Le vent de la démocratie des années 90, généralisé un peu partout en Afrique, n’avait pas épargné notre pays. En effet, la révolution du 9 février 1990, déclenchée par le monde scolaire et estudiantin couplée aux exigences des revendications aux relents démocratiques, de celui des travailleurs, ouvrait une ère de démocratisation au Niger. Les droits et devoirs de la personne humaine, la liberté d’association furent reconnus par la Constitution de 1992 en son titre premier.

Au plan politique, le pluralisme qui était une des principales revendications du peuple nigérien, fut instauré. Une large exploitation de cette opportunité a abouti à la création d’un nombre important de partis politique. A l’issue de la Conférence nationale souveraine, le Niger avait opté pour le multipartisme intégral. De 1992 à nos jours, plus de cent-soixante (160) formations politiques occupent l’échiquier politique national.

La possibilité de créer plusieurs partis politiques est certes consacrée par la constitution en vigueur, cependant leur nombre exceptionnellement élevé, éloigne beaucoup d’entre eux, de leur objectif initial, qui est la conquête et l’exercice du pouvoir d’État.

En effet, la pléthore des partis politiques, a engendré des conséquences néfastes, qui se traduisent en une certaine faiblesse des formations politiques. Au nombre de ces conséquences on peut, entre autres retenir, la difficulté de mobiliser des militants.

De cette pléthore de formations politiques, il en résulte un émiettement de l’électorat qui ne favorise pas la constitution d’une majorité absolue au profit d’un parti politique si grand soit-il. C’est également le cas de l’élection présidentielle du 27 décembre 2020, scrutin qui a enregistré une trentaine de candidature, dont le leitmotiv est de faire de la figuration, du m’as-tu-vu, par défi ou par règlement des comptes, aux relents politiques, régionalistes, raciaux ethniques ou même religieux. Le problème le plus aigüe, qui mine notre cadre démocratique, c’est notamment les ressources.

L’INSUFFISANCE DES RESSOURCES HUMAINES

Les ressources humaines constituent l’élément le plus important d’un pays comme d’une formation politique. Celles formées et capables d’impulser une dynamique, sont actuellement dispersées au sein des partis politiques en raison du nombre particulièrement élevé de ces derniers. Si certaines formations politiques en disposent en nombre relativement suffisant, d’autres (la majorité) en revanche, en manquent de façon criarde. Dans ce dernier cas, les partis politiques souffrent de cette lacune. Ses capacités de proposition d’alternatives en termes de dynamique interne et externe sont limitées, car il manque à la base de cadres capables d’alimenter la réflexion au sommet.

L’INSUFFISANCE DES RESSOURCES MATÉRIELLES ET FINANCIÈRES

La création de formations politiques au gré des évènements (à l’intérieur ou l’extérieur du parti), a donné naissance à des  » micros – partis – politiques  » disposant de peu de ressources financières et matérielles.

Cette faible capacité financière et matérielle est la raison fondamentale pour laquelle ces partis n’ont pu présenter de candidats aux élections législatives dernières de décembre 2020. Au meilleur des cas, leurs activités se limitent à l’organisation des assises de leurs instances dirigeantes, occasion pour eux de donner signe de vie. Mieux, certaines formations politiques, fonctionnent à l’image d’entreprises unipersonnelle, où le président du parti est l’alpha et l’oméga de sa formation politique. Seul maître à bord !

CONSÉQUENCE DE LA PLÉTHORE DES PARTIS POLITIQUES SUR LA VITALITÉ DE L’ÉLECTORAT

De prime abord, faut-il peut-être souligner que cette pléthore des partis sur l’échiquier politique nigérien, n’est pas sans conséquence sur la vitalité de notre cadre démocratique. En effet, ils étaient une dizaine au début des années 90, aujourd’hui, on en dénombre quelque 163 partis politiques.

Aux élections présidentielles du 27 décembre dernier, la CENI a enregistré 30 candidats, dont a peine 5 candidats sont des candidats sérieux. Le reste des candidats étant là, juste pour faire de la figuration : en effet, le PNDS Tarayya du président Bazoum, le MNSD Nassara de Seyni Omar, le MPR Jamhuriya de Albadé Abouba, le RDR Tchanji de Mahamane Ousmane, semblent les seules formations politiques, à proposer des candidatures sérieuses. Et c’est ce qui ressort des urnes au soir du 27 décembre dernier, comme résultats.

En  effet, sous réserve de la validation de ces résultats à l’état par la Cour Constitutionnelle, le second tour des élections présidentielles prochaines, opposera certainement le candidat du PNDS Tarayya Bazoum MOHAMED premier, avec 39, 33% des voix, à celui de RDR Tchanji,  Mahamane Ousmane,16, 95%, (grâce au soutien de Lumana Africa de Hama Amadou qui a vu le dossier de son candidat rejeté), le candidat du MNSD Nassara, Seyni Omar, occupe la troisième place avec 8% et Albadé Abouba du MPR Jamhuriya,7%.

Les partis comme MPN Kishin kasa, Amen-Ameen, Zaman lafiya, ont fait preuve de résistance en dépassant la barre symbolique de 1%.

Parmi les nouveaux partis, ayant présenté un candidat aux presidentielles passées, l’écrasante majorité d’entre eux, n’ont pas pu accéder à la barre du fameux 1%.

QUELS ENSEIGNEMENTS ?

Au stade actuel de l’évolution de la démocratie au NIGER, la prolifération démesurée des partis politiques est plus ressentie dans ses conséquences comme une source de faiblesse de ces derniers.

 Face à la tendance exponentielle et fantaisiste de la création des partis politiques, l’on entend çà et là des citoyens demander au ministère de l’intérieur de faire respecter la charte des partis politiques et également de la nécessité de revoir les conditions d’éligibilité à l’élection présidentielle.

BAZO MAAZOU

Niger Inter Hebdo N°003

Niger Inter

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