L’étoile montante du 7ème art nigérien, Aicha Macky poursuit son petit bonhomme de chemin. Conviée à tous les grands rendez-vous du cinéma à travers le monde, la jeune réalisatrice nigérienne Aicha Macky s’affirme sur la scène cinématographique, grâce à la qualité et l’originalité de ses œuvres. Dans l’entretien qui suit, la « briseuse de tabous » nous parle de ses projets et du cinéma nigérien en général. Elle réagit également sur la situation d’insécurité qui sévit dans notre pays.

Niger Inter Magazine : Vous avez reçu plusieurs distinctions aux niveaux national et international. Parmi ces reconnaissances à votre apport au cinéma nigérien, lesquelles vous ont le plus marquée ?

Aicha Macky : De toutes les distinctions reçues, j’ai été particulièrement marquée par les médailles de la République du Niger et celle de la République française. En m’accrochant la médaille à Zinder, lors de la proclamation du 60ème anniversaire de la République du Niger, au nom de la Nation toute entière, le Président de la République reconnaissait non seulement mes efforts, mais, il répondait aussi à l’appel de la jeunesse qui le sollicitait pour ce geste à chaque fois qu’un prix s’ajoutait au palmarès. C’était la jeunesse qui recevait cette médaille avec joie, en témoigne l’engouement autour de la publication de l’annonce faite sur Facebook. Ce qui rend cela particulier, c’est les personnes présentes, ce jour-là : mes amies qui m’ont accompagnée, depuis Niamey, ma famille, qui a fait le déplacement et celle sur place dont mon père, mon enseignante, Mme Aissata, dont l’encadrement a déclenché mon talent depuis l’âge de 6 ans et a aidé à faire de moi ce que je suis aujourd’hui. C’est une reconnaissance de mon pays, ça  change tout.

Il faut noter que c’est une médaille reçue à un âge relativement jeune puisque certains artistes l’ont reçue alors que leurs expériences dans le domaine équivalent à mon âge.

 

 Niger Inter Magazine : Ceux qui suivent l’actualité du cinéma au Niger, savent que votre étoile continue de briller. Alors quel est l’état d’avancement de vos projets ?

Aicha Macky : Après des résidences d’écriture au Ouaga Film Lab au Burkina Faso, la Fabrique des cinéma du monde à Cannes en France, Medienboard Berlin-Brandenburg en Allemagne, Hot Docs à Toronto au Canada, Atlas Workshop à Marrakech au Maroc, Trois continents à Nantes en France toujours, IDFA à Amsterdam aux Pays-Bas, Durban Talent en Afrique du Sud, etc., on a abouti à un projet bien écrit,  qui nous a permis de lever des fonds  en France, aux USA, au Pays-Bas, au Canada, en Allemagne, en Afrique du Sud et au Niger où je continue à chercher du financement pour boucler le budget.

On a gagné la confiance des télévisions comme ARTE, chaine franco-allemande basée à Strasbourg en France ; Al Jazeera, une télévision du Qatar ;  AfriDocs, un projet de production de films documentaires africains, et  The New York Times, un quotidien américain basé à New York, comme diffuseurs du film à sa sortie, prévue en Automne 2020 Inch’ALLAH. Il faut noter que c’est un film coproduit par 4 pays : Le Niger, la France, l’Allemagne et l’Afrique du Sud. C’est pour vous dire que nous continuons sans cesse à renforcer nos capacités.

À partir de la ville où je suis née et où j’ai grandi, le film explorera les origines de la radicalisation qui se propage dans la région du Sahel et les perspectives pour en sortir.

Actuellement, j’ai une série documentaire sur les inégalités en chantier et un projet documentaire sur la fistule que je mettrai en route, dès que le film Zinder sera à l’écran inch’ALLAH

Parallèlement à cela, je fais partie du comité international de restauration des films africains dont deux films nigériens ont été restaurés et seront remis en mars au gouvernement nigérien. Je partage également mon expérience en formant des jeunes au Niger dans le cadre d’une formation mise en place avec l’appui du centre culturel Américain,  j’anime des masters classe au niveau de quelques universités en Afrique et aux USA.

Niger Inter Magazine : comment voyez-vous l’avenir du cinéma nigérien ?

Aicha Macky : Je peux affirmer, sans risque de me tromper, que le cinéma nigérien a un avenir promoteur avec un visage particulièrement féminin.

En témoignent les films sortis de 2016 à 2019 où Amina Weira, Amina Mamani Abdoulaye, Nana Hadiza Akawala, Linda Diata, Ramatou Doullah Harouna, Leyhana Seini, Zainabou Maman Issoufou, Samira Seyni Djingo,Salmar Zoé, Ramatou Keita, des femmes cinéastes nigériennes qui nous ont fait voyager dans des univers sociaux, politiques, environnementaux, sanitaires…

Il faut noter la participation remarquable du Niger au FESPACO où nous avons été représentés par Saguirou Malam, Nana Hadiza Akawala, Moussa Hamadou Djingarey et bien d’autres.

En termes d’avancée, c’est aussi le lieu de signaler divers événements qui concourent à la promotion du cinéma nigérien. C’est d’abord le Forum africain du cinéma nigérien, qui a soufflé ces onze bougies cette année et qui a rendu hommage à Oumarou Ganda. Ce forum initié, par Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Inoussa Ousseini Sountalma, a été à la base de la formation des plusieurs cinéastes dont Ramatou Doullah Harouna, Amina Mamani Abdoulaye, Sani Magori, Boka Abdoulaye et moi-même pour ne citer que ceux-là.

Il y a aussi le Festival international de films sur les Droits de l’Homme (FIFIDHO), initié par nos cinéastes Beidari Hamani Yacouba, Toukountchi initié par Youssoufa Halidou…

Tous ces gens et plein d’autres, appuyés par des journalistes culturels, concourent à l’émergence du cinéma nigérien. C’est vous dire le Niger regorge des talents dans ce domaine bien que le financement reste et demeure un défi réel.

Dans ce sens, nous ne pouvons qu’encourager les efforts de Monsieur Assoumana Malam Issa, le ministre de la Renaissance culturelle et Monsieur Sani Magori, cinéaste, qui essaient d’aider le secteur, bien que le budget global de leurs institutions cumulées soit insuffisant pour faire un film professionnel capable de rivaliser avec d’autres œuvres à l’international.

La culture en général et le cinéma en particulier sont une arme redoutable capables de combattre des maux, même le terrorisme auquel nous faisons face aujourd’hui. C’est vérifiable avec la guerre médiatique qui se fait aujourd’hui. Il faut savoir valoriser ses combattants, montrer leur bravoure, la chanter partout pour les motiver.

C’est ce que font toutes les puissances et les terroristes aussi. Ils publient leurs victoires, leurs guerriers mais jamais leurs échecs et leurs cadavres.

Niger Inter Magazine : Notre pays fait face au terrorisme qui sème la désolation au Sahel. En tant que femme de culture et citoyenne quelle est votre réaction à cette situation ?

Aicha Macky : Au Niger, nous avons connu la sécheresse, la famine, la rébellion… Ce que nous ignorons, c’est que la guerre est la mère de tous ces maux cumulés.  Elle ne connaît ni religion, ni clan encore moins de coloration politique des partis de l’opposition ou des partis au pouvoir, une alliance des sociétés civiles… On se tiraille et on perd de l’énergie en se voyant comme des ennemis en oubliant souvent l’ennemi commun qui est le terrorisme. Ce mal nouveau qui s’introduit dans la liste de nos maux a besoin de TOUTES ces alliances pour la sauvegarde de l’UNIQUE RÉPUBLIQUE et L’UNIQUE ARMÉE. Quels que soient nos domaines d’intervention, nous avons besoin de la paix pour évoluer.

Oublions les intérêts personnels et songeons au peuple pour une fois ! Soyons de ceux qui cultivent la Paix chez nous et partout.

Propos recueillis par Elh. M. Souleymane

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