Le monde change et le Niger se métamorphose avec un afflux des citoyens vers l’utilisation des smartphones pour accéder à Internet et plus spécifiquement les réseaux sociaux et autres applications de réseautage social. Cette révolution numérique a véritablement changé la marche de la société en dépossédant les organes de presse du monopole de la diffusion de l’information. Des canaux forts utiles ayant permis l’accès à l’information à une partie importante des citoyens, mais qui en l’absence d’une législation précise fait découvrir sa face la plus hideuse à la population.

Des rumeurs les plus folles, aux montages fallacieux en passant par la nouvelle trouvaille  qui est la fabrication et la diffusion de fausses informations nommées «fake news».

Les fake news sont des informations délibérément fausses ou truquées (fake veut dire en anglais « faux, truqué ») émanant en général d’un ou de plusieurs médias, d’un organisme ou d’un individu. Elles participent à des tentatives de désinformation, que ce soit via les médias traditionnels ou via les médias sociaux, avec l’intention d’induire en erreur dans le but d’obtenir un avantage financier ou politique. Les articles de fake news emploient souvent des titres accrocheurs ou des informations entièrement fabriquées en vue d’augmenter le nombre de lecteurs et de partages en ligne. Les fils d’actualité de Facebook ont été impliqués dans la propagation de fausses nouvelles. Le fait que les rédacteurs soient anonymes rend difficile la poursuite des sources pour calomnie. Elles ont pignon sur rue, comme cette matinée de 12 janvier 2018, où la prétendue nomination du Ministre de l’Intérieur en tant que Premier Ministre. La nouvelle s’étant partagée sur les réseaux sociaux notamment Facebook, elle a fini par paraitre plausible aux yeux de l’opinion au point où un des plus célèbres sites d’information local l’a publié. L’intéressé s’est vu obligé de sortir à travers un Tweet pour qualifier « Cette histoire de ma nomination au poste de Premier ministre est une fake news. ».

On nous a servi aussi l’épisode de retrait du parti MPN kiishin kassa de la Majorité Gouvernementale ; chose que le parti, à travers son secrétaire à la communication s’est vu obligé de démentir … bien que, comme beaucoup de rumeurs, elle a fini par s’avérer vraie bien plus tard.

La prolifération des fake news a connu son paroxysme dans notre société avec la crise universitaire née de l’exclusion d’étudiants suite à « l’agression » d’un enseignant-chercheur. Dans les péripéties liées à cette crise, une véritable bataille médiatique a été livrée parallèlement au pugilat sur le terrain. On a vu sortir de faux Procès-Verbaux de réunions d’enseignant-chercheurs, de faux arrêts rendus par des instances judiciaires, de fausses levées de mot d’ordre de grève et même une prétendue lettre de démission du recteur de l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Ces informations fabriquées sont relayées en quelques minutes de leur diffusion par des milliers de personnes et arrivent à atteindre une partie de leurs objectifs, car semant le doute entre les belligérants de la crise. Le 29 avril 2018, veille du démarrage des épreuves sportives du BEPC, suite aux injonctions du Gouvernement pour la reprise des cours en dépit du mot d’ordre de grève de l’Union des Scolaires Nigériens, il a été sorti un papier émanant de l’ex-Ministre des enseignements secondaires reportant à une date ultérieure lesdites épreuves.

Grace aux merveilles de la technologie, des captures d’écran de prétendus échanges via Whatsapp entre le SG de l’UENUN et un « grand frère » ont été largement relayées sur la toile avec bien sur le doute dans l’esprit des parties en présence. Il est extrêmement difficile de se laver totalement de tels affronts car une partie pensera toujours que ce qui est diffusé sur les réseaux sociaux ne peut être que vrai, surtout avec des supports images à l’appui ; c’est d’ailleurs cela l’objectif recherché. La guerre de l’information vient de commencer chez nous, et elle s’avère sans règlement donc tous les coups sont permis ; l’essentiel étant la « mise à terre » de « l’ennemi ».

Grand est le nombre de vies ruinées à travers ces réseaux sociaux et à travers la divulgation de nouvelles parfois fausses mais qui sont dures à effacer de la mémoire collective.

Les faiblesses du code pénal nigérien en matière d’infractions ne doivent pas constituer un frein à la répression sévère de ces genres de comportements car, le « délit de fausse nouvelle » et le « délit de diffamation » encadrent correctement aujourd’hui les choses, ils sont renforcés par les articles des infractions en matière d’informatique du code pénal en ses Art. 399.2 à 399.9 : (Loi n° 2003- 25 du 13 juin 2003) à la falsification de documents informatisés, quelle que soit leur forme, de nature à causer un préjudice à autrui.

L’Etat doit se donner les moyens légaux et le dispositif technique permettant de prévenir, retrouver et punir les adeptes de cette pratique y compris les commanditaires pour pouvoir assainir le cyberespace nigérien.

Harouna MOUMOUNI MOUSSA

Master of Science Systèmes, réseaux et Sécurité

 

  

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