Au moment où le panier de la ménagère prend un coup dur en raison de la crise provoquée par Covid-19, l’augmentation de la facture d’eau observée ces derniers temps dans les ménages, vient en rajouter au coût déjà de la cherté de la vie. La pénurie d’eau dans les quartiers de Niamey est criarde. Une nouvelle épreuve aux contours difficiles à cerner. L’eau se fait rare alors que la facture est salée. Comment peut-on expliquer un paradoxe telle une énigme pour la plupart des citoyens ?

L’eau courante ou encore celle du robinet est particulièrement indispensable à la survie humaine. Au Niger, l’outil opérationnel de mise en œuvre du principe du droit fondamental d’accès à l’eau, en quantité suffisante, de bonne qualité, à tout temps et à coût acceptable est le PANGIRE. Il est donc évident que le PANGIRE  entendu Plan d’Action National de Gestion Intégrée des Ressources en Eau, élaboré depuis 2017, sous l’autorité du Ministère de l’hydraulique et de l’Assainissement du Niger d’après le Décret n°2017/356/PRN/MHA du 9 mai 2017, constitue la solution de l’Etat à garantir l’utilisation de cette ressource très indispensable à la vie.

Aujourd’hui, la SEEN qui est la Société d’Exploitation des Eaux du Niger a justement pour mission de garantir un service public d’eau potable dans les centres urbains et semi-urbains et contribuer au développement socio-économique du Niger, et en particulier à l’équilibre financier du secteur tout en veillant en permanence à la satisfaction de des clients. En tout et pour tout, la clientèle doit être au centre des préoccupations de cette société fermière d’eau.

Cependant ces derniers temps, l’eau courante se fait de plus en plus rare dans les robinets et dans les ménages tandis que la facture se présente salée selon les témoignages des citoyens notamment ces derniers mois (avril et mai). C’est ainsi que beaucoup se sont plaints par rapport aux coupures d’eau, de façon répétitive les jours comme les nuits. A Yantala par exemple, plusieurs ménages interrogés disent souffrir du manque d’eau depuis un temps, et même si elle est remise, ce n’est que de courte durée. Comme si cela ne suffisait pas, l’augmentation des frais sur les factures frise à bien d’égards l’incompréhension totale.

 Si Monsieur Oumarou, cadre du ministère du plan bénéfice lui, d’un certain avantage du traitement de la facture d’eau en raison des prérogatives dont jouissent les employés de la SEEN et de la NIGELEC dans la consommation d’eau et d’électricité, d’autres par contre se plaignent du fait que la facture d’eau est très élevée par rapport à leur consommation dans le mois. « Moi depuis 20 ans que j’habite dans cette maison, je n’ai jamais payé une facture dépassant 3000 francs CFA.

Mais hélas la dernière facture s’élève jusqu’à 39 600 francs », s’exclame ce fonctionnaire visiblement indigné. Une opération difficile, le moins qu’on puisse dire. Puisqu’il est réellement difficile de savoir par quelle alchimie, une facture de tranche sociale puisse flamber jusqu’à 39 600 francs. Celui qui a vu remplacé son compteur à son insu, a de quoi avoir une dent contre la SEEN. Le Monsieur en question dit qu’il a procédé à une réclamation dont l’issue est attendue dans une semaine.

Mamane Issaka, un autre client de la SEEN, s’est aussi plaint sur les réseaux sociaux en exprimant   que « la SEEN est en train d’appliquer un principe simple de la physique : ce que l’on gagne en force, on le perd en déplacement. Les mesures anti Covid-19 s’entendant ». Est-ce à dire que la décision de la prise en charge du paiement des factures d’électricité et d’eau les mois d’avril et mai pour les tranches sociales, prises en charge par l’Etat s’est fait ressentir sur la facture d’autres  clients de la  SEEN, de façon injuste? Puisque beaucoup ont comme l’impression que les frais de facture ont été délibérément gonflés à leur détriment les mois d’avril et mai. Sinon comment peut-on expliquer que la facture qui arrive ne reflète pas la consommation du client dans le mois ?

Périodicité du relevé des compteurs

C’est un constat que plusieurs se sont plaints du fait que les compteurs sont relevés tardivement. D’où la question de savoir si la SEEN le fait sciemment ou par inadvertance ? En tout cas, de l’avis d’un client interrogé par votre journal, « pour arriver à faire gonfler les factures, souvent les relevés ne sont plus mensuels. Vérifiez, souvent ça dépasse 40 jours et comme cela on arrive à plonger les clients dans des tranches plus chères ». Même son de cloche pour Haladou lorsqu’il rouspétait que « c’est de l’arnaque organisée, ils ne relèvent pas à temps et nous mettent dans la 3ème tranche ».

Que dit la SEEN ?        

Contactée par nos soins, la Direction générale de la SEEN a apporté des précisions aux inquiétudes des consommateurs, notamment à propos de la facture.

Selon le Directeur Général de la société, Monsieur René Matillon, « il n’y a pas eu une augmentation du prix de l’eau ». Ensuite il précise que « le nouveau logiciel de relève que nous utilisons actuellement nous permet de faire une relève fiable avec une prise de photo du compteur. Il nous donne également la date et l’heure de passage du releveur. Le montant facturé correspond à la consommation du client ».

S’agissant de l’augmentation du montant de la facture des mois d’avril et mai, et dont beaucoup se sont plaints, Monsieur René estime que cela peut se justifier par les fortes consommations d’eau qui s’observent pendant les mois d’avril et mai, une période correspondant aux mois les plus chauds de l’année. En outre a-t-il ajouté, « cette période était également celle du confinement lié à la pandémie du Covid-19. Les populations étaient tout le temps à la maison, une consommation d’eau élevée s’explique aisément ».

Des éléments de réponses à l’appréciation de tous. Surtout quand cela donne comme l’impression que la facture monte même quand les coupures d’eau sont répétitives dans le mois. C’est pourquoi il importe que la SEEN se donne de bien expliquer les tenants et les aboutissants de l’addition sur les factures d’eau.

Il faut rappeler que conformément à l’arrêté du ministère de l’hydraulique et de l’environnement, les tarifs de vente d’eau au compteur pour les particuliers, sont fixés dans la première tranche, de 0 à 10m3 par mois à 127 FCFA. La deuxième tranche c’est de 11 à 40 m3 par mois pour 321 FCFA et la troisième tranche de 41 à plus s’élève à 515 FCFA.

A l’épreuve des faits, les précisions apportées par la direction générale de la SEEN pourraient-elles combler à la fois les inquiétudes et les attentes des clients ?

Koami Agbetiafa    

Niger Inter

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