La Résolution du Parlement européen du 12 mars dernier, « exigeant » la libération de l’ancien président Bazoum Mohamed, dont le mandat devrait en principe arriver à terme le 02 avril prochain, continue de susciter des vagues au Niger et dans l’espace de la Confédération des États du Sahel. Ce samedi 28 mars, à l’appel d’une coalition d’organisations de la société civile, une grande manifestation s’est tenue à Niamey mais aussi dans plusieurs autres villes du pays pour protester contre ce que le gouvernement avait déjà, et officiellement, condamné et qualifié « d’ingérence inacceptable du Parlement de l’Union européenne dans les affaires intérieures du Niger ». L’occasion aussi pour les manifestants de réaffirmer leur soutien aux autorités du régime de la Refondation, qui vient de boucler une année, le 26 mars dernier, sous la direction du Général Abdourahamane Tiani. À Niamey, et certainement pour hausser le ton, la manifestation s’est déroulée en présence des membres du CNSP et du gouvernement, des présidents d’institutions de la République, des responsables des FDS ainsi que des autorités régionales, coutumières et religieuses.
La mobilisation était certes de moindre ampleur que celle des lendemains de l’avènement du CNSP au pouvoir, après le coup d’État du 23 juillet 2023 contre Bazoum Mohamed et en contestation de la présence militaire étrangère dans le pays, mais ils étaient des milliers à répondre présents à l’appel à manifester de la coalition de circonstance des organisations et associations de la société civile nigérienne soutenant le régime de la Refondation.
À Niamey, ce samedi 28 mars, ils étaient des milliers à converger d’abord vers la Place Toumo, puis à rallier la Place de la Concertation, en plein cœur de la capitale, où s’est tenu un grand meeting de protestation contre la Résolution des eurodéputés.
« Non à l’ingérence du Parlement européen dans les affaires internes du Niger », « Non aux deux poids, deux mesures de l’UE », « Vive le CNSP, Vive l’AES », tels sont les slogans qui ont été scandés tout le long de la marche et du meeting ainsi qu’inscrits sur certaines pancartes brandies par les manifestants qui arboraient des drapeaux de l’AES et des trois pays membres ainsi que des T-shirts à l’effigie des Chefs d’État du Niger, du Burkina Faso et du Mali.
Manifestation de protestation contre l’ingérence du Parlement européen
À la tribune de la manifestation, plusieurs allocutions de responsables associatifs, pour l’essentiel des soutiens de la première heure du CNSP, ont pris la parole pour « fustiger » cette attitude « condescendante et paternaliste » du Parlement européen.
« C’est au moment où les peuples du Sahel affirment leur souveraineté que le Parlement européen s’est permis d’adopter une résolution exigeant la libération de l’ancien Président Mohamed Bazoum et de prescrire au Niger une trajectoire politique », a rappelé le président de l’ONG Urgence Panafricaniste du Niger, Abdourahamane Oumarou, un proche de Kémi Seba. Et d’ajouter : « Nous rejetons avec fermeté cette résolution qui constitue une ingérence inacceptable dans les affaires d’un État souverain et traduit la persistance de réflexes paternalistes que nos peuples ont définitivement dépassés ». L’occasion pour l’ancien député « Abder » de rappeler encore que « depuis des décennies, notre région a affronté l’insécurité, les fragilités institutionnelles, les pressions économiques et les interventions extérieures. Trop souvent, les réponses apportées n’ont pas été à la hauteur des sacrifices consentis par nos peuples ».
Autre intervention, celle du Président du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), Dr Mamadou Harouna Djingarey, qui a rappelé que l’institution qui fait office de parlement à la Refondation a, depuis le 17 mars 2026, au cours d’une déclaration de son Bureau, « condamné avec fermeté » la résolution adoptée par le Parlement européen en date du 12 mars 2026. Le Chef de Canton de Sinder a rappelé que, depuis le 26 juillet 2023, « notre peuple a fait un choix historique, un choix courageux, un choix irréversible ; celui de la reconquête de sa souveraineté, de sa dignité et de son indépendance réelle ». C’est pourquoi il a réaffirmé la condamnation de l’institution. « Nous sommes aujourd’hui confrontés à une ingérence inacceptable et injustifiée émanant du Parlement européen ; aucun Parlement, aucune puissance, aucun intérêt extérieur ne saurait s’ériger en donneur d’ordre au Niger », a dit le Président du CCR.
De son côté, le Gouverneur de la région de Niamey, le Général de Division Assoumane Abdou Harouna, a souligné que c’est pendant que « cette nouvelle dynamique confédérale, dans laquelle nos pays avancent désormais, dans la dignité, consolidant leur souveraineté et leur indépendance totale, que les eurodéputés ont eu, avec une attitude irrespectueuse, inélégante, offensante, à la limite du mépris haineux, avec une allure ordurière », à sortir « leur torchon de résolution ». Et d’affirmer que le Niger est depuis devenu « un pays de valeur attaché à ses repères, à ses traditions et à toute évolution, à ses priorités, dans le juste respect de sa souveraineté et du rythme de son propre projet de société qui est sa refondation ».
« Nous avons souverainement choisi de tourner le dos à cette déviance globale dans laquelle les États, nos anciens amis, nous avaient plongés. Nous avons décidé de tourner le dos au péril de densité qui était devenu notre quotidien, nous allons construire collectivement un Niger fondé sur la souveraineté, la justice et la dignité de notre peuple ainsi que de l’esprit égal de la souveraineté des peuples », a martelé le gouverneur de la région de Niamey, le Général de Division Assoumane Abdou Harouna, qui faisait partie de la délégation officielle composée de membres du CNSP et du gouvernement ayant pris part à la manifestation de Niamey.
Des manifestations dans plusieurs villes du Niger mais aussi à Ouaga et à Bruxelles
Tout comme à Niamey, d’autres manifestations de colère contre la résolution des eurodéputés ont été également organisées dans plusieurs villes du pays, ce samedi, en présence des autorités locales et de centaines de manifestants.
À Ouagadougou, lors de la marche suivie d’un meeting organisée le même samedi 28 mars à la place de la Nation, la Coordination nationale de la veille citoyenne (CNAVC) a lu, puis transmis au siège de l’Union européenne (UE), une lettre de protestation dénonçant « une ingérence de l’institution dans les affaires du Niger ». La CNAVC a aussi appelé l’UE à revoir sa position, « sous peine d’un appel à la rupture de la coopération » avec les pays de l’AES.
À Bruxelles également, quelques manifestants ont marqué de leur présence la mobilisation organisée devant le siège de la Commission européenne, par des membres de la diaspora des pays membres de la confédération AES.
Selon les initiateurs de la manifestation, la mobilisation va se poursuivre dans les prochains jours à Niamey, notamment avec la réactivation des brigades de veille citoyenne (BVC) au niveau des différents grands carrefours du pays. Bien que la résolution du Parlement de l’UE ne soit pas contraignante et ait plus une portée symbolique de prise de position, certains soutiens de la Refondation n’hésitent pas à évoquer les probabilités d’une « action de déstabilisation par les forces impérialistes » pour libérer l’ancien président, détenu depuis le 23 juillet 2023, avec son épouse, dans le complexe présidentiel de Niamey. En principe, le mandat du chef de l’État déchu arrive à échéance le 02 avril prochain.
A.Y.B (actuniger.com)


