Le 31 décembre 2019 à Tesker, il est 9 heures et quart. Dans un grand espace situé entre deux dunes, une foule immense. Les uns et les autres s’affairent. Qui pour trouver du réconfort dans la foule compacte contre le froid ressenti, qui pour échanger des civilités. Des « frères » vivant séparés, mais pas si éloignés, partagent le même territoire : le désert et la steppe semi-désertique y avenantes.

Dans cette foule, les sept (7) chefs de cantons et groupements du département de Tesker, plusieurs centaines de représentant de tribus et communautés tous vivants dans le département de Tesker et son voisinage. Ils prirent place ensuite dans la grande tante installée pour la circonstance. Puis arrivent un cortège d’officiels.

Ces officiels au nombre desquels, le président de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP) le Général Abou Tarka, le ministre de l’hydraulique et de l’assainissement M. Kalla Moutari, le ministre de l’environnement et de la salubrité urbaine M. Almoustapha Garba, le ministre du développement industriel M. Aminou Elhadj Zaneidou et le gouverneur de la région de Zinder M. Issa Moussa, pour ne citer que ceux-là.

Cette délégation de ministres à la tête de laquelle se trouve le Ministre d’Etat de l’Intérieur, de la décentralisation et des affaires religieuses et coutumières, M. BAZOUM MOHAMED est à Tesker pour la tenue du forum de Tesker.

Une rencontre organisée par l’ONG PDD/HAIYA en partenariat avec la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix. Ce forum qui s’est tenu ce 31 décembre 2019, sous le thème de « préservation de l’environnement dans le département de Tesker » a été placé sous le haut patronage du Ministre d’Etat Bazoum Mohamed.

A l’entame de cette rencontre, le préfet du département de Tesker a souhaité la bienvenue à tous les officiels ainsi qu’à tous ceux ayant effectué le déplacement de Tesker. Cette présence est la manifestation, selon lui de l’intérêt qu’accordent les participants et les autorités à la préservation de l’environnement dans cette zone et dans tout le pays de façon générale.

Pour le ministre de l’environnement et de la salubrité urbaine, « le département de Tesker dispose jadis des peuplements ligneux très variés et denses dans les vallées et cuvettes ; des populations  d’animaux sauvages assez diversifiées observables partout et la relation homme/faune en parfaite symbiose partageant les mêmes habitats ». Ce qui n’est plus, hélas, le cas aujourd’hui. En effet, sous les doubles pressions anthropiques et climatiques le département enregistre une perte annuelle de 200.000 ha de terres face à l’avancée du désert et 20.000 ha de forêt disparus. D’où l’importance d’une gestion inclusive et concertée de cet écosystème afin de limiter la descente aux enfers. Dans cet ordre d’idée, le ministre Almoustapha Garba a insisté sur le fait que « les décisions prises et leur mise en œuvre au sortir du présent forum doivent être comprises, acceptées et appliquées de tous ».

Ce fut ensuite le tour du ministre de l’hydraulique et de l’assainissement M. Kalla Moutari de rendre la parole. Dans son allocution, il a rappelé la place de l’hydraulique pastorale dans le programme sectoriel de l’eau, l’hygiène et l’assainissement (PROSEHA 2016-2030). Laquelle a fait l’objet d’une stratégie nationale de l’hydraulique pastorale (SNHP) adoptée par décret n° 2014-447/PRN/MH/A du 4 juillet 2014. La mise en œuvre de cette stratégie vise à réduire les risques et prévenir les conflits, ce à travers des outils opérationnels.

Il a par la suite noté que les besoins en eau pastoraux « se caractérisent par leur grande fluctuation tant dans l’espace et par leur immensité dans un contexte physique assez complexe sur fonds des contradictions et des mutations sociales très marquées ».

Selon le ministre Kalla Moutari, le département de Tesker compte 186 puits pastoraux dont 161 fonctionnels, 7 stations de pompage pastorales dont 5 fonctionnelles et 4 mimi-AEP. Ce parc représente « 63% du parc régional », a-t-il ajouté. L’importance de l’hydraulique pastorale transparait dans les enjeux qui y sont lieu.

Ces enjeux sont axés sur : « la fluctuation des besoins en eau dans le temps et l’espace imposant la recherche d’une adéquation du couple eau/pâturage ; la préservation des écosystèmes due aux impacts environnementaux de l’exploitation des points d’eau pastoraux ; la coupe abusive du bois frais pour la réalisation des puits traditionnels ; l’implantation des points d’eau pastoraux sur la base des accords sociaux et conformément aux textes en vigueur ; la gestion inclusive et durable des points d’eau pastoraux dans la quiétude et la solidarité ; la qualité des infrastructures et de l’eau pour garantir une meilleure santé humaine et animale en milieu pastoral ».

En guise d’introduction avant l’ouverture des échanges interactifs avec les participants, le Ministre Bazoum Mohamed a tenu à adresser ses remerciements aux participants pour leur présence à ces « discussions cruciales ». Cruciales car elles interviennent dans un département ayant beaucoup souffert de la dégradation de l’environnement et la poussée du désert. « Une bonne part des raisons qui président à cette dégradation de l’environnement est due à des comportements des humains », a ajouté le Ministre Bazoum Mohamed.

En fin connaisseur du problème, le ministre a détaillé ses propos en indiquant que l’utilisation abusive des bois pour la construction des habitats avec des bois dont l’existence est devenue rarissime, des pratiques de cultures dans les zones de pastoralisme exclusif et une « colonisation » des terres d’élevage par l’agriculture sont des pratiques qui persiste en dépit de leur inadéquation au contexte actuel. C’est pourquoi, Bazoum Mohamed a voulu avoir une discussion « pour faire en sorte que ces comportements changent et participer à la régénération de la végétation par la promotion d’un comportement totalement différent ».

Le président du tribunal de Gouré a relevé l’absence des dates définies pour la libération des champs. Ce défaut constitue une source de difficulté dans l’application de la loi, notamment le code du pastoralisme.

Au terme des échanges, qui ont duré toute la journée, une déclaration a été rédigée dite déclaration de Tesker ainsi que plusieurs recommandations.

S’en est suivi une présentation des matériaux pouvant servir à la construction des habitats nomades sans recourir à la coupe du bois. C’est à la suite de cette présentation que le Général Abou Tarka a expliqué les raisons qui ont motivé la HACP à accompagner la tenue de ce forum. Il s’est agi pour cette institution de contribuer à la résorption d’un problème qui risque de porter atteinte à la quiétude des communautés car comme nous le savons, les tensions et crises naissent autour du contrôle des ressources. Et qui mieux dans un contexte d’une pression forte pendant que lesdites ressources s’amenuisent.

En outre, le ministre Bazoum Mohamed a parrainé, en marge  de ce forum, un don de produits pharmaceutiques. D’une valeur estimée à 2.400.000 francs au centre de santé de Tesker, ce don est offert par un ressortissant de ladite localité.

Mourtala Issa et Abdoul Aziz Moussa (Envoyés Spéciaux)

Niger Inter

GRATUIT
VOIR