Le dimanche 5 septembre 2021 marque la fin de la gloriole d’Alpha Condé comme président de la République de Guinée. Il a ainsi été éjecté par la petite porte de l’Histoire par les militaires. Une triste fin pour un homme au parcours exceptionnel qui n’a pas su quitter les choses à temps. La chute de celui qu’un confrère a appelé ‘’variant alpha’’ du 3ème mandat repose le débat sur cette anomalie de la démocratie en Afrique.

Evincé par le Groupement des forces spéciales, dirigé par le colonel Mamady Doumbouya, le président Alpha Condé vient de connaitre une triste fin de règne. Et l’opinion publique africaine semble se délecter du sort du désormais ancien homme fort de la Guinée. Et pour cause, la boulimie du pouvoir d’Alpha Condé qui a décidé de s’accrocher en s’octroyant un 3ème mandat en dépit des sages conseils des présidents Issoufou Mahamadou du Niger, Mahammadu Buhari du Nigéria et bien d’autres personnalités.

« Tout est allé très vite, ce dimanche 5 septembre. Aux alentours de 8h, des tirs nourris et à l’arme lourde ont éclaté aux abords de Sékhoutouréya, le Palais présidentiel où se trouvait alors le Chef de l’État, et ils se sont poursuivis tout au long de la matinée », rapporte Jeune Afrique.

Au cours de la journée de ce dimanche noir pour Condé et ses sbires, le monde entier a appris que c’est un putsch et que la page Alpha Condé est bel et bien tournée. Des images et vidéos, on ne peut plus humiliantes, et la déclaration des putschistes ont fini par convaincre les plus sceptiques que the game is over pour Condé.

Contre vents et marées, Alpha Condé a modifié la Constitution et s’est fait élire pour un 3ème mandat aux commandes de la Guinée. Il a dû marcher sur des cadavres des guinéens, tués par les forces de sécurité à ses ordres, pour se maintenir au pouvoir. Corrompu par le pouvoir, Alpha Condé a même rompu avec son ami nigérien de l’internationale socialiste, à savoir Issoufou Mahamadou.

L’ancien président du Niger a vainement tout fait pour convaincre Condé à renoncer au 3ème mandat. A l’épreuve des faits, la détermination et la volonté du Pr Alpha à s’incruster au pouvoir a eu raison de l’amitié qui le lie à Issoufou.

L’on se rappelle, à l’ouverture de la 5ème législature du Parlement de la CEDEAO, en tant que Président en exercice de la CEDEAO, le 9 mars 2020, le Président Issoufou Mahamadou a déclaré : «… le temps des hommes qui s’autoproclament providentiels et donc irremplaçables, des hommes qui cherchent à s’incruster à vie au pouvoir, tire à sa fin. Cela se traduira par des alternances plus fréquentes et par une respiration démocratique qui consolident les institutions démocratiques dont nos peuples ont tant besoin. Cela nous permettra de faire l’économie des crises comme celles que nous connaissons actuellement en Guinée Conakry et en Guinée Bissau ». C’était justement pour saluer le courage d’Alassane Ouattara lorsqu’il a renoncé à sa candidature pour un 3ème mandat en mars 2020.

A la même occasion, jetant des fleurs à Ouattara, Issoufou Mahamadou a martelé : « Je me réjouis de ce que les valeurs démocratiques y progressent. En témoigne la généralisation de la limitation des mandats à deux et de leur durée à cinq ans, dans les constitutions de la quasi-totalité de nos États membres. En témoigne également la décision récente prise par mon frère et ami Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, de ne pas briguer un 3ème mandat malgré la possibilité qui lui est offerte par la Constitution de son pays. Permettez-moi de saluer son courage et de l’en féliciter. Il s’agit là d’un évènement majeur qui intervient dans un des pays les plus importants de notre communauté. »

Cette posture du Président Issoufou est d’autant compréhensible qu’au Niger, en 2018, deux acteurs de la société civile de l’Association UJND (Union des jeunes nigériens pour le développement) ont été interpellés à Zinder par la police judiciaire pour avoir appelé le président Issoufou à briguer un 3ème mandat.

Mais comme qui dirait, ironie du sort, le mandat du Président Issoufou à la tête de la CEDEAO a été entaché, entre autres, par cette posture des présidents Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé qui se sont engagés résolument pour rempiler par le biais d’un 3ème mandat.

Le 3ème mandat s’avère anachronique en Afrique

On se rend compte que de plus en plus en Afrique, l’étau se resserre autour des adeptes du 3ème mandat, en ce sens qu’ils finissent très souvent par provoquer des coups d’Etat.

Au Niger, le tazarce (prolongation du mandat présidentiel) n’a pas réussi à l’ancien président de la 5ème et 6ème République, feu Tandja Mamadou. Aujourd’hui, Alpha Condé vient d’en faire les frais. Ouattara réussira-t-il à sortir par la grande porte ? La question mérite d’être posée.

Les Chefs d’Etats vont-ils justement considérer la tentation du 3ème mandat comme un recul démocratique et une imposture aux antipodes de la bonne gouvernance ? A quand une résolution contre un 3ème mandat dans l’espace CEDEAO ? Quel choix pour les Chefs d’Etats entre un 3ème mandat et l’arbitrage des soldats ?

Le Président du Nigeria, Mahammadu Buhari, a bien voulu apporter de l’eau au moulin du président Issoufou Mahamadou lorsqu’il avait martelé : « Il est important qu’en tant que dirigeants de nos États membres de la CEDEAO, nous devions adhérer aux dispositions constitutionnelles de nos pays, en particulier sur la limitation des mandats ».

L’expérience est l’arme des aveugles, dit-on. Macky Sall au Sénégal dont l’opposition prête, à tort ou à raison, l’intention de briguer un 3ème mandat saura-il tirer les conséquences après le fiasco d’Alpha Condé ?

Si tant est que le vœu de tout Chef d’Etat est de sortir par la grande porte de l’Histoire, il faut absolument asseoir la bonne gouvernance, se dire que nul n’est immortel mais aussi et surtout, savoir s’arrêter. C’est la leçon magistrale qu’Issoufou Mahamadou vient d’administrer aux dirigeants africains pour en finir avec le syndrome du 3ème mandat en Afrique.

Elh. M. Souleymane

Niger Inter

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