S’il y a une chose qui se précise sur l’échiquier politique national, c’est bel et bien le naufrage inévitable du parti de Hama Amadou en dépit de son retour au bercail. Comment cela pourrait être autrement lorsqu’on a pour philosophie politique ‘’après moi le déluge’’ ? Au moment les ‘’légitimistes’’ se délectent d’un référé qui vient ajouter à la confusion, les partis politiques sont en ordre de bataille électorale. Et sur le terrain, le bateau Lumana prend de l’eau de toute part.

Le retour de Hama Amadou n’a en rien arrangé les choses. Et cela est bien compréhensible puisque l’homme constitue une partie du problème pour ne pas dire qu’il est le manitou.

Au sein même de Lumana les militants lucides ont fini par comprendre la posture suicidaire de leur leader politique. En conflit avec la loi électorale, au lieu d’unifier son parti et choisir un autre leader plus méritant au sein de sa formation politique, Hama Amadou a préféré s’accrocher en faisant croire à qui veut l’entendre que c’est sa candidature ou rien.

Dans ce sens, il a même manipulé le parti en amenant ses ouailles à proférer un serment d’imposer sa candidature envers et contre tout comme si ce parti est au-dessus de la loi.

Dans le mode de fonctionnement de Lumana FA tout cela se comprend aisément. Un député de ce parti avait publiquement déclaré que Lumana n’est qu’un comité de soutien à Hama Amadou. Comme une secte, Hama Amadou constitue l’alpha et l’oméga de LUmana.

Ceux qui ont des ambitions politiques, ceux qui voudraient s’affirmer au sein de Lumana doivent prendre leur mal en patience pour ne jouer que le second rôle. Telle qu’une secte, Lumana a un gourou à qui tout le monde doit respect et obéissance. Nul n’entre à Lumana,  s’il ne fait pas le serment d’allégeance à Hama Amadou. C’est justement ce qui explique que les deux ailes opposées avaient chacune comme candidat Hama Amadou.

C’est dire qu’un parti politique qui fonctionne pour et par un seul homme porte les germes de sa propre déconfiture. Et comme l’unité du parti ne constitue plus le fil conducteur de son gourou, il n’a rien pour réconcilier les deux ailes adverses pour le contrôle du parti. Son discours au Congrès du parti Amin Amen de Ladan Tchiana prouve à suffisance que Hama Amadou à renoncer définitivement de combattre par la loi.

Pour lui, il n’y a pas de démocratie au Niger, il n’y a pas d’Eta de droit et par conséquent il appelle à s’inspirer du cas malien pour renverser le régime en place avant les prochaines élections. Un discours politicien très vite décrypté par ceux qui comprennent les dynamiques politiques au Niger.

Le lancement de la CAP 20-21 sous son impulsion vient juste ajouter à la grisaille qui constitue la marque de fabrique de l’opposition nigérienne. Au bilan de la nouvelle coalition, on pourrait dire déjà que celle-ci a vécu. Lumana FA n’est pas en ordre de bataille. Les autres leaders sont en précampagne à travers les visites de proximité à l’instar de Mahamane Ousmane et les autres candidats déclarés au sein de l’opposition.

Avec l’audit du fichier électoral biométrique par l’OIF et la CEDEAO et la convocation du collège électoral, on se rend compte que l’agenda insurrectionnel n’est plus à l’ordre du jour. La posture de l’opposition visant à prendre en otage ou discréditer le processus électoral n’a pas prospéré. Il va falloir se mouiller le boubou pour chercher le suffrage du peuple.

Et aux dernières nouvelles, des militants de Lumana FA dont des députés sont en train de se repositionner au sein du landerneau politique. Au moment où tout le monde s’affaire à préparer son dossier de candidature à la candidature pour les élections, certains militants de Lumana par réalisme et guidés par leurs ‘’intérêts politiques’’ ont choisi d’aller purement se verser dans des partis politiques viables et en ordre de bataille électorale. On ne fait pas la politique pour les beaux yeux de quelqu’un ou pour applaudir quelques-uns. C’est pourquoi ceux qui voudraient sortir de la prison, s’émanciper politiquement ont franchi le Rubicon.

 

 Hama Amadou dans le rôle de Zorro

Deuxième personnalité du régime, Hama disparaissait dans la nature « sans laisser d’adresses ». Et pas seulement cela : il a passé son temps à vilipender son pays et ses institutions durant son exil doré. Il est revenu au pays dans les conditions connues de tous : le décès de sa mère. Il a presque purgé sa peine avant de bénéficier de la grâce présidentielle dans le cadre de la Covid-19.

Celui qui a bien voulu imposer un profil bas à lui-même et à ses sbires semble reprendre du poil de la bête. Sentant les élections venir, à l’image de la mauviette, du fugitif qu’il avait montré aux Nigériens, il voudrait désormais convaincre qu’il peut agir pour sortir de ses gonds. On a vu Hama Amadou comme un mâle alpha haranguer au Congrès de Landan Tchiana même si selon ses détracteurs, la nuit suivante, il n’a daigné pas passer la nuit chez lui par crainte d’être arrêté.

A la question justement de son baroud ’honneur, à une question à un leader du partir au pouvoir sur le pourquoi Hama n’était pas inquiété à la suite de son appel à l’insurrection, ‘’nous avons compris son petit jeu et il sait à qui il a affaire’’, nous a-t-il confié.

Et la suite est connue, les alliés politiques de Hama Amadou ont clairement déclaré que leur lutte sera démocratique, ils envisagent l’alternance à travers les urnes. Ils sont convaincus que le Niger n’est pas le Mali.

Ce jeu du quitte ou double de Hama Amadou, ce choix politique de vouloir créer la chienlit dans le pays ne saurait prospérer car les révolutions et mêmes les révoltes ont besoin du bon sens et de la suffisante motivation pour mettre en branle le corps social et politique. Dans le cas d’espèce, s’embaucher dans une telle mésaventure à quelques semaines des élections, ce serait s’engager dans une sédition, une rébellion comme celle de n’importe quel vulgaire terroriste.

Prendre un tel risque c’est donc se mettre en conflit avec la République et ses lois. Et tous ces appels à la violence sur les réseaux sociaux et souterrains ne visent qu’à instaurer un état ténébreux dans l’espoir d’un raccourci du processus démocratique à trois mois des élections générales.

Et comme certains sont amnésiques, le cas burkinabè devait les convaincre que ce serait un coup d’épée dans l’eau de vouloir attenter à la stabilité des institutions à la veille des élections générales. Et pour amuser la galerie, on se rabat sur des subterfuges : les récusations légendaires des institutions chargées des élections en feignant d’ignorer que le processus électoral nigérien est un des plus ouverts. L’alternance politique telle qu’envisagée au Niger constitue un modèle dans la sous-région où la tendance est à la tricherie pour s’octroyer un 3ème mandat. Le président de la CENI, au-delà du discours politicien, est un expert avéré sur les questions électorales au plan national et international. Tous les partenaires du Niger continuent d’accompagner le processus électoral nigérien. Et un signe qui ne trompe pas, les leaders de l’opposition sont en train de s’activer pour la très prochaine bataille électorale.

Disons-le tout net : il y a une véritable volonté de commettre une sorte de ‘’délit d’initié’’ par l’opposition nigérienne. Pour avoir géré l’Etat, il est pitoyable et irresponsable d’entendre ces leaders aux cheveux blancs à vouloir convaincre les jeunes à se faire harakiri comme des moutons de panurge, à vouloir frontalement défier l’Etat et exposer les citoyens nigériens qu’on prétend gouverner à des périls majeurs.

Non. A la vérité, la voie royale pour faire valoir ses prétentions c’est la quête du suffrage du peuple. Une opposition républicaine ne prêche l’alternance que dans et par les urnes. Pour le cas spécifique de Hama Amadou : on le comprend aisément car en se mettant dans la position d’outsider, il n’y a pas 36 solutions pour attirer l’attention sur lui que ce jeu de quitte ou double. Car Machiavel en creusant la psychologie humaine avait observé cette réalité : « La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme. »

Tiemago Bizo

Niger Inter

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