État d’urgence, fermeture des lieux de culte, distanciation sociale, port de bavettes, tels sont entre autres mesures restrictives prises par les autorités publiques, dès l’annonce des premiers cas de la Covid-19 au Niger. Plus d’un an après, malgré la menace que constitue le virus, l’on observe un relâchement dans le respect des mesures barrières. Comment s’explique une telle situation ?

Dès l’annonce des premiers cas de la Covid-19 au Niger, le 19 mars 2020, un dispositif de riposte contre la maladie a été mis en place, par les autorités publiques. L’engagement politique des plus hautes autorités du pays, a suscité un déclic vis-à-vis de la population quant au respect des mesures barrières contre la Covid-19. Au prime abord, les citoyens avaient compris la nécessité de respecter les mesures sanitaires édictées par le gouvernement. Même si ce n’est pas tout le monde qui l’appliquait, l’on a quand même senti une volonté de se conformer aux mesures prises par l’État. Le port de la bavette, le lavage des mains ainsi que la distanciation sociale sont plus ou moins observés.

Du côté des autorités publiques, des centres ont été créés pour prendre en charge les cas positifs de la Covid-19, le laboratoire a été équipé pour effectuer les examens, les moyens ou la logistique a été mise en place, pour le transport et l’évacuation dans la capitale et dans les grands centres régionaux.

Toutefois de l’avis du Dr Hanki Yahayé spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital National de Niamey, la mayonnaise n’avait pas pris totalement. Malgré l’engagement politique dont a fait preuve le gouvernement, l’adhésion totale de la population faisant défaut. Pour cause, ‹‹ l’organisation chargée de la riposte n’a pas les messages adéquats pour aborder la communauté quant à son adhésion à la lutte contre la maladie ››, fait-il savoir. Et cela a constitué un gros frein pour convaincre cette communauté.

Voilà qui peut expliquer le relâchement actuel qu’on observe au sein de la population nigérienne, par rapport au respect des mesures barrières. Les quelques endroits où les citoyens continuent à adopter à ce jour, le port du masque ou encore la distanciation sociale, sont au sein des administrations publiques et dans certains ministères.

Autre chose qui selon Dr Hanki Yahayé contribue à cet état de relâchement, c’est le fait que les prévisions de la pandémie au départ, depuis la première vague n’ont pas été atteintes. Même si l’on peut s’en réjouir, cela n’a fait que conforter la réticence des plus sceptiques vis-à-vis de la pandémie. Ainsi en combinant le fait qu’il n’y a pas eu l’augmentation considérable des cas positifs ou des décès et que les gens ne croient pas à cette maladie, la population s’est relâchée.

Plus loin, le spécialiste des maladies infectieuses et tropicales revient sur les mesures de restrictions prises par les autorités publiques dès l’annonce des premiers cas de la Covid-19. ‹‹ Il y a eu beaucoup plus de restrictions dans certaines activités que d’autres ››, fait-il remarquer. ‹‹ Tout ce qui touche sur les activités sociales, tout ce que touche les activités religieuses, il y a eu des restrictions, mais les autorités n’ont pas voulu aborder le côté économique. Les marchés sont restés ouverts et les gens s’y rencontrent du matin au soir. Par contre on a interdit aux gens d’aller prier à la mosquée ou d’aller aux baptêmes et aux mariages. Ce qui paraît difficile à la population de comprendre ››, poursuit-il.

A ce stade, ils sont comptés du bout des doigts ceux qui appliquent encore aujourd’hui le port du masque pour se protéger et éviter la propagation de la maladie. Même les endroits où est érigé obligatoire le port du masque, rien ne motive les gens à s’y atteler.

Le même relâchement a impacté la vaccination. Dû à ce relâchement, les gens ont développé une certaine réticence vis à vis de la vaccination contre la Covid-19. Ils hésitent à se faire vacciner contre la maladie parce qu’ils ont une conception subjective de la maladie. À cela Dr Hanki Yahayé répond en ces termes : ‹‹ en tant que médecin spécialiste des maladies infectieuses, je peux vous assurer que sur toute l’étendue de la planète, toutes les maladies infectieuses qui ont été maîtrisées depuis le passé, toutes les maladies infectieuses qui ont été contrôlées d’une certaine manière, l’ont été avec la vaccination ››.

Selon le spécialiste, la vaccination est extrêmement importante, elle est très utile pour les maladies infectieuses.

Prenant l’exemple des vaccinations que l’on a l’habitude de faire à l’instar de la méningite ou encore de la poliomyélite depuis l’enfance, Dr Hanki Yahayé conseille aux gens de se faire vacciner contre la Covid-19.

L’autre aspect qui d’après Dr Hanki Yahayé, doit motiver à accepter la vaccination c’est que ‹‹ plus on traine pour se faire vacciner, plus ces vaccins-là risquent de devenir caduques, parce que le virus va continuer à s’adapter et il n’est pas sûr que de nouveaux vaccins vont sortir et qui vont prendre en compte les nouvelles variantes du virus ››.

Le 21 mars 2021, le gouvernement nigérien a réceptionné les 400 000 doses de vaccins Sinopharm, offert par la Chine puis un second lot de 355 000 doses de vaccins Aztra Zeneca le 14 avril dernier, grâce au mécanisme Covax. Depuis le lancement officiel de la campagne de vaccination contre la Covid-19, l’affluence n’est pas celle des grands jours. De l’avis de plusieurs citoyens, on constate une réticence due aux idées reçues face aux vaccins. Dr Hanki Yahayé estime que ‹‹ pour juger de l’efficacité d’un vaccin, il faut avoir un certain temps, le minimum de temps pour voir réellement qui a été vacciné et qui a été protégé ››. L’important c’est de se faire vacciner. Balayant d’un revers de la main l’assertion selon laquelle il existerait de risques à se faire vacciner, le spécialiste des maladies infectieuses et tropicales Dr Hanki Yahayé affirme que ‹‹ le nombre de personnes qui ont été vaccinées depuis que le Niger a commencé la vaccination, personne ne peut cacher ça. Il n’y a eu aucun cas d’effets secondaires graves, des décès ou bien quelqu’un qui a eu des effets secondaires graves ou qui l’ont paralysé ou bien qui l’ont handicapés. Le nombre de personnes vaccinées suffisent largement pour rassurer les gens ››.

Au demeurant, il importe de dépasser les préjugés par rapport à la Covid-19. Les spécialistes de la santé continuent de conseiller la population au respect des mesures barrières, afin d’éviter la propagation du virus.

Koami Agbetiafa

Niger Inter

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