Le samedi 23 février 2019, le peuple nigérian décidera de qui de Buhari ou Atiku prendra la destinée du géant économique de l’Afrique: le Nigeria. Le scrutin de 2019 opposera deux candidats tous issus du Nord du Nigéria. Décryptage.

Les élections se tiendront au Nigéria dans un contexte économique mondial en régression et dans un climat sécuritaire relativement stable dû aux avancées significatives de l’armée Nigériane contre la nébuleuse secte de Boko Haram.

Le Nigeria est une république fédérale constituée de 36 États plus la capitale fédérale Abuja. Le pays est  gouverné sous une constitution à régime présidentiel direct. Le système politique du Nigeria est comparable à celui des États Unis où le président et le vice président sont élus directement par le peuple. Le président est le commandant en chef détenant ainsi la totalité du pouvoir exécutif contrairement au Niger où le pouvoir exécutif est partagé entre le président et le premier minister en cas de cohabitation.

L’Assemblée nationale du Nigeria est constituée du sénat et de la chambre des représentants. Le sénat contient 109 membres dont 3 sénateurs par État (State) et un sénateur pour la capitale fédérale Abuja. La chambre des représentants est constituée de plus de 350 membres. Chaque État aura des représentants proportionnels au nombre de sa population.

Les sénateurs tout comme les représentants sont élus au suffrages universel direct et libre par le peuple.

Chaque État est dirigé par un gouverneur qui lui aussi est élu par la population de l’État concerné. Le système de l’élection du gouverneur est à l’image de celui de l’État fédéral c’est à dire le gouverneur est élu avec son vice-gouverneur  en même temps.

Selon le code électoral du Nigeria, est élu président du Nigeria, le candidat qui en plus d’avoir totalisé au-delà de 50% des voix , arrive à faire un taux d’au moins 25% dans au moins 25 des 36 États qui constituent la république fédérale. Si cette condition n’est pas réunie, alors un second tour est obligatoire.

 Quels sont les États qui font gagner les élections au Nigeria?

La géopolitique du Nigeria subdivise ce pays en deux régions stratégiques: le Nord majoritairement musulman et le Sud à dominance chrétienne. C’est  un pays dont le conflit religieux existe et dont la religion et l’ethnie peuvent influencer le vote des citoyens.

 Dans le nord majoritairement musulman, trois États sont stratégiques pour un candidat pour pouvoir remporter les élections. Il s’agit de Kano, Kaduna et katsina. En effet , l’État de Kano est l’État le plus peuplé du nord suivi par Kaduna ensuite par Katsina.

 Dans le sud chrétien, deux grands États sont stratégiques pour un candidat pour pouvoir rafler les voix des sudistes : il s’agit de Lagos et de Rivers. En effet, Lagos la capitale économique de l’Afrique comme certains le disent, est l’État le plus peuplé pas seulement du Sud mais du Nigeria. Quant à Rivers c’est l’Etat pétrolier du Nigeria.

Ainsi, l’analyse politique du Nigeria nous montre qu’il existe 4 États stratégiques dont tout président élu doit avoir le soutien d’au moins trois États sur quatre pour assurer l’équilibre géostratégique de son gouvernement. Il s’agit de : Kano et Kaduna au Nord ensuite Lagos et Rivers au Sud. Ça veut dire que tout président élu  doit faire en sorte que son parti remporte les élections des gouverneurs dans au moins 3 de ces 4 États précités pour maintenir l’équilibre de son gouvernement.

En 2015 par exemple, le parti du président Buhari a remporté les États de Lagos, Kano et Kaduna  tandis que le parti de Goudluk Jonathan a remporté uniquement l’État de Rivers.

 Les avantages de Buhari

Président actuel élu depuis 2015, le président Buhari jouit d’une popularité incontestable dans le nord musulman depuis  les présidentielles de 2003.

Il bénéficie du soutien de la majorité des chefs traditionnels et des leaders religieux qui ont une influence très capitale dans les processus électoraux du Nigeria . Il a actuellement le soutien, de trois gouverneurs influents du Nord à savoir celui de Kano ,Gandujé, celui de Kaduna Nassirou El-Roufay et celui de Katsina, Aminou  Bello Masari. En un mot Buhari bénéficie du soutien de la totalité des gouverneurs du Nord excepté celui de Sokoto qui a fait récemment défection pour rejoindre le PDP de Atiku.

Le parti de Buhari a récemment été le théâtre de plusieurs défections dont plusieurs sénateurs et représentants ainsi que les gouverneurs de deux états ont rejoint le PDP, parti de Atiku son rival. Il s’agit notamment de Rabiou Kwankwaso, Bukola Saraki, Yacoubou Dogara , Aminou Tambuwal et bien d’autres ….

Buhari est également soutenu par un important arsenal des acteurs de kannywood dont  Ali Nouhou, Rarara, Alan waka, Hadiza Gabon, Umar M.Chérif, Nazifi Asnanic, Adamu Hasan Nagudu, Jamila Nagudu…

L’une des chances à ne pas négliger de Buhari, c’est le choix de son vice président qui en plus d’être un professeur agrégé d’Université, est également un Yoruba de Lagos, la ville la plus peuplée du Nigeria . En ce sens, Buhari peut compter sur son vice président pour raffler les voix de « IKko »(Lagos) comme d’ailleurs c’était le cas en 2015. En plus de cela, Buhari a rallié à sa cause plusieurs leaders influents du Sud comme Rotimi Ameatchi de Rivvers  et l’incontournable Bola  Tinubu de Lagos et bien d’autres..

 Les chances de Atiku

Atiku a réussi à rallié à sa cause plusieurs des leaders influents du Nord du Nigeria notamment les cassiques de APC parti de Buhari. En effet, le PDP a d’abord procédé aux élections primaires pour désigner un candidat à la présidentielle et Atiku faisait face au sein même de PDP aux candidats de taille comme Kwankwaso, Tambuwal , Bukola Saraki Dan Kwambo, et Soulé Lamido. Finalement les élections primaires de PDP ont donné Atiku Abubakar comme vainqueur et donc le candidat désigné du PDP pour la présidentielle au Nigeria. Aujourd’hui la chance de Atiku c’est d’avoir rallié à sa cause tous ses challengers pour faire marche commune. Si Atiku arrive à convaincre les partisans de Kwankwaso ( ancien gouverneur de Kano) alors il peut espérer avoir une bonne partie de l’électorat de Kano bien que ça va être pour lui difficile car Buhari est un leader incontesté à Kano qui est d’ailleurs son fief naturel.

De même que pour l’État de Sokoto. Là également tout se joue au tour du gouverneur Tambuwal qui est avec Atiku. Sauf qu’à Sokoto aussi, l’ancien gouverneur Aliou Magatakarda, un fidèle de APC parti de Buhari risque de causer du tord à Tambuwal celui sur qui Atiku peut compter. Sokoto aussi ça va être difficile pour Atiku malgré qu’il a le gouverneur car les « Sokwatawa »ont pour slogan lors des élections  » Alou da Buhari ». C’est veut dire, Aliou et Buhari ou rien…

À Adamaoua la ville originaire de Atiku, les voix risquent d’être partagées entre Atiku et Aïcha Buhari la femme de Buhari qui n’est pas sans poids également dans Adamaoua qui est  sa ville originaire tout comme Atiku.

Les faiblesses de Atiku reposent d’abord sur le choix de son vice président. Peter Obi est un sudiste d’ethnie Igbo la troisième ethnies la plus nombreuse du pays après le Yoruba et le Haoussa. C’est un ancien gouverneur de l’État de Anambra. Il a une mauvaise réputation quand il est gouverneur et il sera difficile pour lui d’influencer l’électorat du Sud.

Atiku bénéficie également du soutien de plusieurs stars nigérianes comme Sani Danja, Nura M.Inuwa , Adam A Zango, Fati Mohamed, Kabirou Nayaya…. De même certains marabout et pasteurs soutiennent la candidature d’Atiku.

Atiku et Buhari ont divisé les Chefs religieux , les acteurs et autres couches qui du jour au lendemain prennent position en fonction de leurs intérêts.

Les élections du Samedi présentent peu d’enjeux connaissant bien les deux candidats. Nous souhaitons que le processus termine dans la paix et que le président élu ou réélu puisset répondre aux aspirations du peuple nigérian.

  Abdourahamane Harissou Bacharou, étudiant à l’UDDM

Niger Inter

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