirou Nayoussa 41.640 (0,87%), Gado Ibrahim 39.253 (0,82%), Issa Mounkaila 38.197 (0,80%), Mamadou Abdou Hamidou 35.907 (0,75%), Alhassane Intinicar 30.937 (0,65%), Oumarou Alpha Abdoul Kadri 28.866 (0,60%), Kane Kadaouré Habibou 27.100 (0,57%), Abdourahamane Oumarou 20.445 (0,43%), Mamadou Moustapha Moustapha 20.309 (0,43%), Saidou Amadou Issoufou 20.160 (0,42%), Moumouni Mahaman Hamissou 18.546 (0,39%), Baré Mainassara Djibril 17.182 (0,36%),  Adolphe Sagbo 17.029 (0,36%), Issoufou Idrissa16.963 (0,35%), Boubacar Cissé Amadou 16.798 (0,35%), Talata Doulla Mamadou 16.725 (0,35%), Souleymane Abdallah 14.255 (0,30%), Oumarou Idé Ismael 12.041 (0,25%). En conséquence et au regard du dispositif de l’arrêt, « aucun candidat n’a obtenu la majorité absolue des suffrages au premier tour ». Un second tour s’impose et opposera, le 21 février,  le candidat Mohamed Bazoum au candidat Mahamane Ousmane.

Dans ce type de scrutin, les deux candidats arrivés en tête mettent généralement la campagne de l’entre-deux-tours à profit pour, soit nouer des nouvelles alliances, soit revivifier celles conclues avant le premier tour. Il s’agit de donner tout son sens à l’idée selon laquelle, au premier tour, on choisit et au second tour,  on se met ensemble pour éliminer l’adversaire politique direct et indirect.

Après quelques jours de tractations, le candidat Mohamed Bazoum a réussi à obtenir le soutien des anciens candidats Seyni Oumarou (8,95%), Albadé Abouba (7,07%), Malam Alma Oumarou (2,47%), Moussa Barazé Hassane (2,40%),  Dr. Amadou Ousmane (1,32%), Garba Souleymane (1,28%), Nassirou Nayoussa (0,87%), Gado Ibrahim (0,82%), Issa Mounkaila (0,80%), Alhassane intinicar (0,65%), Mamadou Moustapha Moustapha (0,43%), Issoufou Idrissa (0,35%), Talata Doulla Mamadou (0,35%), Souleymane Abdallah (0,30%).

Quant au candidat Mahamane Ousmane, il a obtenu le ralliement des anciens candidats  Yacoubou Ibrahim (5,38%), Djibo Salou (2,99%), Omar Hamidou Tchiana (1,60%), Ousmane Idi Ango (1,17%), Mamadou Abdou Hamidou (0,75%), Oumarou Alpha Abdoul Kadri (0,60%), Kane Kadaouré Habibou (0,57%), Abdourahamane Oumarou (0,43%), Saidou Amadou Issoufou (0,42%), Baré Mainassara Djibril (0,36%), Adolphe Sagbo (0,36%), Boubacar Cissé Amadou  (0,35%), et Oumarou Idé Ismael  (0,25%).

Certes, le second tour n’est pas synonyme de simple calcul arithmétique à l’occasion duquel il faudrait juste « additionner » les scores des alliés à celui du candidat soutenu pour revendiquer la victoire et proclamer l’échec de l’autre camp avant l’heure ; rendant ainsi sans objet, la compétition à venir. Il n’est pas non plus une occasion de remettre les compteurs à zéro et d’effacer, ainsi, toute la mémoire du premier tour. En vérité, il s’agit d’un scrutin tout aussi important, voir, plus décisif que celui du premier tour. Il a ses propres défis et enjeux qui tournent autour de la capacité de chacun des finalistes à fortifier les acquis du premier tour, d’une part, et à profiter des voix précédemment portées sur ses alliés, d’autre part.

         Fortifier les acquis du premier tour

Dans un scrutin majoritaire de ce type, le premier tour permet à chaque candidat en lice de se jauger, d’évaluer ses forces et faiblesses, de vérifier l’intérêt que sa candidature a suscitée au sein de l’opinion publique nationale.

Le « pouls » de la société ainsi pris est un indicateur pertinent pour la suite de la compétition.

Ainsi, chacun de deux candidats qualifiés pour ce second tour doit, d’abord, s’appuyer sur ses propres forces. A cet effet, il doit chercher à fortifier ses acquis tout en essayant de corriger les lacunes et insuffisances décelées par ses équipes de campagne.

Sur le premier point, il est important de souligner qu’en principe, seuls les deux candidats ainsi qualifiés peuvent prétendre à un report intégral des voix qu’ils ont obtenues au premier tour. En effet, au regard des déterminants de vote au Niger, il est logiquement inconcevable d’imaginer qu’un électeur qui a voté en faveur d’un candidat au premier tour puisse changer d’avis et voter en faveur d’un autre candidat au second tour alors même que le candidat pour qui il avait voté auparavant est toujours en compétition.

L’enjeu et le défi, à ce niveau,  se résument au taux de participation pour maintenir un niveau au moins égal à celui du premier tour à défaut de pouvoir le dépasser. Il appartient dès lors aux équipes de campagne de créer les conditions d’une plus grande mobilisation des électeurs.

Cette stratégie de mobilisation pourrait également permettre de réduire davantage le taux d’abstention surtout que chaque candidat connait ses fiefs et donc ses réserves de voix. L’idée est que l’électeur qui s’est abstenu au premier tour, pour une raison ou une autre, ne puisse pas continuer de s’abstenir au second.

Sur le second point, les chiffres publiés par la CENI et validés par la Cour constitutionnelle indiquent que le nombre de bulletins blancs ou nuls (409.095) dépasse le nombre de voix obtenus par le candidat arrivé en 4e position (337.866) ! Au-delà, peut-être, de la qualité de l’encre utilisée par les électeurs pour marquer leur choix sur le bulletin unique, cette situation peut largement être imputée aux partis politiques qui n’ont pas suffisamment exploité les spécimens de bulletins mis à leur disposition. En effet, au regard du nombre impressionnant des candidats (30) et de la ressemblance des couleurs, il est très difficile pour un électeur stressé et très mal encadré de se retrouver. Et on retrouve ces genres d’électeurs dans pratiquement tous les partis politiques. En conséquence, chaque candidat a été certainement affecté par le vote nul et ce, proportionnellement au nombre des voix valables qu’il a obtenu.

 La question du nombre de candidats et du risque de confusion étant réglée, un meilleur encadrement des électeurs permettrait de réduire drastiquement le nombre de bulletins nuls dont la répartition au second tour pourrait épouser les contours de votes valables. L’électeur qui a fait un vote nul au premier tour ne doit pas réitérer un tel vote au second.

Transposer les voix portées sur les alliés

L’alliance ou coalition est un classique de la vie politique de nombreuses démocraties pluralistes caractérisées par un émiettement important de voix. Elle prend des formes et des degrés très variables. Certaines alliances sont éphémères et occasionnelles. Elles se présentent comme des simples coalitions provisoires pour bénéficier d’avantages électoraux ou pour renverser un gouvernement ou le soutenir occasionnellement. D’autres sont durables et pourvues d’une solide armature (Sur ces éléments, voir Maurice Duverger, Les partis politiques, Armand Colin, 1954. Il fait d’ailleurs une belle distinction entre les alliances électorales, les alliances parlementaires et les alliances gouvernementales).

Quoi qu’il en soit, il s’agit des accords conclus entre candidats ou entre partis avant une élection en vue d’atteindre des objectifs politiques.

Le principal défi qui se pose en cette matière est relatif au comportement des électeurs et des contrefactuelles sur la base desquels les calculs des négociateurs sont basés (Pour quelques détails sur ces aspects, voir, Michel Le Breton, Karine Van Der Straeten, Alliances électorales et gouvernementales : La contribution de la théorie des jeux coopératifs à la science politique, Revue d’économie politique 2017/4, Vol.127). En général, ces négociateurs (en fins politiciens) évaluent rigoureusement et lucidement les transitions entre les deux tours pour toutes les configurations d’alliances concevables avant de porter leur choix sur l’un ou l’autre des candidats en lice. C’est un choix de raison qui laisse peu de place à l’émotion.

Il est vrai que malgré toutes les précautions, certains militants peuvent ne pas apprécier de voir leur parti s’associer à des partenaires qu’ils aiment moins ou pas du tout et tenter, soit de s’abstenir, soit de refuser la consigne de vote. Ce scenario, qui du reste rare, n’a de répercussion négative sur les résultats du second tour que lorsque la proportion de militants frondeurs est importante. Sur ce point, les états-majors des partis politiques sont particulièrement attentifs sur les déclarations de rejet et les cas de démission émanant de leurs différentes sections après la signature de chaque alliance. Il s’agit d’un indicateur important qui permet d’avoir une idée plus ou moins claire de l’issue de la compétition.

C’est pourquoi, le consensus et, surtout, la discipline partisane constituent les deux clés de succès de toute alliance électorale. En effet, à partir du moment où un parti politique est une association qui regroupe des citoyens autour d’un projet de société et d’un programme politique, l’idée de consensus, notamment, entre les principaux leaders doit précéder la signature de ce type d’alliance.  La consultation et les propositions formulées par les différentes structures du parti entrent dans cette logique et sont sérieusement prises en compte par les négociateurs.

A cette idée de consensus, s’ajoute une certaine discipline qui doit prévaloir en vue d’un fonctionnement harmonieux de tout groupe social. En effet, à partir du moment où l’unanimité autour d’une idée, d’un candidat ou d’un projet de société est quasiment platonique, il est indispensable, et au nom de la discipline partisane,  de se ranger derrière la position dégagée,  soit par les leaders, soit par la majorité des membres du parti.

Ainsi, fonctionne tout groupe social démocratiquement formé. La loi votée par la majorité à l’assemblée nationale engage tous les députés et toute la nation ;  les accords et traités internationaux signés par l’exécutif et souvent ratifiés par le parlement engagent toute la nation même si individuellement certains députés ou certains citoyens n’ont pas consenti.

Tel est le sens du mandat donné aux dirigeants au moment de leur élection et qui leur permet de décider au nom et pour le compte de ceux qui les ont investi et de les engager.

A ce sujet, l’environnement socio-politique nigérien est particulièrement illustratif et révélateur de la promptitude des électeurs à respecter les consignes de vote données par les cadres de leurs partis. L’histoire retient les reports impeccables des voix des militants de l’ANDP Zaman Lahiya et du PNDS Tarayya au profit du candidat Mahamane Ousmane en 1993. Tel a été aussi le cas, en 2004,  lorsque le RDP, l’ANDP et le RSD avaient, entre deux tours, décidé de rallier le MNSD du Président Tandja Mamadou suite à la décision du CDS de le soutenir. Le même comportement a été observé chez les  militants de Lumana au profit du président Issoufou Mahamadou et ceux de CDS au profit du candidat Seyni Oumarou en 2011.

Récemment, personne ne nourrit le moindre doute que n’eut été le respect des consignes par les militants de Lumana, le président Mahamane Ousmane ne serait pas qualifié pour le second tour.

Ce constat, finalement en passe de devenir une constante de la vie politique nigérienne consacre le rejet de tout discours ou propos ethno régionaliste et met en relief l’attachement des militants aux seuls idéaux et image de leurs partis politiques respectifs.

Adamou ISSOUFOU

FSJP/UCAD

Zinder,  le 12 février 2021

Niger Inter

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