Après l’attaque terroriste contre le Poste militaire avancé d’Inatès, au Niger, et d’autres assauts de même envergure, dans le Sahel, quelles leçons tirer ? Leçons modestes, car ne dit-on pas que l’expérience n’éclaire que le passé ? Risquons-en quelques-unes, pour stimuler la réflexion de toute personne, physique ou morale, concernée par le grave problème de l’insécurité dans le Sahel. Sur un plan stratégique ou tactique, elles peuvent toujours à quelque chose : explication de la violence de l’attaque, rappel du nécessaire renforcement du renseignement, recul des frontières des bases militaires, amélioration des communications, surveillance électronique du territoire et repositionnement éventuel des États-Unis puis de la France dans leur coopération avec le G5 Sahel.

Les chefs d’État africains qui dénoncent « l’état » de la Libye comme facteur essentiel de la déstabilisation des pays du G5 ont raison. Les groupes terroristes qui sévissent dans le Sahel ont reçu du renfort de la patrie du colonel Mouammar Kadhafi, en encadrement, en effectifs, en stratégies et en entrainement. Leur professionnalisation progressive est démontrée, ces derniers temps, de même que leurs capacités de résilience. L’expérience acquise en Syrie et en Irak, grâce au Califat éphémère de Daech, est exportée en Libye puis réexportée dans les pays du G5 Sahel et au-delà. Difficile d’expliquer autrement leur montée en puissance, lors de la violence des dernières attaques. La Libye reste un dossier prioritaire, à traiter urgemment. On a l’impression que le crépitement assourdissant d’armes et la guerre, que s’y mènent les puissances militaires, empêchent la moindre approche rationnelle de reconstruction de ce pays que personne n’ose, par ailleurs, désigner sous la caractérisation d’État.

Renforcer le renseignement

L’une des armes, à la disposition des pays du G5, contre l’expansion terroriste dans le Sahel, est le renforcement de leurs capacités en matière de renseignement. Par exemple, si les bases et autres casernes demeurent des cibles militaires, leurs environnements respectifs revêtent, à présent, une importance stratégique, en termes d’alerte. Les limites d’observation de ces points névralgiques restent à reculer, afin de réduire les effets de surprise. Beaucoup de terroristes opèrent à motos et peuvent se fondre, en un clin d’œil, dans la nature, dans leur progression. L’environnement devient, ainsi, un champ de bataille avancé, une espèce de colonne de première charge. Devra-t-on planter des doublons de sentinelles camouflés aux quatre points cardinaux ? Aura-t-on à négocier, moyennant protection rapprochée, la collaboration vigilante des populations environnantes ? Cette collaboration se négocie aussi, discrètement : comment repérer, de manière rapide, la présence d’éléments halogènes ou toute autre présence ennemie ? Comment signaler ce fait, avec tact et efficacité, sans s’exposer à des représailles, immédiates ou ultérieures ? D’autres techniques seront-elles mises à contribution ? La réflexion est ouverte, en termes de défis. L’amélioration du renseignement ira de pair avec les efforts d’affinement en matière de communication.

De nombreuses attaques perturbent les communications des Forces de défense et de sécurité, dès les premiers moments. Les appels de renfort peuvent, alors, trainer. Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, il n’est pas rare que ce délai atteigne trois heures. Ce qui parait énorme, au regard des progrès accomplis par l’humanité dans le domaine des communications. Devra-t-on remettre au gout du jour ce système qui, pendant la Guerre froide, aura permis d’atténuer les lourdes menaces de guerre atomique entre les États-Unis d’Amérique et la défunte Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) : une ligne rouge, reliant, en permanence, l’ensemble des bases, casernes et postes militaires aux divers centres de commandement ? Une ligne sécurisée, facile de maniement et autonome vis-à-vis des Transmissions ? Les populations environnantes ou celles simplement témoins ou, dans le pire des cas, celles, victimes d’attaques, pourraient-elles donner l’alerte et être écoutées, avec des moyens de communications simples et peu coûteux ?

Repositionnement des États-Unis et de la France

En appui aux renseignements humains, un autre mode de collecte et de traitement d’informations opérationnelles a été activé, ces derniers jours, dans l’espace sahélien : la surveillance électronique par les drones, ces vecteurs aériens, sans pilote, à direction télécommandée et équipés de technologies de pointe telles les caméras infrarouges. Les plus performants du moment sont les modèles américains : les Reapers. Autant des appareils d’observation et de surveillance que des machines extraordinaires, ces drones pourraient apporter plus d’espoirs aux populations sahéliennes quant aux perspectives de victoire contre le terrorisme. Début novembre 2019, le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) a annoncé avoir obtenu l’autorisation du Niger d’armer ses drones, basés à Agadez. L’armée de l’Air américaine a précisé que les premiers tirs de ces vecteurs ont eu lieu. Ces drones décolleront de cette base et seront à même de frapper n’importe quelle cible dans l’espace sahélien et même au-delà. De son côté, la France a acquis six drones auprès des États-Unis. Jusque-là, l’armée française les utilisait pour des missions de reconnaissance et de surveillance, dans le ciel sahélien, depuis 2014. Le ministère français des Armées a annoncé avoir obtenu de son fournisseur l’autorisation d’armer trois de ces drones. Le 19 décembre courant, la France reconnaissait aussi avoir procédé à des tirs d’expérimentation réussis.

En principe, sous la protection des drones Reapers, les pays du G5 subiront moins d’attaques surprise. Effectivement, dès le 23 décembre courant, la Force Barkhane déclarait avoir procédé à une frappe de drone, pour la première fois, lors d’opérations au Mali. Quarante (40) terroristes auraient été tués. Toujours selon Barkhane, sept autres terroristes auraient été neutralisés dans la forêt de Ouagadou (150 kilomètres au nord-ouest de Mopti), zone d’évolution de la Katiba Macina, dirigée par le prédicateur radical Amadou Koufa.

L’évolution de la situation pourrait supposer un repositionnement des deux principaux partenaires du G5. Le Sommet, auquel le président français, Emmanuel Macron, a convié ses pairs du G5, le 13 janvier 2020, dans la ville de Pau, pourrait en être l’occasion. En effet, comme les Américains ont la maitrise des drones, pourquoi ne leur demanderait-on pas cette « prestation », et confier l’appui aux combats au sol aux Français, qui ont démontré leur courage et leur ardeur dans ce volet ? Voyons voir ! comme dirait l’autre…

André Marie POUYA (abenapo6@gmail.com)

Journaliste / Consultant

Niger Inter

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